Charlemagne : tout ce qu’il faut absolument savoir !

Charlemagne, du latin Carolus Magnusalias Charles Ier dit le Grand. 

Par convention, cet article parlera le plus souvent de Charlemagne.

Dès Pépin de Herstal, maire du palais de 

Son oeuvre gigantesque justifie l’admiration qu’elle soulève jusqu’à nos jours. On voyait hier en Charlemagne le restaurateur de l’Empire romain en Occident, on voit aujourd’hui en lui le père de l’Europe. Sa figure est familière des Européens de l’Ouest. Qui ne connaît aujourd’hui « l’inventeur de l’école »? 

La biographie de Charlemagne par Jean Favier reste une référence ! À noter, la vie de Charlemagne par Éginhard a été récemment rééditée. Cliquez ici pour vous la procurer et la lire !


L’acheter

 

 

 

 

 


Sommaire

La jeunesse de Charlemagne

Sacre pépin le bref charlemagne

Le couronnement de Pépin le Bref, François Dubois | Wikimédia Commons

Charlemagne est né Charles en 742 (voire 747 ou 748), dans l’Oise ou dans l’Aisne, fils aîné de Pépin III, dit Pépin le Bref, et de Berthe, fille de Charibert, comte de Laon.

L’historien Robert Folz suppose que son instruction, à l’image de celle de tous les laïcs, fut négligée. Mais on ne peut exclure que son père l’ait formé au gouvernement des hommes.

 

La donation de Pépin

Donation de Pepin Charlemagne

Donation de Pépin le Bref à l’abbaye de Saint-Denis en 768 | Wikimédia Commons

Le 28 juillet 754, le pape Étienne II vient sacrer Pépin à Saint-Denis. Charles, ainsi que Carloman, reçoivent aussi l’onction du souverain pontife. Par ce sacre, Étienne II reconnaît l’avènement des Carolingiens et la relégation de Childéric III, dernier des Mérovingiens, dans un couvent.

Dans cet échange de bons procédés, la nouvelle dynastie carolingienne prend Rome sous sa protection.

La papauté produit alors un document apocryphe, la donation de Pépin, dans lequel ce dernier se serait engagé à créer les États pontificaux. Ce n’est pas la seule tentative de la papauté d’affirmer son autonomie par rapport au pouvoir temporel, comme en témoigne la fameuse donation de Constantin.

 

Le partage du royaume entre Charlemagne et Carloman

charlemagne carte partage carloman

Le royaume de Charlemagne en rouge ; le royaume de Carloman en bleu : le duché de Bavière en bleu cyan ; le territoire des Saxons en vert ; le royaume des Lombards en marron ; les royaumes Avars en jaune | Source

Les Mérovingiens, suivant la coutume des Francs, partageaient leurs royaumes entre leurs fils. À sa mort en septembre 768, Pépin ne déroge pas à la règle.

Le 9 octobre, les deux frères sont couronnés à Noyon.

  • Charles reçoit l’Austrasie avec ses dépendances germaniques (Frise occidentale, Hesse, Franconie, Thuringe), la majeure partie de la Neustrie et l’Aquitaine.
  • Carloman reçoit, quant à lui, la Provence, la Bourgogne, la partie sud de la Neustrie, la Septimanie et la Souabe.

Leurs résidences sont proches l’une de l’autre : Charles réside à Noyon, Carloman à Soissons.

 

La mésentente de Charlemagne et Carloman

Les deux frères sont rivaux. Entre eux, nulle entente. Les efforts de Berthe, leur mère, échouent à les réconcilier. Pire, elle aggrave le conflit : en mariant Charles à une fille de Didier, le roi des Lombards, Berthes isole Carloman.

En 769, Charlemagne achève la conquête de l’Aquitaine, sans l’aide de son frère pourtant sollicité. 

 

La mort de Carloman

Coup du sort : Carloman meurt jeune, en 771. Il n’y aura pas de guerre fratricide.

Charles répudie sa femme et s’impose sur les terres de son frère défunt. Le voilà à la tête de toute la Francie !

Ce royaume, il ne cessera de le faire s’agrandir. Le royaume des Francs entre en effet dans une phase de dilatation, dilatatio regni.

 


Charlemagne, grand conquérant

charlemagne saxons

Dès 772 commence le grand conflit avec les Saxons. Ces derniers, païens, ne cessent d’attaquer et de piller les confins du royaume des Francs. Les premières campagnes de Charlemagne sont donc des campagnes de représailles.

 

Charlemagne, roi des Lombards

Mais en 773, une nouvelle menace, encore plus urgente, se profile. Le roi des Lombards, Didier, menace le pape Hadrien (r. 772-795). Ce dernier appelle Charlemagne au secours.

Pour le roi des Francs, c’est une belle occasion d’imposer son règne en Italie, mais aussi d’écarter définitivement la menace que représentait la présence des fils de Carloman à la cour lombarde. 

Après avoir franchi les Alpes, Charlemagne s’empare de Pavie après un long siège, soumet son adversaire et se proclame, en 774, roi des Lombards. L’Italie du nord est franque, ce qui n’empêcha pas l’envoi de trois autres expéditions en 776, 780 et 786.

Cette victoire une fois acquise, Charlemagne se retourne contre ses grands ennemis : les Saxons !

 

La guerre de Charlemagne contre les Saxons

Widukind Charlemagne saxons

Widukind, Lucas Cranach l’Ancien | Wikimédia Commons

La guerre est longue, mais les premiers succès arrivent : plusieurs chefs promettent de se soumettre et de se faire baptiser. La Diète de Paderborn, en 777, pose les premières bases de l’Église de Saxe.

Mais les Saxons ne se laissent pas abattre si facilement ! Widukind organise la résistance saxonne.

Charlemagne se livre alors à des actes cruels : en 782, 4500 saxons sont massacrés à Verden. Trois ans plus tard, en 785 Widukind dépose les armes. Le chef saxon reçoit le baptême à Attigny.

En 793, les Saxons se révoltent de nouveau. La rébellion est terrible : elle dure 4 ans, voire 9 ans dans certaines régions.

Pour supprimer tout risque d’un soulèvement, les Saxons sont déportés dans tout l’Empire.

 

Charlemagne en Espagne contre les Maures

chanson de roland de de roncevaux charlemagne

Bataille de Roncevaux en 778. Mort de Roland, dans les Grandes chroniques de France, enluminées par Jean Fouquet, Tours, v. 1455–1460 | Wikimédia Commons

L’Espagne est, pour rappel, presque entièrement sous domination musulmane. Il n’empêche, la realpolitik demeure : en 778, certains chefs arabes font appel à Charlemagne contre l’émir de Cordoue.

Charlemagne est-il animé par le rêve de réinstaller la Chrétienté en Espagne islamique ? Peut-être. Ce qui est sûr, c’est qu’il franchit les Pyrénées. Il prend Pampelune. Mais Saragosse lui résiste. Il doit reculer.

Charlemagne fait rentrer son armée en Francie par le col de Roncevaux. Mais, malheur ! Le 15 août 778, le comte de la marche de Bretagne, Roland, est massacré par des montagnards vascons avec toute l’arrière-garde de l’armée. Ce célèbre épisode est rapporté par la non moins fameuse Chanson de Roland, datée du XIIème siècle.

Charlemagne tire les leçons de son échec espagnol. L’Ibérie est trop éloignée des bases de son pouvoir militaire. Il manque d’alliés. L’Est, la Saxe, paraît être un terrain plus favorable pour dilater l’Empire. Le but n’est plus de se prémunir des représailles, mais de conquérir le pays entier et d’y faire triompher le christianisme.

 

Frise, Bavière et Bénévent

La Frise orientale est annexée à l’État franc. C’est ensuite au tour de la Bavière, commandée par Tassilo. En 787, Augsbourg est prise. Après un deuxième soulèvement, Tassilo est soumis. Il se fait moine, la Bavière est annexée.

Charlemagne commence dès alors à organiser son royaume. En 781, l’Italie lombarde et l’Aquitaine, deux provinces aux particularismes marqués, deviennent des royaumes subordonnés. Il place à leur tête ses deux fils, Pépin et Louis.

Au duché de Bénévent, il impose au duc Arigis la reconnaissance de la suprématie francque.

 

Succès de Charlemagne contre les Avars

charlemagne avars

Victoire de Charlemagne contre les Avars, Albrecht Altdorfers, 1518 | Wikimédia Commons

Entre 791 et 796, trois campagnes victorieuses contre les Avars, établis en Hongrie actuelle, permettent à Charlemagne d’annexer de nouveaux territoires, entre l’Enns et le Wienerwald. Le chef des Avars, Toudam, reçoit le baptême à Aix-la-Chapelle. Les principautés avars, au-delà de cette région, deviennent vassales des Francs.

Dernières entreprises notables, les îles Baléares sont prises en 799 et Barcelone est occupée en 801.

 

L’empire de Charlemagne est fait !

Aux environs de 800, la période de conquête de Charlemagne est terminée. L’Empire carolingien est fait.

Il recouvre la majeure partie de l’Europe chrétienne, de la mer du Nord à l’Adrique, de l’Elbre à l’Èbre.

 


Le sacre impérial de Charlemagne

sacre couronnement impérial de Charlemagne

Chroniques de France ou de Saint-Denis, vol. 1, second quart du XIVème siècle. | Wikimédia Commons

Maître d’un royaume gigantesque, Charlemagne se sent légitime à accéder à une dignité supérieure.

Premier signe de cette volonté, Charlemagne imite les signes du pouvoir de Byzance. Il renonce à l’itinérance de ses prédécesseurs et se choisit une capitale où il fait bâtir sa résidence, le palais et la chapelle d’Aix-la-Chapelle, qui devaient être des répliques de ceux de Constantinople. Le trône reproduit celui de Salomon, le plan octogonal de la chapelle palatine préfigure celui de la Jérusalem nouvelle.

 

25 décembre 800 : couronnement impérial de Charlemagne

Le pape Léon III (r. 795 – 816) est proche de Charlemagne dont la protection lui est essentielle. En effet, Léon III est menacé par l’aristocratie romaine qui fomente des émeutes.

Charlemagne profite de l’opportunité pour intervenir sur les territoires du pape et défendre Léon III. L’Empire byzantin est, lui, englué dans des conflits internes. La querelle des iconoclastes et le scandale lié à l’avènement d’une femme à la tête de l’État (Irène) détournent momentanément son attention de Rome.

Tel Pépin le Bref son père, Charlemagne se pose en protecteur de l’Église.

Le 23 décembre 800, à Rome, une assemblée émet le voeu que Charlemagne prît le titre d’empereur. Le 25, jour de Noël, Léon III lui apposa la couronne.

Le pape effectue ensuite la proskynèse devant le nouvel empereur. En d’autres mots, il se prosterne devant lui. Cependant, le pape, entendant placer le pouvoir spirituel à la source du pouvoir temporel, couronne Charlemagne avant que l’assemblée ne l’acclame.

La présence de deux ambassadeurs du patriarche de Jérusalem, l’un du mont des Oliviers, de rite latin, l’autre du monastère de Mar Saba, de rite grec, donne une portée universelle à l’événement. C’est un symbole : toute la Chrétienté est virtuellement présente lorsque Charlemagne devient empereur.  

 

La donation de Constantin

Donation de Constantin Charlemagne

La papauté, si elle entérine l’élévation de Charlemagne à la dignité d’empereur, n’entend pas pour autant se subordonner à lui. Pour assurer son indépendance, elle élabore ce qui devient l’un des plus fameux faux de l’histoire : la donation de Constantin, Costitutum Constantini. 

Dans ce document, Constantin quitte Rome par respect pour le pape. Surtout, Constantin aurait donné au pape les provinces occidentales et aurait fait de lui un individu semblable à l’empereur. Comment ?  En lui attribuant certains insignes, des vêtements d’apparat, un diadème, le phrygium, haut bonnet blanc pointu devenant la tiare, le manteau de pourpre, le globe et l’aigle.

Par ce faux, la papauté incite les dirigeants à modeler leur conduite sur celle de Constantin. À Latran, palais des papes d’alors, une mosaïque représente Constantin investi par le Christ et le roi des Francs investi par Saint Pierre, le premier pape. La domination politique trouve donc sa source dans l’Église. La papauté affirme se séparer de Byzance et se place à la source du pouvoir temporel en Occident.

 

Charlemagne insatisfait de son sacre

Selon Éginhard, biographe de l’empereur, le rôle joué par Léon III dans le sacre, ainsi que l’évocation des Romains à la place des Francs auraient mécontenté Charlemagne.

Mis devant le fait accompli par le pape, Charlemagne ajuste sa position.

Il change notamment sa titulature impériale. Charlemagne se dit donc « Auguste, empereur grand et pacifique » tout en précisant avoir été couronné « par Dieu » et gouvernant car « roi des Francs et des Lombards ». L’intercession du pape ne légitime donc pas son pouvoir.

En outre, Charlemagne abandonne même la dénomination romaine, peut-être pour apaiser les relations avec Byzance lors de la paix qu’il conclut avec elle. L’Empire byzantin se considère comme l’Empire romain toujours vivant. Les Byzantins se nomment eux-mêmes Romains. 

Enfin, en 813, c’est Charlemagne lui-même qui appose le diadème sur la tête de son fils Louis, sans le concours d’aucun ecclésiastique.




Le gouvernement de Charlemagne sur son Empire

charlemagne strasbourg

Vitrail conservé au Musée de l’Œuvre Notre-Dame à Strasbourg | Wikimédia Commons

Les historiens français du XIXème siècle ne sont pas tendres avec Charlemagne. Pour Michelet, Charlemagne était un dangereux utopiste, un illuminé dont l’objectif illusoire était de régner sur toutes les terres chrétiennes. Pour Augustin Thierry, on ne pouvait régner à cette époque que par la terreur et le pillage. 

La réalité diffère grandement de ces jugements sévères. Charlemagne parvient à régner sur un espace de plus d’1 millions de km2 et peuplé de millions d’habitants de cultures différentes. Qu’est-ce qui a rendu possible ce règne ? Comment Charlemagne gouvernait-il ? 

 

Légitimer la dynastie carolingienne : vassalité et christianisme

Le premier souci de Charlemagne est de renforcer sa légitimité à gouverner les Francs. En effet, son père, Pépin le Bref, a renversé à son profit une dynastie qui avait régné près de 200 ans : les Mérovingiens.

Les ducs et potentats locaux ont cherché à profiter de la mort de Pépin pour reprendre leur autonomie. La suprématie carolingienne n’est pas installée. Il faut pour Charlemagne associer les élites locales à son règne.

Deux vecteurs soutiennent cette entreprise : la vassalité, qui bénéficie des conquêtes, et l’idée, puissante, de participer à la création d’un Empire chrétien. 

 

Le développement de la vassalité

La guerre et la vassalité vont se révéler des outils redoutables pour légitimer la domination carolingienne. La guerre permet de nouvelles conquêtes. Ceux qui y participent peuvent espérer récupérer leur part du butin. Les meilleurs guerriers se font un nom, acquièrent des terres ou obtiennent une charge intéressante.

Guerres et redistributions permettent d’assurer la fidélité des troupes. Charlemagne mobilise l’ost presque chaque printemps de son règne. 

 

L’Empereur à Aix-la-Chapelle

palais aix la chapelle charlemagne

Reconstitution possible du palais de Charlemagne | Wikimédia Commons

Résidant dans le palais d’Aix-la-Chapelle, Charlemagne renonce à l’itinérance de ses prédécesseurs. Il n’est plus présent sur les terres sous son autorité. Tels les anciens empereurs romains, ou les empereurs de Byzance, il s’y fait représenter par des comtes qui forment un réseau administratif de près de 700 circonscriptions.

