Charles Perrault : biographie courte, contes et oeuvres

Charles Perrault est un écrivain français né à Paris le 12 janvier 1628 et mort dans le même ville le 16 mai 1703. Il appartient au mouvement des Modernes, qui s’opposait alors aux Anciens. Il reste connu pour ses Contes en prose, publiés en 1697.

Dans l’oeuvre de Perrault, le récit des contes diffère souvent de ceux des adaptations, celles de Disney notamment. 

 

Charles Perrault : courte biographie


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Charles Perrault | Wikimedia Commons

Charles Perrault est né le 12 janvier 1628 au sein d’une famille de la bourgeoisie parlementaire (c’est-à-dire liée au Parlement de Paris, une institution d’Ancien régime) imprégnée de jansénisme (un mouvement religieux au sein du catholicisme, combattu par le pape et le pouvoir).

Charles Perrault fait des études au collège de Beauvais puis devient, comme son père mais sans passion, avocat au barreau de Paris en 1651. Il ne plaide que deux fois dans sa carrière. Il se détourne de cette voix pour lui préférer une carrière au sein l’État, lorsqu’il se rapproche de Colbert (1619 – 1683) dont il devient le protégé. En 1663, Charles Perrault devient secrétaire de la “Petite Académie”, la future Académie des Inscriptions et des Belles-Lettres. Il et nommé en 1665 contrôleur général de la surintendance des bâtiments du roi, ce qui lui laisse du temps pour se consacrer à l’écriture. 

 

Charles Perrault à l’Académie française

La carrière littéraire de Charles Perrault est consacrée lorsqu’il est nommé en 1671 à l’Académie française, fondée en 1635. Il y est reçu le 23 novembre par Jean Chapelain (1596 – 1674). Porte-parole de Colbert au sein de l’Académie, Charles Perrault participe à certains changement au sein de l’institution : élection des académiciens au scrutin, établissement de jetons de présence, etc. L’écrivain participe en outre à la fondation de l’Académie des Beaux-Arts. Il est aussi l’auteur de l’Épître dédicatoire de la première édition du Dictionnaire.

Marié à Marie Guichon, il a 4 enfants. Son frère, Claude Perrault, est l’architecte de la “colonnade du Louvre” et a aussi contribué aux dessins des plans de l’observatoire de Paris.

La mort de Colbert en 1683 entraîne sa disgrâce à la cour, mais pas la fin de son influence dans le monde des lettres.

 

Charles Perrault, représentant du mouvement des Modernes


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Annibale Carracci, Hercule à la croisée des chemins, 1596 | Wikimedia Commons

La carrière littéraire de Charles Perrault commence dès 1648, lorsqu’il signe avec deux de ses frères, Nicolas et Claude, un pastiche du VIe livre de L’Énéide, signe annonciateur de son engagement futur. En effet, Charles Perrault est engagé dans le camp des Modernes, dont il est le chef de file.

 

Charles Perrault et la querelle des Anciens et des Modernes

Le monde littéraire est alors troublé par une querelle qui oppose deux groupes : la querelle des Anciens et des Modernes. 

  • Les Anciens, représentés par de grandes plumes comme Boileau (1636 – 1711), La Bruyère (1645 – 1696), La Fontaine (1621 – 1695) ou Racine (1639 – 1699), pensent que toute création doit s’efforcer d’imiter les modèles de l’Antiquité.
  • Les Modernes, dirigés par Perrault, mais dans les rangs desquels on peut aussi trouver Fontenelle (1657 – 1757, neveu de Pierre Corneille, eclipsé par “l’Ancien” Racine) exaltent les sciences, l’expérience, les arts nouveaux, etc.

Le 27 janvier 1687, Perrault lit à l’Académie son poème Le siècle de Louis le Grand. Tout à la gloire de Louis XIV, il y affirme la supériorité du siècle du Roi-Soleil, décisif pour l’histoire de l’humanité, sur celui de l’empereur romain Auguste (63 av. J.-C. – 14 ap. J.-C.). La querelle des Anciens et des Modernes est lancée.

Linéaments de la querelle à venir, Charles Perrault avait déjà défendu Alceste (Critique de l’opéra ou Examen de la tragédie intitulée Alceste ou le Triomphe d’Alcide), opéra de Philippe Quinault (1635 – 1688). Racine lui répond dans la préface d’Iphigénie (1675). En 1686, Perrault avait présenté Saint Paulin, poème épique qui met en avant le merveilleux chrétien opposé au merveilleux païen. En 1688, Fontenelle est battu par Jean de La Chapelle, un membre des Anciens, pour l’entrée à l’Académie. Dans son Épître pour le génie, Perrault fait l’éloge du candidat malheureux et de son oncle Corneille.

 

Le Parallèle des Anciens et des Modernes

Néanmoins, l’oeuvre la plus notable de Perrault est son Parallèle des Anciens et des Modernes, publiée entre 1688 et 1697. Ce parallèle se présente sous la forme de 5 dialogues, emprunts d’humour, entre l’Abbé (le porte-parole de Perrault), le Chevalier, un moderne exalté, et le Président, représentant des Anciens. Perrault essaie d’y démontrer la supériorité des Modernes sur les Anciens dans tous les arts : littérature, astronomie, guerre, géographie, navigation, etc.

