Pierre Mendès France comme président du Conseil

Pierre Mendès France

La culture générale - Pierre Mendès France

Pierre Mendès France. Homme politique précoce, plus jeune avocat de France en 1926, économiste keynésien reconnu et résistant, c’est encore aujourd’hui une figure de référence pour une partie de la gauche.

Cependant, les figures de Jean Jaurès et de Léon Blum l’éclipsent dans la mémoire collective. Le premier a inscrit son nom dans l’Histoire par son magistère intellectuel, le deuxième par la pérennité de ses réformes.

L’héritage de Pierre Mendès France comme dirigeant du pays, en tant que Président du Conseil du 18 juin 1954 au 5 février 1955, est beaucoup plus fragile.

En réalité, « l’expérience Pierre Mendès France », est un échec. L’homme a essayé de rendre gouvernable un régime, la IVème République, caractérisé par l’ultra-prépondérance de l’Assemblée nationale et des partis.

Les limites du régime ont rendu l’ambition impossible. Ce n’était pas l’homme providentiel attendu.

 


[su_highlight background= »#780440″ color= »#ffffff »]1. La catastrophe indochinoise ouvre les portes du pouvoir à Pierre Mendès France[/su_highlight]

La culture générale - Pierre Mendes France Dien Bien phu

Soldats français à Dien Bien Phu / Source : Wikimédia Commons

Le 7 mai 1954 frappe l’opinion publique. À Diên Biên Phû, le Vietminh obtient une victoire décisive contre le corps expéditionnaire français. Le gouvernement Laniel, alors au pouvoir, est renversé.

L’Assemblée nationale investit alors Pierre Mendès France comme Président du Conseil (chef du gouvernement) le 18 juin 1954 pour dénouer la crise. Il apparaît alors comme l’homme de la situation.

C’est en effet le seul homme politique à préconiser la paix par la négociation en Indochine depuis 1950.

C’est aussi un acteur singulier du monde politique. Homme de gauche, ancien ministre du Front populaire de Léon Blum, il a cependant peu de rapports avec la direction du parti radical dont il est membre. En outre, il apparaît depuis la Libération comme un spécialiste des problèmes financiers.

 


[su_highlight background= »#780440″ color= »#ffffff »]2. Une pratique nouvelle du pouvoir comme Président du Conseil[/su_highlight]

La culture générale - Pierre Mendès France législature

La deuxième législature de la IVème République / Source : Wikimedia Commons

Le style de gouvernement de Pierre Mendès France tranche avec la pratique de la IVème République :

  1. Il limite le rôle des partis.
  2. Il endigue la prépondérance de l’Assemblée nationale sur le gouvernement.

Son investiture repose sur son seul programme. Il refuse logiquement de négocier la composition de son gouvernement avec les partis. La SFIO lui en voudra : elle refusera constamment la présence de socialistes dans l’équipe gouvernementale.

C’est un véritable chef de gouvernement. Pierre Mendès France s’accorde la liberté de changer les ministres de poste à sa seule discrétion. Il ne sent pas non plus contraint à démissionner lorsqu’un ministre quitte le gouvernement.

 


[su_highlight background= »#780440″ color= »#ffffff »]3. Pierre Mendès France, un talentueux communiquant[/su_highlight]

Pierre Mendès France innove aussi dans la communication.

Contrairement aux gouvernements précédents, il estime avoir des comptes à rendre au pays. Chaque semaine, il explique sa politique aux Français dans des causeries radiodiffusées. Ce sens de la communication fait beaucoup pour sa popularité dans de l’opinion.

Le magazine l’Express, fondé en 1953, mène en outre un habile travail de propagande en faveur du chef du gouvernement. Jean-Jacques Servan-Schreiber et Françoise Giroud, à la tête de l’hebdomadaire, popularisent les idées de Mendès France en mettant en avant la modernisme de son action.

Pour la première fois depuis la Libération, le pays se sent gouverné. Le souvenir de Pierre Mendès France restera vif parmi les esprits les plus sensibles à son action : jeunesse universitaire, syndicalistes, cadres intellectuels.

 


[su_highlight background= »#780440″ color= »#ffffff »]4. Pierre Mendès France, Président du Conseil dynamique[/su_highlight]

La culture générale - Pierre Mendès France Conférence de Genève

Dernière séance de la conférence sur l’Indochine au palais des Nations de Genève, le 21 juillet 1954. De dos, au premier plan, la délégation nord-vietnamienne. / Source : Wikimédia Commons

Le gouvernement Mendès France apparaît comme dynamique. Loin de suivre les événements, il prend de nombreuses initiatives.

Pierre Mendès France termine la guerre d’iIndochine

Pierre Mendès France fait un « pari ». Il se donne un mois pour trouver une issue au conflit.

C’est réussi ! Les accords de Genève de juillet 1954 mettent fin à la guerre d’Indochine. Le Nord revient au Vietminh, le Sud revient à un gouvernement protégé par les États-Unis. Le Laos et le Cambodge deviennent indépendant.

La France perd toute influence en Indochine. C’est le prix de la défaite.

Pierre Mendès France amorce le processus de décolonisation

Pierre Mendès France engage la France dans la voie de la décolonisation consentie.

Il engage la rétrocession des cinq comptoirs français en Inde.

