In memoriam | Poème de Léopold Sédar Senghor

José Benlliure y Gil

In memoriam | Poème de Léopold Sédar Senghor


C’est dimanche 
j’ai peur de la foule de mes semblables au visage de pierre 
De ma tour de verre qu’habitent les migraines, les Ancêtres impatients. 
je contemple toits et collines dans la brume. 
Dans la paix – les cheminées sont graves et nues. 
À leurs pieds dorment mes morts, tous mes rêves faits poussières. 
Tous mes rêves, le sang gratuit répandu le long des rues mêlé au sang des boucheries 
Et maintenant, de cet observatoire comme de banlieue, 
Je contemple mes rêves distraits le long des rues, couchés au pied des collines. 
Comme les conducteurs de ma race sur les rives de la Gambie et du Saloum. 
De la Seine maintenant, au pied des collines 
Laissez-moi penser à mes morts ! 
C’était hier la Toussaint, l’anniversaire solennel du soleil. 
Et nul souvenir dans aucun cimetière. 
Ô Morts, qui avez toujours refusé de mourir, qui avez su résister à la mort. 
Jusqu’en Sine Jusqu’en Seine, et dans mes veines fragiles, mon sang irréductible. 
Protégez mes rêves comme vous avez faits vos fils, les migrateurs aux jambes minces. 
Ô morts ! défendez les toits de Paris dans la brume dominicale. 
Les toits qui protègent les morts. 
Que de ma tour dangereusement sûre, je descende dans la rue. 
Avec mes frères aux yeux bleus. 
Aux mains dures.

Chants d’ombre, 1945

Adrian

Étudiant et passionné par les sciences humaines. N'hésitez pas à me contacter :)

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *