8 choses à savoir sur la mort de Henri IV, assassiné par Ravaillac

8 choses à savoir sur la mort de Henri IV, assassiné par Ravaillac


L’assassinat de Henri IV (1589 – 1610) par Ravaillac est un des événements les plus célèbres de l’histoire de France. Mais que savez-vous vraiment sur cette grande date ? 

 

1. Henri IV est assassiné le 14 mai 1610 à Paris

Henri IV est assassiné rue de la Ferronnerie, partie de l’actuel 1er arrondissement de Paris dans le quartier des Halles, le vendredi 14 mai 1610 aux alentours de quatre heures de l’après-midi.

En mourant, le roi aurait dit : « ce n’est rien».

On peut aujourd’hui trouver rue de la Ferronnerie une plaque murale rappelant l’événement ainsi qu’une plaque au sol avec les emblèmes de Henri IV, celui du roi de France et celui du roi de Navarre.

Il est poignardé alors qu’il est dans son carrosse, accompagné du duc d’Epernon et du duc de Montbazon, pour aller rendre visite à son conseiller Sully, malade, dans sa résidence de l’Arsenal, et pour inspecter les préparatifs de l’entrée solennelle de la reine Marie de Médicis, couronnée la veille.

 

2. Ravaillac, son assassin, est un fervent catholique

François Ravaillac parvient à poignarder le roi rue de la Ferronnerie en lui assénant trois coups de couteau, dont un est mortel. Après son méfait, il ne cherche pas à s’enfuir. Le duc d’Épernon le soustrait à la foule, prête à le lyncher. 

Ravaillac est né en 1577 ou en 1578 à Angoulême. Catholique fervent, il est sujet à des visions. Il se rend une première fois à Paris en 1609 pour tenter de convaincre Henri IV de protéger le catholicisme et de convertir les huguenots (c’est-à-dire les protestants). Il finit par assassiner le roi, convaincu que la guerre préparée par Henri IV contre les Habsbourg est une guerre dirigée contre le pape et les catholiques.

On ne lui a pas trouvé de complice. On conclut à l’acte isolé d’un fanatique.

 

3. Henri IV avait été victime de nombreuses de tentatives d’assassinat

Ravaillac n’est pas le premier à s’être attaqué à la personne du roi. En effet, le soldat Pierre Barrière en 1593 est arrêté avant d’avoir pu exécuter son projet. Il en est de même pour Jean Châtel en décembre 1594 ou les frères Guédon en 1595 et 1602.

Au total, Henri IV a été la cible de près d’une vingtaine de tentatives d’assassinat.

Le roi devait donc se savoir constamment menacé.

 

4. Henri IV, victime d’un tyrannicide ? 

Pour comprendre l’homme Ravaillac, il faut se remémorer que la France reste sujette au climat violent des guerres de Religion. Ces guerres opposèrent catholiques et protestants, nommés aussi huguenots, ainsi que des clans nobiliaires rivaux qui profitèrent de l’affaiblissement du pouvoir royal pour imposer leur hégémonie.

Un puissant parti catholique, la Ligue, se forme à partir de la deuxième moitié du XVIe siècle. Il s’oppose alors brutalement au pouvoir royal. En 1588, les partisans de la Ligue parviennent à expulser de Paris le roi Henri III, prédécesseur de Henri IV.

Henri III est finalement assassiné 1589 par le moine Jacques Clément. Henri IV n’est donc pas la victime d’un acte inouï pour l’époque. 

Bien que le roi soit considéré comme le père de ses sujets, une courant intellectuel puissant chez les catholiques légitime le tyrannicide. Le roi est considéré comme un tyran (le tyrannicide) s’il ne lutte pas pour le triomphe de leur parti.

 

5. Les motifs de la mort de Henri IV

L’avènement de Henri IV, roi de France à partir d’août 1589, met fin à ces guerres de religion. Sa légitimité, dynastique avant tout, repose aussi sur son rôle de pacificateur.

Cependant, cette légitimité dynastique n’est pas des plus solides. Henri IV est d’abord roi de Navarre. Il n’est cousin qu’au 22e degré de Henri III.

En outre, Henri IV, bien que né catholique, a changé plusieurs fois de religion. Il abjure définitivement le protestantisme en 1593 et se convertit finalement au catholicisme. Sa fidélité au catholicisme peut donc être remise en cause par les membres du parti catholique. Henri IV ne reste-t-il pas protestant de cœur ?

Surtout, le règne de Henri IV est marqué par la promulgation de l’édit de Nantes, le 30 avril 1598. Cet édit de tolérance donne des droits aux protestants. Il autorise donc l’existence « d’hérétiques », aux yeux de certains, au sein du royaume de France. L’édit de Nantes institue en France un modus vivendi inacceptable aux plus fervents catholiques, notamment aux fidèles de la Ligue catholique.

Enfin, Henri IV prépare, avant son assassinat, une guerre contre les Habsbourg, dynastie qui est alors la principale représentante du catholicisme en Europe, pour soutenir notamment certains princes protestants. Cette politique étrangère n’est-elle pas un signe de sa fidélité conservée au protestantisme ? On soupçonne en outre le roi de vouloir envahir les Pays-Bas espagnols pour un motif futile : retrouver Charlotte de Montmorency, femme du prince de Condé, qui l’a emmenée avec lui à Bruxelles.