Les plus puissants des laïcs forment autour de Charlemagne les « champs de mai », des assemblées qui doivent préparer les opérations militaires, mais aussi délibérer des affaires les plus importantes pour l’Empire.

 

L’Empire de Charlemagne, un Empire chrétien

Si les armes restent le moteur principal de légitimation du pouvoir carolingien, la puissance de ces armes se met en branle au profit de l’établissement du royaume du Christ.

L’Empire que Charlemagne veut bâtir cherche à s’inscrire dans la continuité de celui de Constantin, le premier empereur chrétien, et de Théodose.

La mission religieuse de l’empereur devient semblable à celle du Christ. Ses conquêtes, et l’évangélisation qui suit, ouvrent de nouveaux peuples au salut. L’unification religieuse devient d’ailleurs pour les clercs la seule unité qui vaille : Charlemagne soumet et christianise, pour étendre le règne d’une Église unie. L’Empire est en quelques sortes le bras armé de l’Église. 

 

La réforme de la justice

Charlemagne se veut le grand ordonnateur d’un Empire qui prépare son peuple au salut. La justice est donc une fonction fondamentale du souverain dans la perspective d’organiser une société chrétienne, reflet d’un ordre et d’une justice supérieurs.

Vers 780, Charlemagne promulgue une grande réforme de la justice. Elle réduit le nombre de tenues de cours judiciaires à trois par an. Les hommes libres, qui devaient assister à ces assises que le comte présidait dans sa circonscription, voient leur charge réduite.

Cette réforme donne aussi naissance à un corps de juges spécialisés, les échevins. Ces derniers proposent la sentence, les comtes doivent l’appliquer. La mise en application réelle de cette réforme semble être une tâche difficile pour Charlemagne. En témoignent les multiples rappels à l’ordre adressés aux échevins dans les capitulaires

Charlemagne réhabilite une procédure de droit romain disparue à l’époque mérovingienne : la procédure inquisitoire. Un juge peut se saisir lui-même d’un délit, enquêter, instruire et, le cas échéant, punir. Le juge caroligien devient lui aussi l’agent de la volonté divine de justice. Sous les Mérovingiens, seule la procédure accusatoire existait. Dans ce dernier système, pour que condamnation il y ait, il faut accusation. C’est une simple justice de compensation, plus empirique. Certains crimes pouvaient rester impunis.

 

L’Église, ciment de l’Empire de Charlemagne

Oratoire de Germigny-des-Pres

L’oratoire carolingien de Germigny-des-Prés, l’une des plus anciennes églises de France, rare exemple du style architectural carolingien | Tourisme Loiret

Véritable Christ en mission, Charlemagne s’appuie sur l’Église pour soutenir la structure de son État. Les évêques et les abbés prennent part active à l’administration. Les terres de leurs églises et les hommes qu’elles comptent sont sous leur adminsitration. Évêques et comtes se surveillent dans les cités. Charlemagne organise, en outre, l’évangélisation des régions conquises.

Les bâtiments de culte se multiplient. La basilique de Saint-Denis est agrandie, l’oratoire de Germingny-des-Prés est érigé. Ces Églises rappelaient toutes la présence de Charlemagne, grand ordonnateur d’un Empire chrétien. Les laudes royales, placent Charlemagne au premier rang des mortels : le Christ, Marie, les archanges et toute l’armée divine le soutiennent. Le souverain apparaît comme l’image vivante du Christ.

À partir de Charlemagne d’ailleurs, le roi s’intitule gratia Dei rex (roi par la grâce de Dieu).

 

Charlemagne, un législateur

Charlemagne règne sur une multiplicité de peuples dont les moeurs et les coutumes divergent. Cette diversité s’accroît avec les nouvelles conquêtes.

Pour affirmer sa suprématie, Charlemagne fait mettre à l’écrit des les règles juridiques de chaque peuple. Il en devient donc le garant. Ainsi, les lois des Chamaves, des Frisons, des Thuringiens et des Saxons sont mises en forme à l’écrit. Les Francs ne sont pas oubliés puisque leur loi, la loi salique, est réécrite.

Par les capitulaires, Charlemagne légifère pour tout l’Empire. Ce sont les normes les plus importantes. Les capitulaires sont des des textes composés de chapitres différents, d’où leur nom. Elles abordent des questions juridiques, de morale, elles évoquent les décisions du pouvoir central et ses règlements.

Par la célèbre capitulaire De villis (des grands domaines), Charlemagne expose en 70 chapitres un programme de développement pour la gestion de la production agricole des domaines royaux. Il faut dire, une grande famile a frappé à l’hiver 792-793.

On compile aussi le droit romain, droit de référence pour un État qui s’inscrit dans la continuité de l’Empire romain.

 

Le complot de Pépin le bossu

Pepin le Bossu Charlemagne

Charlemagne (à gauche) et Pépin le Bossu (à droite). Copie réalisée au Xe siècle d’un manuscrit original des annales de Fulda datant d’entre 829 et 836 pour Évrard de Frioul | Wikimédia Commons

Pépin le Bossu, fils de Charlemagne, sert de tête d’affiche à un soulèvement contre Charlemagne à l’hiver 792-793. C’est un échec, Pépin devient moine.

L’échec de cet épisode dit bien la légitimité acquise par la nouvelle dynastie. La politique de légitimation des Carolingiens par Charlemagne semble être très tôt un succès.

 

L’Empire carolingien, un État faible ?

La thèse de l’historien belge François Louis Ganshorf (1895 – 1980), selon laquelle Charlemagne n’avait pas les moyens de construire un État centralisé et efficace, a longtemps fait autorité.

La vassalité, un des moteurs du règne, aurait favorisé le morcèlement du pouvoir au profit de potentats locaux. Ces derniers auraient contrecarré la volonté de Charlemagne d’imposer un ordre impérial. En outre, il aurait manqué à Charlemagne des fonctionnaires bien formés et lettrés.

Des historiens, comme Bruno Dumézil, remettent en cause cette vision : l’administration romaine aurait survécu sous différentes formes jusqu’au IXème siècle !

Malgré ces débats, il semble avéré que les capitulaires de Charlemagne n’étaient, le plus souvent, pas suivies de réalisations concrètes.

 

Les missi dominici

Que tout le peuple sache que les missi ont été établis pour que quiconque n’aura pu, par la négligence ou l’incurie du comte, se faire rendre justice, qu’il puisse d’emblée leur déférer son affaire et obtenir d’eux justice.

Ainsi Louis le Pieux, héritier de Charlemagne, définit-il le rôle des missi dominici.

Charlemagne crée l’institution des missi dominici, ses représentants directs chargés de faire respecter la volonté du pouvoir central. Ce sont des comtes ou des évêques “envoyés” par Charlemagne pour une mission spécifique. Leurs attributions varient selon le contexte.

Bien que représentants directs de l’autorité de Charlemagne, ces hommes sont choisis parmi les hommes les plus puissants de la région d’administration. Le pouvoir ne pouvait donc se passer de la collaboration de l’aristocratie locale.

 

Les voies de communication dans l’Empire de Charlemagne

Les voies de communication font l’objet de toute l’attention du pouvoir carolingien. Elle sont essentielles pour contrôler cet immense empire.

Ainsi, les anciennes voies romaines sont entretenues. Ponts, canaux et relais ne sont pas en reste. 

À l’est du Rhin, là où l’Empire romain n’avait pénétré que peu profondément, on entreprend un travail de création de routes.

En Saxe, un dispositif original est inventé : les hommes libres doivent ravitailler les messages. En échange, ils peuvent exploiter des terres fiscales. Cet échange de bons procédés a marqué les esprits : le latin paraveredus, cheval de poste, est devenu Pferd en allemand, et palefroi en français.

 

La défense de l’empire carolingien : les marches

Pour défendre ses frontières terrestres, Charlemagne crée le système des marches. Ces fiefs sont des territoires frontaliers à vocation défensive. Ils sont placés sous l’autorité d’un comte de la marche (marchio, Markgraf ou marquis). Le rôle du marquis est essentiel : administrer des populations encore mal soumises.

Ainsi, les marches correspondent aux pays nouvellement conquis. La marche saxonne englobe la Nordalbingie pour faire face aux Danois. Une autre marche fait face aux Avars, de l’est de la Bavière au Wienerwald.

Des marches peuvent se superposer à des comtats plus ordinaires. Cette option peut s’avérer nécessaire quand certaines populations turbulentes se trouvent à proximité. Le marquis s’occupe donc de la défense du territoire. La marche de Bretagne, par exemple, entre Rennes, Nantes et Angers, doit contenir les Bretons d’Armorique, susceptibles de soulèvement. Sur la même idée, une marche de Toulouse est créée.

L’État franc est cependant vulnérable sur les facades maritimes. Charlemagne prescrit de fortifier les littoraux de la mer du Nord et de la Manche contre les raids danois, premières alertes du futur péril normand.

 

La lettre et le diplôme

diplome charlemagne

Diplôme de Charlemagne donné le 31 mars 797 | Wikimédia Commons

Charlemagne communique par la lettre et le diplôme. Le diplôme, par la présence du sceau et du monogramme, répresente clairement l’autorité impériale, facilement reconnaissable. Les lettres, rapides à copier et à produire, lues à haute voix, diffusent virtuellement la présence de l’empereur dans tout l’Empire.

 

La monnaie

charlemagne monnaie

Denier impérial en argent de Charlemagne, inspiré des modèles romains. Au droit, le profil imberbe, le front ceint de lauriers, et l’inscription « KAROLUS IMP[ERATOR] AUG[USTUS] » | Wikimédia Commons

Les monnaies, pour frapper les esprits, sont simples : pas d’iconographie complexe, uniquement le nom de Charlemagne ou son initiale,  puis les initiales de son titre, Roi des Francs (Rex Francorum). Ces pièces, produites en millions d’exemplaires, diffusent toutes un message simple : Charles est le roi des Francs.

 

Les écrits

paul diacre charlemagne

Paul Diacre, selon un manuscrit du Xème siècle | Wikimédia Commons

Des chroniques du règne de Charlemagne sont produites dans la même idée. Comme le montre l’historien autrichien Helmut Reimitz, les Annales du royaume des Francs réaffirment en permanence la royauté de Charles. Ces textes sont prononcés dans les monastères, mais aussi au sein des cours des les élites locales.

Le moine Paul Diacre, dans les Gestes des évêques de Metz, donne une illustre ascendance aux Carolingiens : les Troyens. La dynastie mérovingienne est passée sous silence.

 


Charlemagne et le monde extérieur

Les conquêtes de Charlemagne font de l’empereur un acteur majeur et prestigieux de son temps. Ses relations avec les souverains anglais, comme Offa de Mercie, sont attestées. Autre exemple du prestige de son règne : en 798, Alphonse II de Galice vint à l’Empereur et lui proposa de lutter contre l’islam.

 

Charlemagne et le califat abbasside de Haroun ar-Rachid

haroun ar-rachid charlemagne ambassade

L’ambassade de Charlemagne auprès de Haroun ar-Rachid, Julius Köckert, 1864 | Wikimédia Commons

C’est une des dimensions les plus impressionnantes de l’histoire de la diplomatie carolingienne : les bonnes relations qui s’instaurent entre l’Empire carolingien et le califat abbasside de Haroun ar-Rachid. Pourtant, elles n’ont rien de naturel : le projet impérial est profondément chrétien. 

Charlemagne et Haroun ar-Rachid ont en effet le même ennemi : l’émirat omeyyade de Cordoue. Pour Charlemagne, c’est une menace et une borne pour son Empire. Pour Haroun ar-Rachid, c’est une dangereuse survivance de l’ancienne dynastie Omeyyade, renversée par les Abbassides auxquels il appartient.

 

Abbul Abbas, l’éléphant de Charlemagne

abul abbas elephant de charlemagne

L’éléphant (le fou), pièce de l’échiquier de Charlemagne | Wikimédia Commons

Ainsi, en 797, une ambassade carolingienne composée de Lantfried, Sigismond et le Juif Isaac part pour Bagdad afin de demander un éléphant pour la ménagerie de Charlemagne.

Cette ambassade revient en 801, avec le Juif Isaac seul et, surtout, avec l’éléphant de Charlemagne : Abul Abbas. Celui-ci le suivra jusqu’à la mort.  Il apporte aussi un horloge à roue et surtout les clés du Saint-Sépulcre. C’est ce dernier présent qui est le plus important. 

 

L’activisme du patriarche de Jérusalem

Il faut cependant relativiser la portée de ces relations. Elles s’expliquent surtout par l’activisme du patriarche de Jérusalem, Georgios, alors soumis à Haroun ar-Rachid. 

Georgios, isolé, cherche de nouvelles ressources financières. Sous pouvoir musulman depuis 638, son patriarcat est loin de la protection de Byzance. Bien que protégés par le statut de la dhimma en échange du paiement d’un impôt, nombre de chrétiens sont spoliés et les conversions se multiplient.

Peut-être en accord avec Haroun ar-Rachid, il envoie, avant même le retour de l’ambassade carolingienne, un moine en ambassade auprès de Charlemagne pour lui livrer les reliques du Saint-Sépulcre. En échange, Charlemagne envoie Zacharie, avec des présents pour les lieux saints.

 

Le renforcement de la légitimité chrétienne de Charlemagne

charlemagne mar saba

Le monastère de Mar Saba à Bethléem | Wikimédia Commons

Georgios obtient donc un financement carolingien. Charlemagne, lui, profite du prestige du Saint-Siège de Jérusalem. Il fonde un monastère et un hôpital pour les Pèlerins en Palestine. Cette relation renforce sa prétention à gouverneur des chrétiens.

Surtout, Charlemagne peut se poser en véritable concurrent de l’Empire byzantin. Il ne peut pas y avoir deux empires chrétiens, et celui de Charlemagne ne jouit pas de la même légitimité que celui de Constantinople. Ce dernier est en effet le véritable héritier de l’Empire romain.

Mais lorsque Charlemagne est sacré empereur en 800, deux ambassadeurs venus du patriarcat de Jérusalem sont alors présents. Ces deux ambassadeurs sont deux moines, l’un du mont des Oliviers, de rite latin, l’autre du monastère de Saint-Sabas, de rite grec. La présence de ces deux moines donne une portée universelle au sacre impérial de Charlemagne ! Toutes les églises sont ainsi les témoins virtuels de cet avènement.

 

Un bilan négatif pour les chrétiens d’Orient

Ces relations renforcent la légitimité de Charlemagne. Elles sont assez importantes pour qu’Éginhard parle en ces termes de l’ambassade de 802 – 806 :

Non content d’acquiescer à toutes les demandes qu’ils [les envoyés de Charlemagne] lui présentaient, il [ar-Rachid] consentit à placer sous le pouvoir de Charles le lieu sacré et salutaire et fit accompagner les envoyés francs sur le chemin du retour par une ambassade chargée pour leur souverain de présents considérables – tissus, aromates et autres richesses des pays d’Orient.

Une deuxième ambassade est envoyée en 807. Mais nulle source arabe n’en atteste. Du côté abbasside, ces échanges diplomatiques ne semble pas revêtir la même importance que pour Charlemagne. La situation des chrétiens d’Orient ne s’améliore pas de manière durable. À la mort d’Haroun ar-Rachid, de nouveaux troubles éclatent à Jérusalem.

 

Charlemagne et l’Empire byzantin

charlemagne empire byzantin iconoclasme

Des clercs plaident contre les icônes devant l’empereur byzantin | Wikimédia Commons

Avec l’Empire byzantin, les rapports sont plus complexes. En 781, il est question d’un mariage entre Rothrude, une des filles de Charlemagne, et l’empereur Constantin VI. Lorsque Charlemagne lorgne sur l’Italie du sud, les rapports se dégradent. Pour Byzance, cette région ressortait de son influence exclusive. Conséquence : Irène, l’impératrice-régente, n’invite pas l’Église franque au IIème concile œcuménique de Nicée en 787.

