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Le carnaval de Rio : une célébration aux racines multiples

Publié le 24/11/2025
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Le carnaval de Rio représente aujourd’hui la plus grande fête populaire du Brésil. Cette manifestation spectaculaire trouve ses origines dans un mélange fascinant de traditions européennes, africaines et brésiliennes. Vous découvrirez une histoire riche qui s’étend sur plusieurs siècles. Une transformation progressive a façonné l’événement que vous connaissez aujourd’hui.

L’entrudo portugais : la première étincelle

Tout commence avec l’entrudo. Cette tradition portugaise débarque au Brésil durant la période coloniale aux 16ème et 17ème siècles. Les colons portugais importent cette coutume festive qui précédait le Carême chrétien. L’entrudo se caractérisait par des jeux plutôt brutaux.

Les participants se lançaient de l’eau, de la farine et même des citrons remplis de liquides parfumés. Ces projectiles n’étaient pas toujours bien accueillis. La pratique choquait les classes aisées brésiliennes qui la jugeaient violente et inconvenante. Pourtant, l’entrudo connaît un succès immense dans les rues de Rio.

Une pratique controversée mais populaire

L’entrudo divise la société brésilienne. D’un côté, les esclaves et les classes populaires adoptent cette tradition avec enthousiasme. De l’autre, l’élite cherche à bannir ces réjouissances qu’elle considère vulgaires. Cette tension sociale va façonner l’évolution du carnaval.

La transformation du 19ème siècle : l’influence parisienne

Au 19ème siècle, la bourgeoisie carioca veut se débarrasser de l’entrudo. Elle trouve son inspiration à Paris. Les bals masqués parisiens deviennent le nouveau modèle à suivre. Cette importation représente pour l’élite un symbole de civilisation et d’ordre.

Le premier bal masqué officiel se tient en 1840 à Rio. Vous y auriez dansé la polka et la valse. Pas de samba à l’horizon. Cette musique n’apparaît qu’en 1917 dans les festivités carnavalesques. Les costumes reflètent les goûts européens : arlequins, pierrots, colombines.

L’émergence des cordões

Vers la fin du 19ème siècle, une nouvelle forme d’expression apparaît. Les cordões, littéralement des cordons humains, déambulent dans les rues. Ces petits groupes dansent et jouent de la musique en parcourant la ville. Ils représentent l’ancêtre direct des écoles de samba modernes.

En 1902, vous auriez pu croiser 232 cordões différents dans Rio. L’ampleur du phénomène surprend. En 1906, le premier concours de cordões est organisé. La compétition stimule la créativité des participants. Le Cordão da Bola Preta, fondé en 1918, défile encore aujourd’hui chaque année.

La naissance des écoles de samba : une révolution musicale

Les années 1920 marquent un tournant décisif. La samba, cette musique d’origine afro-brésilienne, gagne en popularité. Elle émerge des favelas situées sur les collines de Rio. Les descendants d’esclaves africains ont créé ce rythme unique en fusionnant percussions africaines et influences européennes.

Deixa Falar : la pionnière de 1928

Le 12 août 1928, une date historique. Deixa Falar, qui signifie « Laisse causer », devient la première école de samba officielle. Ismael Silva, célèbre compositeur, fonde cette organisation dans le quartier d’Estácio. Le terme « école » vient du fait que les membres se réunissaient près d’un établissement scolaire.

Deixa Falar révolutionne le carnaval. Les instruments traditionnels remplacent les orchestres européens. Tamborins, cuicas et pandeiros créent un nouveau son. La bateria prend forme. L’école participe aux carnavals de 1929, 1930 et 1931 avant de se dissoudre et se réorganiser sous le nom d’Estácio de Sá.

Mangueira et Portela : l’expansion du mouvement

Mangueira apparaît en 1928, la même année que Deixa Falar. Portela, bien que fondée légèrement avant, ne se structure comme école de samba que plus tard. Ces institutions créent un esprit de fraternité entre les communautés cariocas. Elles deviennent des piliers sociaux dans les quartiers défavorisés.

Les préparations au carnaval rassemblent les habitants. Les répétitions nocturnes de samba attirent les foules. Chaque école développe son identité propre. Les couleurs, les symboles, les hymnes distinguent les différentes écoles. Une compétition saine stimule la créativité.

Le rôle de la musique dans l’identité carnavalesque

En 1899, Chiquinha Gonzaga compose « Ô Abre Alas ». Cette chanson devient la première musique écrite exclusivement pour le carnaval. Elle marque un tournant culturel. Désormais, le carnaval possède sa propre bande sonore. La samba s’impose progressivement comme le rythme incontournable.

La batucada, section percussive de la samba, prend une importance capitale. Les rythmes africains se mêlent aux mélodies brésiliennes. Vous ressentez l’énergie dans chaque battement de tambour. Cette fusion crée une identité musicale unique au monde.

La reconnaissance officielle des années 1930

Le gouvernement brésilien reconnaît finalement l’importance des écoles de samba. En 1935, le premier concours officiel est organisé. Mangueira remporte ce titre inaugural. Cette reconnaissance transforme le statut social du carnaval. Ce qui était marginal devient symbole national.

Les subventions gouvernementales permettent aux écoles de se développer. Les défilés gagnent en ampleur et en sophistication. Les costumes deviennent plus élaborés. Les chorégraphies se complexifient. Le carnaval de rue évolue vers le spectacle grandiose que vous connaissez aujourd’hui.

L’héritage africain au cœur de la célébration

Impossible de comprendre le carnaval sans reconnaître l’influence africaine déterminante. Les esclaves amenés de force au Brésil ont préservé leurs traditions musicales. Le lundu et le jongo, danses d’origine africaine, ont nourri la samba. Cette résistance culturelle a enrichi l’identité brésilienne.

Les quartiers de Rio accueillent ces populations afro-brésiliennes. La région de Praça Onze devient un foyer créatif bouillonnant. C’est dans ces espaces que naît le samba de morro, la samba des collines. Un soliste improvise, un chœur répond. Cette structure appel-réponse rappelle les traditions africaines ancestrales.

De la rue au sambodrome : l’évolution spatiale

Durant des décennies, le carnaval se déroule dans les rues. Les cordões serpentent entre les immeubles. Les spectateurs se pressent sur les trottoirs. Cette proximité crée une atmosphère électrique. Mais l’expansion des défilés nécessite un nouvel espace dédié.

Le sambodrome Marquês de Sapucaí, conçu par l’architecte Oscar Niemeyer, ouvre en 1984. Cette infrastructure accueille désormais les défilés officiels. Vous pouvez assister à un spectacle organisé avec gradins et piste centrale. L’événement gagne en professionnalisme sans perdre son âme populaire.

L’impact culturel et touristique mondial

Le carnaval de Rio transcende aujourd’hui les frontières brésiliennes. Des millions de visiteurs affluent chaque année. Vous venez des quatre coins du monde pour vivre cette expérience unique. L’événement génère des retombées économiques considérables pour la ville.

Les écoles de samba préparent leurs défilés pendant toute l’année. Des milliers de personnes participent à la confection des costumes et des chars allégoriques. Cette industrie créative emploie de nombreux artisans. Si vous souhaitez recréer une ambiance Rio avec ces déguisements, vous comprendrez la complexité et la richesse de ces créations.

FAQ : vos questions sur l’origine du carnaval de Rio

Quelle est la date de création du carnaval de Rio ?

Le carnaval de Rio n’a pas de date de création unique. Les premières manifestations remontent à l’entrudo portugais introduit au 16ème siècle. La forme moderne avec les écoles de samba émerge en 1928 avec Deixa Falar. Le premier bal masqué organisé date de 1840. Chaque époque a apporté sa pierre à l’édifice.

Pourquoi appelle-t-on ces organisations des écoles de samba ?

Le terme « école » provient de Deixa Falar. Les membres de cette première organisation se réunissaient près d’une école pour enfants dans le quartier d’Estácio. Par analogie, ils ont adopté ce nom. Il suggère également un lieu d’apprentissage et de transmission des traditions de la samba.

Quelle est la différence entre l’entrudo et le carnaval moderne ?

L’entrudo consistait en des jeux physiques où les participants se lançaient eau, farine et projectiles parfumés. Le carnaval moderne privilégie la musique, la danse et les défilés organisés. La transformation reflète l’influence parisienne du 19ème siècle et l’émergence de la culture afro-brésilienne. La violence a laissé place à la créativité artistique.

Qui a composé la première musique de carnaval ?

Chiquinha Gonzaga compose en 1899 « Ô Abre Alas », la première musique créée spécifiquement pour le carnaval. Elle l’écrit pour le cordão Rosas de Ouro. Cette composition marque le début d’une tradition musicale propre au carnaval brésilien. Auparavant, les bals utilisaient des musiques européennes comme la polka ou la valse.

Comment les écoles de samba impactent-elles les communautés ?

Les écoles de samba créent un sentiment d’appartenance fort dans les quartiers défavorisés. Elles offrent un cadre social structurant pour les habitants des favelas. Beaucoup d’écoles s’engagent politiquement et soutiennent les populations les plus vulnérables. Les préparations au carnaval rassemblent toute l’année les membres de la communauté. Cela renforce les liens sociaux et la cohésion locale.

Quel est le lien entre la samba et les traditions africaines ?

La samba descend directement des rythmes africains amenés par les esclaves. Les techniques de percussion viennent des traditions du Congo et de l’Angola. Le lundu et le jongo, danses afro-brésiliennes, constituent les ancêtres de la samba. La structure appel-réponse entre soliste et chœur reproduit les formes musicales africaines. Cette filiation fait de la samba un symbole de résistance culturelle.

Quand le gouvernement brésilien a-t-il officiellement reconnu les écoles de samba ?

La reconnaissance officielle arrive dans les années 1930. Le gouvernement organise le premier concours officiel en 1935. Mangueira remporte ce titre inaugural. Cette période marque la transformation du carnaval en symbole national. Les autorités commencent à accorder des subventions aux écoles. Le carnaval passe du statut de fête marginale à celui de patrimoine culturel brésilien.