Il faut ensuite ajouter que le déclassement de la noblesse, endettée auprès des bourgeois, et la pression fiscale ont créé un certain mécontentement.

Ces éléments ont alimenté l’idée que l’acte de Ravaillac n’était pas isolé. Au contraire, l’assassinat aurait pu être commandé par les nombreux ennemis que la politique Henri IV a suscité : Habsbourg, catholiques ultras, jésuites, etc.

 

5. Des motifs mystérieux, un procès bâclé

L’historien Jean-Christian Petifils, dans L’assassinat d’Henri IV, émet l’hypothèse que le régicide aurait pu être commandité par Albert d’Autriche, qui était alors archiduc souverain des Pays-Bas. Les terres qu’ils gouvernaient étaient alors menacées par les armées de Henri IV.

En outre, l’historien rappelle que le procès, expédié en douze jours, a été bâclé. Des témoins essentiels n’ont pas été interrogés et des individus arrêtés n’ont pas été jugés.

6. Le supplice de Ravaillac a été très cruel

Ravaillac est condamné à mort à l’issue de son procès. Le supplice se déroule le 27 mai 1610.

Le matin, Ravaillac est soumis au supplice des brodequins pour le forcer à dénoncer d’éventuels complices. On encercle ses jambes avec des planches de bois, puis on augmente la pression. Mais le supplicié est sur le point de perdre connaissance avant d’avoir avoué.

Après avoir demandé pardon à Dieu et au roi, on le conduit place de grève, l’actuelle place de l’Hôtel-de-Ville. 

On punit d’abord la main régicide en faisant couler du soufre fondu dessus. La peau est carbonisée, puis vient le tour des muscles et les tendons.

Des valets arrachent des morceaux de chair avec des tenailles portées au rouge. On cautérise les plaies avec de l’huile bouillante et du plomb fondu.

Enfin, on écartèle Ravaillac en attachant chacun de ses membres à un cheval. Il meurt après trente minutes. La foule s’arrache alors ses membres.

 

7. La mort de Henri IV n’a pas modifié la politique française

À la mort de Henri IV, son fils, Louis XIII, n’est âgé que de huit ans. La femme de Henri IV et mère de Louis XIII, Marie de Médicis, doit prendre la régence.

Cette période est marquée par une réorientation politique : Marie de Médicis essaie d’ancrer la France dans une alliance avec l’Espagne, dirigée par la dynastie des Habsbourg.

Elle est aidée par son favori Concino Concini, entré au conseil des Finances en juillet 1610 et devenu maréchal de France en novembre 1612. Les conseillers de Henri IV sont écartés. Sully démissionne en janvier 1611.

Élément clé de cette politique, Louis XIII est marié un princesse espagnole, Anne d’Autriche et sa fille Élisabeth épouse le futur Philippe IV d’Espagne.

Cependant, la régence de Marie de Médicis prend fin en 1614. Elle ne perd pas son influence, mais par un coup de force, Louis XIII prend le pouvoir en 1617, écarte sa mère et fait assassiner Concini.

Le long règne de Louis XIII, qui s’étend jusqu’en mai 1643, ne modifie pas les fondements posés par Henri IV. Il est marqué par le ministère de Richelieu qui devient principal ministre d’État à partir de 1624. La politique de Louis XIII est marquée par

  • le maintien de l’édit de Nantes ;
  • la progression de l’absolutisme, qui se manifeste notamment par une politique d’abaissement des grands et de soumission des principales places protestantes ;
  • une lutte contre les Habsbourg en Espagne et en Allemagne (guerre de Trente Ans) ;

 

8. La naissance du mythe de Henri IV

Henri IV est un roi qui fait l’objet d’une révérence particulière. Un mythe s’est constitué autour de sa personne, celui du « bon roi Henri IV», aimé par son peuple et soucieux de son bonheur. Ainsi, pour un grand nombre de Français, il aurait voulu que chaque sujet d’un royaume ravagé par des longues guerres intestines puisse se nourrir d’au moins une poule au pot, plat transformé en quasi emblème national. Une politique sociale avant l’heure, d’un certain point de vue.

Cette image d’Épinal trouve peut-être son origine dans la fin tragique du règne d’Henri IV. Celui qui a rétabli en France la paix civile devient le dernier roi de France assassiné (si l’on ne considère pas que Louis XVI a été lui aussi assassiné…), malgré la tentative de Damiens en janvier 1757 contre Louis XV.

L’œuvre de Voltaire n’est pas non plus innocente. Lui qui était parvenu à transformer le XVIIe siècle en Siècle de Louis XIV (selon le titre d’un livre très célèbre paru en 1751) avait publié, dans sa jeunesse, une longue épopée à l’honneur de Henri IV, La Henriade (1723).

Adrian

Étudiant et passionné par les sciences humaines. N'hésitez pas à me contacter :)

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