Charlemagne s’immisce dans la querelle des images qui secoue Byzance. Les Libri Carolini condamnent la politique religieuse des Byzantins et veulent répondre « au synode qui s’est tenu dans les régions de la Grèce et dont le but est d’adorer stupidement les images ».

Les Libri Carolini poursuivent l’offensive contre l’Empire byzantin. C’est l’occasion pour l’Empire de Charlemagne de s’affirmer comme le seul Empire à même de mener le peuple élu, c’est-à-dire le peuple chrétien où qu’il habite, vers son salut. Le pouvoir byzantin est un concurrent à éliminer. Ainsi, ils déligitiment le concile sur la base qu’Irène est une femme. Or une femme ne pourait prendre des décisions pour l’ensemble du monde chrétien !

Finalement, en 797, Irène fait la paix avec Charlemagne. Le chroniqueur Théophane rapporte même le projet d’union entre Irène et Charlemagne. Ce mariage, s’il avait eu lieu, aurait réuni l’Empire romain. Mais Irène est renversée en 802.

 


La « Renaissance carolingienne »

Renaissance carolingienne charlemagne

Le règne de Charlemagne est une période faste pour la peinture. Évangiles d’Aix-la-Chapelle, folio 13r : saint Jean (école du palais d’Aix, vers 810) | Wikimédia Commons

Charlemagne donne une impulsion énergique au développement des arts et des lettres. Cette impulsion est si forte, que certains historiens ont pu parler de « Renaissance carolingienne » : ainsi, le règne des Carolingiens serait un temps de savoirs et de lumières, contrastant avec celui des Mérovingiens, plus sombre. 

L’historien Michel Sot parle lui de de politique de la culture.

C’est en effet une politique, toute tournée vers un objectif clair : celui d’organiser un Empire qui se doit de mener le peuple vers le salut. Il faut donner un consistance à l’Empire chrétien et donner des armes au clergé, le premier des « services publics ». Sa mission est fondamentale : encadrer le peuple chrétien, l’instruire et prier à son intention.

 

Charlemagne l’inventeur de l’école ? 

carolingien inventeur ecole

Centres d’études carolingiens, viiie et ixe siècles : en vert les écoles monastiques, en orange les écoles épiscopales | Wikimédia Commons

La capitulaire d’Aix-la-Chapelle de 789, l’Admonition générale, pose les bases de cette Renaissance. Au chapitre 72, Charlemagne exige des clercs et des moines qu’ils se distinguent par leur conduite et leurs propos.

Des écoles doivent en outre instruire les garçons dans tous les monastères et les évêchés : c’est le début de la légende de « Charlemagne qui a inventé l’école ». Mais il ne faut pas s’y tromper, les écoles doivent former un personnel religieux de qualité pour améliorer l’administration de l’Empire.

 

Les apports étrangers à la Renaissance carolingienne

alcuin charlemagne

Alcuin présente à Charlemagne les manuscrits écrits par ses moines. Peinture au plafond d’une salle de la galerie Campana du musée du Louvre | Wikimédia Commons

Cette politique culturelle se nourrit d’apports étrangers.

Paul Diacre arrive de Lombardie en 780. Ce moine bénédictin a été formé à la cour des comtes de Frioul et des rois lombards dans les canons de la culture antique : grammaire, droit et langue grecque. Il est l’auteur d’une Histoire des Lombards. À la demande de Charlemagne, il rédige une grammaire et un recueil d’homélies des Pères de l’Église. 

De tous les savants entourant Charlemagne, Alcuin est sûrement le plus célèbre. Originaire de York, c’est, pour Éginhard,  » l’homme le plus savant qui fut alors ». On lui connaît en effet 70 ouvrages et plus de 360 lettres. Après sa rencontre avec Charlemagne, il devient le directeur de son académie, installée dans le palais d’Aix-le-Chapelle : l’école palatine.

D’autres savants viennent du monde wisigothique, c’est-à-dire l’actuelle péninsule ibérique. Isidore de Séville, avant l’avènement des Carolingiens, avait produit au début du VIIème siècle une grande encyclopédie résumant les savoirs antiques, les ÉtymologiesThéodulf, un Wisigoth, devient évêque d’Orléans en 798 et abbé du monastère de Fleury. Son oeuvre poétique, théologique et comme correcteur de la Bible est de première importance.

 

Les disciplines de la connaissance : trivium et quadrivium

renaissance carolingienne trivium quadrivium

Les sept arts libéraux dans l’Hortus deliciarum d’Herrade de Landsberg, 1180 |Wikimédia Commons

Un savant doit s’atteler à l’étude :

  • du trivium : la grammaire, la rhétorique et la dialectique ;
  • du quadrivium : l ‘arithmétique, la géométrie, l’astronomie et la musique.

Ce sont autant de connaissances à acquérir pour les appliquer à la recherche de la connaissance par excellence : celle de Dieu.

La grammaire est la plus importante des disciplines. C’est la science du langage, celle de la langue latine. Les savants carolingiens restaurent une langue latine classique, codifée par les grammairiens du IVème siècle comme Donat. Cette langue devint la langue savante du Moyen-Âge et de l’époque moderne.

La littérature permet d’étudier des auteurs qui ont bien manié la langue. Même les païens sont étudiés : Cicéron pour la prose, Virgile pour la poésie.

La perspective du salut chrétien reste cependant à l’horizon. La patristique est une référence privilégiée des savants carolingiens. Jérôme, Ambroise ou Augustin, ainsi que Eusèbe de Césarée ou Orose, auteur d’une Histoire contre les païens, sont des auteurs de référence.

Les méthodes de grammaire doivent conduire à l’exégèse. À cette époque, les traductions latine de la Bible en circulation ne sont pas unifiées. Charlemagne demande à Alcuin et Theodulf de les corriger pour arriver à un texte unique. Alcuin privilégia les traductions de Jérôme du IVème siècle. Cette bible devient la bible adoptée par l’université de Paris au XIIIème siècle, puis le premier livre imprimé au XVème que l’on connaît aujourd’hui sous le nom de Vulgate.

 

L’élaboration des livres manuscrits

renaissance carolingienne charlemagne miniscule caroline

La minuscule caroline | Wikimédia Commons

Tout ce programme nécessite l’élaboration de livres. On en a conservé un nombre considérable. 1800 manuscrits pour les sept premiers siècles de notre ère, et 7000 pour la seule période carolingienne, entre 750 et 900. On estime que 50 000 ouvrages pouvaient être en circulation.

Ces livres sont réunis dans de « grandes » bibliothèques. Ainsi, dans la grande abbaye de Saint-Riquier, l’une des plus importantes, 250 manuscrits étaient réunis en 831.

Ces manuscrits sont souvent recopiés d’un autre manuscrit, qui lui même avait été recopié d’un autre. Le risque d’accumulation d’erreurs est grand. Dans l’Admonition générale de 789, Charlemagne demande à ce que les manuscrits ne soient recopiés que par des scribes expérimentés. La présence d’erreurs est grave, particulièrement pour la Bible : si ceux qui l’utilisent prient mal, ils risquent d’être incompréhensibles à Dieu.

L’emploi du parchemin se généralise. Fait à partir de peau de mouton ou peau de veau, le vélin, il est plus résistant et lisse que le papyrus. Mais c’est un matériel onéreux. Pour réaliser une grande Bible, il fallait environ 300 moutons.

Le parchemin est aussi un bon support pour la peinture. La peinture connaît un véritable essor à cette époque : lettres ornées, peintures représentant des évangélistes ou monarques…

Les reliures, en cuir ou métaux précieux, sont très travaillés et ornées de pierreries et de plaques d’ivoire sculptées.

En parallèle, une nouvelle écriture apparaît progressivement, la minuscule caroline. Elle est à l’origine de nos caractères d’imprimerie : les imprimeurs humanistes au XVème siècle la réutilisèrent.

 

L’unification du chant religieux : le chant grégorien

chant grégorien charlemagne neume

Un exemple de neumes | Wikimédia Commons

Le chant grégorien est le chant liturgique de l’église catholique. À son écoute, l’oreille à un impression de très grande égalité de ton.

À l’occasion de la venue d’Étienne II en 754, Pépin le Bref promet de rester fidèle à la liturgie et au chant romain. Charlemagne ne trahit pas cette promesse. Il déclare en 789 :

Pour l’ensemble du clergé : qu’il apprenne à la perfection le chant de Rome et qu’il célèbre l’office conformément […] à ce qu’avait ordonné de faire notre père, le roi Pépin, d’heureuse mémoire, quand il supprima le chant gallican. 

Toutefois, ce chant venu de Rome est mélangé à des chants gallicans, si bien que l’on parle de chant romano-gallican.

S’il n’a rien d’un musicien, on nomme ces chants romains en l’honneur de Grégoire Ier le Grand, pape de 590 à 604, en souvenir de son intense oeuvre de réformateur et d’administrateur.

Du fait de la multiplication des chants, on développe les neumes, des signes de notation musicale pour faire face aux difficultés de mémorisation.

 

La question du culte des images

Les Carolingiens ont profité des troubles Byzantins autour de la querelle des images pour essayer de réduire leur rival. Mais cette question théologique a valeur en elle-même pour les chrétiens occidentaux aussi.

Les clercs en reviennent à la patristique. En s’appuyant sur une lettre de Grégoire à l’évêque Serenus de Marseille, ils définissent une voie moyenne. L’image n’est pas interdite comme chez les musulmans et les juifs. Elle n’est pas non plus adorée comme chez les Byzantins.

 


La fin de l’Empire de Charlemagne

louis le pieux charlemagne

Vision du XIXème siècle de Louis le Pieux, par Jean-Joseph Dassy | Wikimédia Commons

La divisio regnorum

Les Francs considèrent que le souverain est le propriétaire de l’État. Le royaume devenu Empire doit donc être partagé et donné en héritage aux fils de l’Empereur. La divisio regnorum de 806 répartit la succession entre les trois fils de Charlemagne, Pépin, Louis et Charles. Les trois frères devaient cependant rester associés, pour ne pas disloquer l’Empire.

Charles et Pépin meurent prématurément. L’Empire est en sursis.

 

Le règne de Louis le Pieux

Louis le Pieux (r. 814 – 840) est associé au trône dès 813. Lorsqu’il accède au pouvoir, c’est un souverain compétent, bien éduqué et au tempérament très religieux, duquel il tire son surnom.

Ordonnateur d’un empire chrétien dont il doit mener le peuple au salut, il sent la nécessité de protéger cet ensemble du démembrement.

En 817, il prend l’ordinatio imperii, qui proclame empereur le fils aîné de Louis, Lothaire. Pépin et Louis le jeune, les deux frères de Lothaire, deviendront respectivement roi d’Aquitaine et roi de Bavière. L’Italie revient en lot à Bernard, neveu de Louis le Pieux. Les royaumes n’avaient de royaume que le nom : ils étaient plutôt des comtats autonomes sur des marches sensibles aux rébellions, intégrés au sein de l’Empire.

 

L’effondrement

Cet ensemble s’effondre rapidement. En 823, Judith, la seconde épouse de Louis le Pieux, met au monde un quatrième fils. Lothaire refuse un éventuel réaménagement de l’héritage pour prendre en compte ce nouvel arrivé. Il rassemble autour de lui une coalition hétéroclite, composée des seigneurs désireux de retrouver leur autonomie et de partisans de l’unité de l’Empire, en majorité des clercs. Pépin et Louis le jeune rejoingent Lothaire.

Louis le Pieux est abandonné par tous en 833 au champ du Mensonge, devant l’armée de Lothaire. Il abdique. Mais les fils se divisent. Pépin et Louis rétablissent leur père dans ses droits.

Après la mort de Pépin en 839 et de Louis le Pieux en 840, Louis le jeune devenu Louis le Germanique et Charles s’allient contre Lothaire, le battent à Fontenay-en-Puisaye, puis jurent en 842 à Strasbourg de s’aider mutuellement. La cérémonie de serment étant publique, pour être comprise, est récitée en langue romane par Louis et en thiois par Charles. On tire de ce serment le premier document écrit connu de langue romane.

 

Le traité de Verdun : la fin de l’Empire de Charlemagne

En août 843, le traité de Verdun entérine la division. L’Empire de Charlemagne est mort. Charles obtient les terres de l’Ouest, Louis obtient les terres à l’est du Rhin sauf la Frise, et Lothaire un territoire partant de la mer du nord jusqu’à l’Italie, comprenant Aix-la-Chapelle et Rome. Lothaire reste empereur, mais ce n’est qu’un élément de prestige.

 


L’héritage de Charlemagne

statue charlemagne paris

Statue de Charlemagne devant Notre-Dame de Paris | Wikimédia Commons

Charlemagne, père de la France ? 

Il paraît difficile de dater la naissance de la France à l’avènement de Charlemagne. Les Allemands, les Belges, les Luxembourgeois, les Néerlandais, les Suisses voire même les Italiens peuvent s’en revendiquer.

Ainsi, Jacques le Goff, en introduction à l’Histoire de la France , ne date la naissance politique de la France que des partages de l’Empire carolingien à Verdun en 843, et à Meersen en 847 et 851. L’entité qui naît de ces partages, c’est la Francia occidentalis, « première véritable incarnation de la France politique ».

En effet, seule la Francia occidentalis connaît une continuité territoriale et politique nécessaire à un État.

 

L’Empire carolingien, limon du royaume de France

L’Empire carolingien lègue néanmoins à la future France des pratiques que reprendront la France en formation. La mission d’enquête des baillis et sénéchaux épousent celle des missi dominici carolingiens.

Comme le relève l’historien Jean-François Lemarignier, avec les Carolingiens, l’écrit est mis au service des pratiques de gouvernement. Une hiérarchie des textes s’institue avec à leur tête les capitulaires, et les textes sont conservés dans des bureaux des archives.

Dans le domaine de la justice, c’est bien sûr la réhabilitation de la procédure inquisitoire qui est à mettre au crédit des Carolingiens.

 

La vie de Charlemagne selon Éginhard

Éginhard vie de Charlemagne

Enluminure des Grandes Chroniques de France représentant Eginhard | Wikimédia Commons

Eginhard, né autour de 770, éduqué au monastère de Fulda, rejoint la cour en 791.  C’est là qu’il se lie d’amitié avec le Charlemagne des dernières années de règne, puis avec son successeur, Louis le Pieux.

À la cour, l’activité politique d’Éginhard semble circonscrite. Il supervise surtout la réalisation d’objets de luxe et la construction de bâtiments. De cette activité, il tire son surnom de « Bélséléel », c’est-à-dire l’homme choisi par Dieu pour concevoir le Tabernacle.

En 830, il s’attèle à son grand œuvre : la vie de Charlemagne. Cette biographie a un but : légitimer le règne carolingien en l’inscrivant dans la lignée prestigieuse des empereurs romains. Son modèle : la vie des 12 Césars de Suétone.

Ce récit est d’une importance fondamentale. Des générations d’Européens s’en inspireront et donneront naissance à la « légende de Charlemagne ».  

Ainsi, Éginhard crée le mythe des « Mérovingiens, rois fainéants », portés par un attelage tirés par des boeufs ! Les Carolingiens les ont donc renversé à raison. Surtout, le sacre de Charlemagne par le pape Étienne II atteste de la volonté divine de voir les Carolingiens gouverner : 

La famille des Mérovingiens, dans laquelle les Francs avaient l’habitude de choisir leurs rois, est réputée avoir régné jusqu’à Childéric, qui, sur l’ordre du pontife Étienne, fut déposé, eut les cheveux coupés et fut enfermé dans un monastère. Mais, si elle semble n’avoir fini qu’avec lui, elle avait depuis longtemps perdu toute vigueur et ne se distinguait plus que par ce vain titre de roi.