En Tunisie, son voyage surprise avec le maréchal Juin désamorce une guerre naissante. Il aboutit à la déclaration de Carthage. La Tunisie gagnera son indépendance en 1956.

Réformes en Algérie

Le 1er novembre 1954, le soulèvement en Algérie éclate. Pierre Mendès France et son ministre de l’intérieur, François Mitterrand, refusent de négocier avec le FLN.

Il est vrai, l’Algérie a le statut de département français.

Mendès France engage cependant une politique de réformes pour parer au malaise des populations indigènes. Pour les imposer aux Européens d’Algérie, il désigne Jacques Soustelle comme gouverneur, homme réputé libéral et énergique.

 


[su_highlight background= »#780440″ color= »#ffffff »]5. Pierre Mendès France, liquidateur de la Communauté européenne de défense[/su_highlight]

Le projet de Communauté européenne de défense (CED), vise à doter les pays européens du bloc de l’ouest d’une armée commune sous patronage américain. Il divise la majorité de Mendès France. Les modérés et les radicaux y sont favorables, les gaullistes contre.

Mais trouver un compris semble impossible. Les Américains refusent toute renégociation du caractère supranational du traité.

Pierre Mendès France décide de liquider le projet.

Il demande la ratification du traité par l’Assemblée nationale. Mais il n’engage pas l’existence de son gouvernement sur le vote. Pire, il s’en désinteresse ostensiblement.

Le 30 août 1954, l’Assemblée nationale rejette l’adhésion de la France à la CED. Les démocrates-chrétiens du MRP ne pardonneront jamais à Mendès France le « crime du 30 août ».

Le réarmement de l’Allemagne

Bien sûr, le rejet de la CED  mécontente les Américains. Ceux-ci sont soucieux de renforcer leurs alliés européens devant la menace communiste.

Or, l’Allemagne est toujours désarmée.

Mendès France signe donc les traités de Londres et de Paris en octobre 1954. Trois décisions successives y sont prises :

  1. Ils reconnaissent la souveraineté totale de l’Allemagne, y compris militaire.
  2. L’Allemagne entre dans l’OTAN.
  3. L’Union de l’Europe occidentale est formée.

Ce réarmement est ratifié de justesse par l’Assemblée nationale le 30 décembre 1954.

 


[su_highlight background= »#780440″ color= »#ffffff »]6. L’échec de l’expérience Pierre Mendès France comme Président du Conseil[/su_highlight]

L’investiture de Pierre Mendès France devait à la base répondre au problème indochinois.

Mais Mendès France a profité de son succès sur le dossier et de sa popularité pour instituer une pratique moderne et novatrice du pouvoir.

Cette vigueur nouvelle du pouvoir exécutif disconvient au régime, la IVème République, qui consacre la toute puissance des partis et de l’Assemblée nationale sur le gouvernement.

Les dirigeants des partis étaient d’ailleurs prêt à se débarrasser de lui à la première occasion une fois la guerre d’Indochine terminée.

Du fait de la multiplicité des partis, ils ne pouvaient que froisser la base incohérente de ses soutiens. Leur seul dénominateur commun était la volonté de dégager la France du problème indochinois :

  • La droite l’accuse de « brader l’empire ».
  • Les pro-européens ne lui pardonnent pas l’échec de la CED.
  • Les communistes et les gaullistes lui reprochent le réarmement allemand.
  • Les colons français d’Algérie craignent ses intentions réformatrices.
  • Son dirigisme affiché en matière économique inquiète le centre-droit.

Le 7 février 1955, le gouvernement est renversé.

 


[su_highlight background= »#780440″ color= »#ffffff »]La fin de la IVème République[/su_highlight]

Plus que la fin d’un gouvernement, c’est la fin d’un régime : celui du parlementarisme. Plus personne n’a l’espoir de réformer la IVème République. Elle s’effondrera au cours de la crise suivante : la guerre d’Algérie.

4 ans plus tard, le général de Gaulle renversera l’histoire, instaurant un nouveau régime : celui de la Vème République. Le Parlement sera désormais maîtrisé.

Source : Pierre Milza, Serge Berstein, Histoire du XXème siècle, Tome 2  / René Rémond, Introduction à l’histoire de notre temps : Tome 3, le XXe siècle, de 1914 à nos jours

Adrian

Étudiant et passionné par les sciences humaines. N'hésitez pas à me contacter :)

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3 réponses

  1. Adrian dit :

    Merci pour ces précisions ! Heureusement, nous ne connaissons plus ce problème d’instabilité gouvernementale aujourd’hui !

  1. 20/08/2016

    […] Il faut rappeler que durant la courte durée de cette République, entre 1945 et 1958, la France a connu 25 gouvernements successifs en 14 ans. Avec le 49.3, si le gouvernement n’a pas la majorité à l’Assemblée pour faire adopter son projet de loi, il met en jeu son gouvernement. 1930-2016 : C'était Michel Rocard De l’action… Comment Pierre Mendès France a échoué comme Président du Conseil – La culture générale. […]

  2. 24/08/2016

    […] En Europe, les Américains soutiennent le projet de Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA) de Robert Schuman. Surtout, ils plaident en faveur du réarmement allemand, auquel la France est très hostile. En guise de recours, les Français acceptent le projet de constitution d’une armée européenne commune, la Communauté européenne de la défense (CED), lancé par le traité de Paris du 27 mai 1952. Ce projet ne verra cependant pas le jour. […]

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