Cette oeuvre s’inscrit dans la rivalité de son auteur avec Boileau. Quand le dernier fait la satire des femmes (Satire X), largement acquises aux Modernes, Perrault vient les défendre dans son Apologie des Femmes (1694). Il écrit en outre en 1695 une Ode au Roi qui s’oppose à l’Ode sur la prise de Namur, présentée en 1693 par Boileau. Les deux lettrés finissent néanmoins par se réconcilier officiellement à l’Académie le 4 août 1694, partageant une même inclinaison pour le jansénisme.

À la fin de sa vie, Charles Perrault publie une histoire des Hommes illustres qui ont paru en France pendant ce siècle, avec leurs portraits au naturel (1696-1700), mise à jour des Vies parallèles de Plutarque (45 – 120).

 

Les Contes de Charles Perrault


Par Gustave Doré | Wikimedia Commons

Le souvenir de Charles Perrault comme théoricien est aujourd’hui éclipsé dans la mémoire collective par sa qualité d’auteur de ses célèbres contes, entrés dans le folklore français.

Charles Perrault publie d’abord des Contes en vers en 1694 dans lesquels on trouve : 

  • La Marquise de Salusses ou la Patience de Griselidis
  • Les Souhaits ridicules
  • Peau d’âne

Une préface figure en tête de ces contes dans laquelle Charles Perrault affirme leur supériorité morale sur les contes des Anciens.

 

Les Contes de la mère de l’Oye de Charles Perrault

Les contes en proses de Perrault, plus célèbres, sont publiés en 1697. Les Histoires ou contes du temps passé avec des moralités (ou Conte de ma mère l’Oye, titre en frontispice) sont constitués de 8 contes, publiés sous le nom de son fils. Il affirme qu’un enfant aurait composé ces contes, dédiés alors à Mademoiselle, la fille de Philippe d’Orléans, frère de Louis XIV. L’ouvrage rencontre un grand succès. Il comporte : 

  • La Belle au bois dormant
  • Le Petit Chaperon rouge
  • La Barbe bleue
  • Le Chat botté
  • Les Fées
  • Cendrillon
  • Riquet à la houppe
  • Le Petit Poucet

Les contes de Perrault, une oeuvre moderne

Les Contes de la mère de l’Oye est une oeuvre moderne dans la mesure où ils empruntent leur matière non pas aux histoires héritées de l’Antiquité, mais à un fond culturel moderne, c’est-à-dire contemporain, populaire et oral. Pour la première fois, un auteur de renom s’inspire de la tradition populaire, celles des contes racontés lors des veillées villageoises ou des réunions familiales. Ces histoires émanent de l’imaginaire médiéval et chevaleresque, ou de la Renaissance italienne.  

 

Les contes de Perrault, une oeuvre classique…

Ces contes appartiennent au classicisme par leur formalité, leur visée morale (comme l’indique le titre de l’ouvrage) et donc leur fonction éducative à l’adresse des enfants. On trouve en effet à la fin de chaque conte une ou deux moralités en vers, semblables à celles des Fables de la Fontaine (publiées entre 1668 et 1694). 

 

…et baroque.

Ils sont baroques par le registre merveilleux (manifesté par l’intervention de personnages et d’objets surnaturels dans le récit). Le merveilleux assure un certain pouvoir de séduction aux contes, par la présence fascinante d’ogres, de fées, d’animaux capables de parler, etc. 

 

Un public d’enfants et d’adultes

Les Contes permettent l’instruction des enfants tout en captant leur attention par le merveilleux.

Mais ils ne s’adressent pas uniquement à un public d’enfants. Le public adulte pouvait voir dans ces histoires de nombreuses références à l’actualité politique et littéraire de son temps. Ils abordent de grandes problématiques de la société d’Ancien régime, et des questions plus générales sur la condition humaine : la pauvreté des parents qui abandonnent leurs enfants pendant une famine, la domination seigneuriale, l’ascension sociale possible grâce au talent et à la ruse (Le Chat botté), l’attrait pour la mort (Barbe bleue).

Leur auteur écrit d’ailleurs dans la préface aux Contes :

La manière dont le Public a reçu les Pièces de ce Recueil, à mesure qu’elles lui ont été données séparément, est une espèce d’assurance qu’elles ne lui déplairont pas en paraissant toutes ensemble. Il est vrai que quelques personnes qui affectent de paraître graves, et qui ont assez d’esprit pour voir que ce sont des Contes faits à plaisir, et que la matière n’en est pas fort importante, les ont regardées avec mépris; mais on a eu la satisfaction de voir que les gens de bon goût n’en ont pas jugé de la sorte.

Ils ont été bien aises de remarquer que ces bagatelles n’étaient pas de pures bagatelles, qu’elles renfermaient une morale utile, et que le récit enjoué dont elles étaient enveloppées n’avait été choisi que pour les faire entrer plus agréablement dans l’esprit et d’une manière qui instruisît et divertît tout ensemble. Cela devrait me suffire pour ne pas craindre le reproche de m’être amusé à des choses frivoles.

 

Le conte, un genre littéraire

Charles Perrault fait du conte un véritable genre littéraire. La richesse de sens de ces contes suscite encore des lectures multiples, dont la plus célèbre est celle du psychologue américain Bruno Bettelheim (1903 – 1990), faite dans une perspective psychanalytique, dans Psychanalyse des contes de fées (1976).

Adrian

Étudiant et passionné par les sciences humaines. N'hésitez pas à me contacter :)

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