La fortune et la puissance publiques étaient aux mains des chefs de sa maison, qu’on appelait maires du palais et à qui appartenait le pouvoir suprême. Le roi n’avait pus, en dehors de son titre, que la satisfaction de siéger sur son trône, avec sa longue chevelure et sa barbe pendante, d’y faire figure de souverain…

Sauf ce titre royal, devenu inutile, et les précaires moyens d’existence que lui accordait à sa guise le maire du palais, il ne possédait en propre qu’un unique domaine, de très faible rapport, avec une maison et quelques serviteurs, en petit nombre, à sa disposition pour lui fournir le nécessaire. Quand il avait à se déplacer, il montait dans une voiture attelée de boeufs, qu’un bouvier conduisait à la mode rustique…

Éginhard passe ensuite en revue les conquêtes et les hauts faits du règne Charlemagne. Cette biographie, posthume, cherche à offrir un modèle de gouvernement à l’époque où l’Empire carolingien implose. Charlemagne est un modèle du prince : conquérant, prudent, missionnaire et protecteur de l’Église.

Ainsi, Éginhard dépeint Charlemagne comme juste, bienveillant, vigoureux, amis des arts et du christianisme. Il est grand, souple et surtout : imberbe.

Il raconte en outre que Charlemagne avait sous son oreiller des tablettes et un stylet pour bûcher l’écriture en cas d’insomnie. À sa suite, Rémi Brague dans son célèbre ouvrage, Europe, la voie romaine, fait de Charlemagne un représentant de l’attitude des Européens face à la connaissance :

L’attitude fondamentale qui a rendu possible l’histoire culturelle européenne est bien celle de Charlemagne. […] Le père de l’Europe était un illettré, mais il apprenait à écrire. Celui qui, pour nos images d’Épinal, est le père de l’école était en fait lui-même un écolier, et du genre de ceux qui suivent les cours du soir. L’Europe est ainsi fait : comme son « père » [Charlemagne], c’est un continent illettré qui a appris à lire ailleurs, qui a appris à lire non le gaulois, le germain, etc., mais le latin et le grec.

 

Charlemagne est-il allemand ou français ?

Il est souvent question de faire de Charlemagne une figure unificatrice en vue de la construction européenne.

En effet, il a la particularité d’être considéré et par les Allemands et par les Français comme un de leurs grands rois. Mais, comme le montre cet entretien avec l’historien allemand Rolf Grosse, la vision qu’en ont Français et Allemand diverge quelque peu.

 

« L’origine carolingienne » des rois de France

Hugues Capet renverse les Carolingiens. Mais il conserve le titre de Rex Francorum, pour marquer la filiation avec la dynastie écartée. Une des grandes ambitions des Capétiens devient alors de faire disparaître les césures entre Mérovingiens, Carolingiens et Capétiens. 

La coupure entre Louis V, ultime monarque carolingien, et Hugues Capet, pose un problème de taille. Elle peut toujours servir de base à l’accusation d’usurpation. Surtout, effacer cette césure, c’est s’affubler d’un grand ancêtre prestigieux : Charlemagne.

Cette référence devient d’autant plus essentielle pour les Capétiens que ceux-ci aspirent, et pour longtemps, à établir une monarchie universelle, à l’image de l’Empire romain ou carolingien.

La Chanson de Roland datant de la fin du XIIème siècle installe la figure de Charlemagne dans l’horizon de la littérature classique française. Mais ce n’est pas la seule occurence de l’empereur au cours de la période.

Un clerc français, le pseudo-Turpin (du nom d’un compagnon de Charlemagne, Turpin), produit en vers 1140 une Histoire de Charlemagne et de Roland en latin. Traduite en français, elle connaît alors un très grand succès, surtout sur le chemin du pelerinage de Compostelle.

Les rois de France essaient en outre à s’approprier le mythe de Charlemagne, empereur des derniers jours appelé à régner pendant le Millenium, la période entre la mort de l’Antéchrist et le Jugement dernier.

Louis VIII reçoit enfin une lettre mystérieuse qui lui annonce qu’il sera un nouveau Constantin.

 

La propagande carolingienne de Philippe Auguste

Philippe Auguste Charlemagne

Sceau de Philippe Auguste avec l’inscription PHILLIPVS DEI GRATIA FRANCORUM REX (« Philippe, par la grâce de Dieu roi des Francs »), titulature déjà présente chez Charlemagne | Wikimédia Commons

Avec Philippe Auguste (r. 1180 – 1123), les Capétiens parviennent à leurs fins. Fils d’Adèle de Champagne, elle-même carolingienne, il fait la publicité de sa généalogie avantageuse

Il veut ainsi contrer les prophéties normandes et anglaises, propagandes avant l’heure, qui annonçaient l’extinction des Capétiens après 7 générations, celle de Philippe Auguste. Vers 1040, l’abbaye Saint-Valéry avait lancé un récit dans lequel Charlemagne serait apparu à Hughes Capet en lui prédisant :

Grâce à nos prières, tu deviendras roi de la Gaule et par suite ta lignée prendra le gouvernement de tout le royaume jusqu’à la septième génération. 

Vers 1200, Gilles de Paris compose pour le fils du roi, le futur Louis VIII, un Miroir des princes, le Karolinus, dont le personnage central est Charlemagne. Philippe Auguste est alors comparé à un « autre Charles » (alter Carolus).

Dans une décrétale de 1204, le pape Innocent III écrit :

Charlemagne […] de la race de qui descend comme on sait le roi de France lui-même.

Guillaume le breton met dans la bouche de Philippe Auguste avant la bataille de Bouvines (1214) les mots suivants :

Magnanimes, descendants des Troyens, distinguée race des Francs, héritiers du puissant Charles, de Roland et du preux Olivier, vous qui avez tout abandonné pour la foi du Christ…

Réalité et imagination se mêlent. En 1216, la Cour des pairs est créée avec pour but de juger les grands procès féodaux au nom du roi. Elle est composée des 12 pairs de France, six ecclésiastiques et six laïques. Ce sont des copies, selon Ferdinand Lot, des pairs de Charlemagne dans les chansons de geste. En outre, lors des sacres, on utilise une épée qui aurait été celle de Charlemagne. 

Enfin, Philippe Auguste cherche au cours de son règne à démontrer l’origine carolingienne de sa femme Isabelle de Hainaut. La famille de cette dernière avait des prétentions carolingiennes. Le frère d’Isabelle de Hainaut, Baudouin V, veut absolument prouver les racines carolingiennes de sa famille. Il fait établir une version critique du livre du pseudo-Turpin et en offre une édition luxueuse à Frédéric Barberousse.

Lorsque Louis VIII advient, cette intense propagande permet d’affirmer « le retour à la racine carolingienne » : c’est la théorie du reditus ad stirpem Caroli.

Philippe Auguste est donc le roi qui marque à la fois sa filiation avec les Carolingiens et abandonne le titre de roi des Francs, Rex Francorum, pour celui de roi de France, Rex Franciæ.

 

Saint-Louis, Saint-Denis et Charlemagne

Saint-Louis, quand il fait construire la nouvelle nef de l’abbaye de Saint-Denis, la divise en trois : au sud les Mérovingiens et les Carolingiens, au nord les Capétiens et entre eux, marquant le relai, Philippe Auguste et Louis VIII. Sur les vitraux de la cathédrale de Chartres, il fait représenter un Charlemagne nimbé : c’est saint Charlemagne. 

 

Charlemagne, un roi germanique canonisé

charlemage empereur chretien

Une représentation de Charlemagne au XVème siècle | Wikimédia Commons

Pour les Allemands, Charlemagne est en effet un roi germanique. L’empereur du Saint-Empire Frédéric Barberousse (r. 1155 – 1190) cherche même à le faire canoniser, et ce pour plusieurs raisons :

  • Pour parer aux prétentions françaises à continuer l’oeuvre de Charlemagne.
  • Faire contrepoids à Cologne, la plus importante cité médievale allemande qui venait de faire venir dans sa cathédrale les reliques des rois mages, en rehaussant le prestige d’Aix-la-Chapelle.
  • Faire dépendre sa propre légitimité d’un Empereur saint. Héritier d’un Charlemagne canonisé, la position de Barberousse aurait été renforcée contre la papauté.

En effet, Charlemagne est considéré comme le fondateur du Saint-Empire. Luther, dans À la noblesse chrétienne de la nation allemande, cherchera même à casser cette légitimation carolingienne, en affirmant que Léon III n’aurait pas eu le droit de conférer la dignité impériale à Charlemagne en 800.

 

Charlemagne, bienheureux chrétien

L’antipape Pascal III canonise Charlemagne. Bien sûr, du fait de l’illégitimité de celui qu’il l’a réalisée, cette canonisation n’a jamais été acceptée par l’Église. On ne trouve pas Charlemagne dans le martyrologue romain, la liste officielle des saints. En revanche, Charlemagne est bienheureux : son culte est autorisé en quelques lieux bien spécifiques, comme Aix-la-Chapelle, tous les 28 janvier.

Mais la figure de Saint de Charlemagne demeure. La chanson de Roland est adaptée en allemand entre 1170 et 1185 par le curé Conrad. Il élimine cependant les allusions à la France. Charlemagne y est montré comme un saint, qui pleure des larmes de ferveur religieuse.

 

Une destinée mouvementée

La figure de Charlemagne est tantôt vue positivement, tantôt négativement.

Ainsi, en Allemagne, autour d’Aix-la-Chapelle par exemple, l’image de Charlemagne est positive. Mais d’autres ont gardé le souvenir de ses conquêtes violentes ponctuées de massacres.

En Basse-Saxe ou en Westphalie, une figure rivale émerge : Widukind. Certaines écoles et lycées portent même son nom aujourd’hui. En 1899, un statue est élévée à son honneur à Herford, en Westphalie. Détruite pendant la dernière guerre, cette statue est reconstruite, témoignant de son importance pour la région.

En France, Voltaire fait de Charlemagne un souverain inculte et soumis au clergé. Michelet en fait un Allemand et ne le place pas dans la généalogie nationale.

Chez les nazis, la figure de Charlemagne ne fait pas l’unanimité. Rosenberg, l’idéologue du parti, le voit comme le boucher des Saxons. Mais Hitler en avait une vision positive. Il en fait le modèle d’un Germain.

Aujourd’hui en Allemagne, Charlemagne est un personnage européen, auquel on peut rendre hommage sans être taxé de nationalisme. Un prix Charlemagne est décerné depuis 1950 à Aix-la-Chapelle à une personnalité ayant agit pour l’unité européenne. En 1988, Mitterrand et Kohl reçoivent le prix ensemble.

 

Charlemagne et Napoléon

Charlemagne Napoleon trone

Napoléon au trône de Charlemagne

L’Empire napoléonien couvre peu ou prou celui de Charlemagne. Napoléon a trouvé dans l’empereur chrétien du Moyen-Âge un référentiel auquel attacher son règne. Comme le note Thierry Lentz, Charlemagne apparaît vite dans les références napoléoniennes.

Ainsi, en 1803, Napoléon fait ériger une statue de Charlemagne au sommet de la colonne de la place Vendôme

Du 2 au 10 septembre 1804, Napoléon vient se recueillir à Aix-la-Chapelle, après avoir été proclamé empereur le 18 mai 1804. Napoléon puise sa légitimité dans les lieux du souvenir carolingien, comme les empereurs du Saint-Empire avant lui, en se plaçant comme successeur de Charlemagne. Il reçoit même une relique de la part de l’évêque local, une esquille de l’os de son bras droit.

D’autres éléments viennent attester de la volonté de Napoléon de se placer dans la lignée de Charlemagne. Charlemagne était roi des Lombards. Alors Napoléon sera roi d’Italie le 28 mai 1805.

Le président du collège électoral de Tortone en Italie lance d’ailleurs à Napoléon :

Vous avez régénéré l’Empire des Francs et le trône de Charlemagne enseveli sous les ruines de dix siècles

Le tableau d’Ingres de 1806, Napoléon Ier sur le trône impérial, représente l’empereur tenant un sceptre avec une statuette de Charlemagne à son bout.

Napoleon Charlemagne Ingres

Dans le cadre du conflit entre Napoléon et la papauté, il écrit alors au cardinal Fesch :

Dites bien que je suis Charlemagne !

 

 

Rejoignez-nous sur Facebook 😉


Bibliographie 

  • Alibert Dominique, « Le royaume des images », L’Histoire, 12/2014 (n° 406), p. 60-60.
  • Brague Rémi,Europe, la voie romaine, Criterion, Paris, 1992, 189 p. – 2e éd. revue et augmentée, ib., 1993, 206 p. – 3e éd. revue et augmentée, Folio-essais, NRF, Paris, 1999, 260 p.
  • Bruguière André, et Revel Jacques (dir.), Histoire de la France, choix culturels et mémoire, Editions du Seuil, Points-Histoire, 2000.
  • Coz Yann, «  » Vie de Charlemagne  » d’Éginhard », L’Histoire, 6/2014 (n° 400), p. 111-111.
  • Fagart Sébastien, « L’éléphant de Charlemagne », L’Histoire, 11/2002 (n°270), p. 019-019.
  • François Stéphane, « Charlemagne chantait le grégorien », L’Histoire, 6/2001 (n°255), p. 23-23.
  • Gravel Martin, « Comment gouverner un empire si grand », L’Histoire, 12/2014 (n° 406), p. 40-40.
  • Lentz Thierry, Napoléon, Paris, Presses Universitaires de France, « Que sais-je ? », 2003, Chapitre IV, 128 pages.
  • Rapp Françis, Le Saint-Empire romain germanique, d’Otton le Grand à Charles Quint, Point Histoire, Seuil, 2003
  • Sot Michel, « Une politique de la culture », L’Histoire, 12/2014 (n° 406), p. 56-56.

Adrian

Étudiant et passionné par les sciences humaines. N'hésitez pas à me contacter :)

Vous aimerez aussi...

9 réponses

  1. YvanDuchite dit :

    Un article de qualité pour un site de qualité. Rien de tel pour commencer la semaine ! Prochain article sur Saint-Loulou SVP

  2. Anonyme dit :

    Merci !!

  1. 11/01/2017

    […] Sous Haroun ar-Rachid, le califat entretient des relations diplomatiques avec Charlemagne. […]

  2. 22/02/2017

    […] Vous trouverez ici un article complet sur Charlemagne 🙂 […]

  3. 19/03/2017

    […] en 768, est le premier roi des Francs de la dynastie carolingienne. Toutefois, son illustre fils, Charlemagne, masque un peu les grandes réalisations de son règne : elles sont telles que Pierre Riché parle […]

  4. 11/09/2017

    […] Dès le Moyen Âge, la littérature écossaise traite avec beaucoup d’importance l’Auld Alliance. Au XIVe siècle, Jean de Fordun lui invente une origine mythologique remontant au haut Moyen Âge. À ses yeux, c’est dans les années 780 et 790, lors du règne du roi d’Écosse légendaire Achaius, que des relations privilégiées s’instaurent entre le royaume d’Écosse et le royaume franc de Charlemagne.  […]

  5. 03/11/2017

    […] Eudes est alors à la tête d’une Aquitaine quasi-indépendante. Celle-ci a profité des tensions qui affaiblissent alors le royaume auquel elle est intégrée, celui des Francs. La dynastie mérovingienne à sa tête ne gouverne plus vraiment. La réalité du pouvoir est entre les mains du maire du palais Charles Martel (717), duc d’Austrasie, père de Pépin le Bref, fondateur de la dynastie carolingienne, et grand-père de Charlemagne. […]

  6. 08/11/2017

    […] de la papauté en pouvoir territorial qui exerce sa souveraineté sur des terres (comme la donation de Constantin, sous Charlemagne, essaie de le légitimer) est un moment de transformation radicale des rapports […]

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *