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Qui a inventé les implants mammaires ? Une histoire méconnue

Qui a inventé les implants mammaires ? Une histoire méconnue
Publié le 13/09/2026
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⏳ Temps de lecture : 6 minutes

Ils ont un peu plus de soixante ans. Ils sont posés plus d’un million de fois par an dans le monde. Et presque personne ne sait qu’ils sont nés d’une poche de sang, d’une chienne de laboratoire et d’une Texane venue se faire effacer un tatouage.

📋 Ce qu’il faut retenir

  • La première reconstruction mammaire date de 1895 : un lipome déplacé par le chirurgien allemand Vincenz Czerny.
  • Le premier implant en gel de silicone est posé au printemps 1962 à Houston. La patiente, Timmie Jean Lindsey, l’a gardé cinquante ans.
  • Un Français, Henri Arion, invente l’implant gonflable en 1965, ancêtre de la prothèse au sérum physiologique.
  • Le silicone a été interdit aux États-Unis (1992-2006) et en France (1995-2001), avant d’être blanchi par les grandes expertises scientifiques.
  • L’affaire PIP (2010) est un scandale français. En 2019, la France a été le premier pays à retirer du marché les implants macrotexturés.

⏳ Sommaire

  1. 1895 : un sein reconstruit avec un lipome
  2. Paraffine, billes de verre et silicone liquide : le temps des bricolages
  3. Printemps 1962, Houston : la première prothèse en gel de silicone
  4. 1965 : la touche française
  5. 1992 : le procès du silicone
  6. 2010 : PIP, le scandale français
  7. 2019 : le retrait des implants macrotexturés
  8. Et aujourd’hui ?
  9. Questions fréquentes
  10. Sources

1895 : un sein reconstruit avec un lipome

Tout commence à Heidelberg, en 1895. Vincenz Czerny, chirurgien allemand, vient de retirer une tumeur bénigne du sein d’une chanteuse. Pour éviter l’asymétrie, il prélève un lipome, une boule de graisse bénigne, dans le bas du dos de sa patiente et le transplante dans le sein opéré.

C’est la première reconstruction mammaire documentée. L’idée est déjà là : remplacer un volume perdu par un volume emprunté au corps lui-même. Il faudra plus d’un siècle pour que la greffe de graisse, le lipofilling, en fasse une technique fiable.

Paraffine, billes de verre et silicone liquide : le temps des bricolages

Au tournant du XXe siècle, le chirurgien viennois Robert Gersuny injecte de la paraffine dans les seins. Le résultat immédiat est spectaculaire. Le résultat à long terme est désastreux : la paraffine migre, s’enkyste, s’infecte et forme des masses dures baptisées paraffinomes. Des femmes en resteront mutilées.

La suite ressemble à un inventaire à la Prévert. Billes de verre, boules d’ivoire, caoutchouc broyé, cartilage de bœuf, laine de polyester, éponges synthétiques : tout ce que la première moitié du XXe siècle compte de matériaux nouveaux finira dans un sein. Aucun ne tient ses promesses. Le corps réagit, les tissus se rétractent, les seins durcissent.

Après la Seconde Guerre mondiale, le silicone liquide industriel prend le relais, d’abord au Japon puis aux États-Unis, en injection directe. Mêmes causes, mêmes effets : migrations, granulomes, seins de pierre. Le silicone n’est pas le problème. C’est sa forme qui l’est. Il manque une enveloppe.

Printemps 1962, Houston : la première prothèse en gel de silicone

L’enveloppe vient d’une poche de sang. À la fin des années 1950, les poches en plastique remplacent les flacons en verre dans les hôpitaux. Frank Gerow, chirurgien à Houston, en manipule une et trouve que sa consistance ressemble à celle d’un sein. Avec son confrère Thomas Cronin et l’industriel Dow Corning, il conçoit une enveloppe en élastomère de silicone remplie d’un gel de silicone. Le prototype est d’abord testé sur une chienne, Esmeralda.

Au printemps 1962, Timmie Jean Lindsey, 29 ans, pousse la porte du Jefferson Davis Hospital de Houston pour faire effacer un tatouage sur sa poitrine. On lui propose autre chose : devenir la première femme au monde à recevoir des implants en gel de silicone. Elle accepte, à condition qu’on lui recolle aussi les oreilles.

Cinquante ans plus tard, elle portait toujours ses implants d’origine, avec des seins devenus durs et parfois douloureux, ce que les chirurgiens appellent une coque. Elle est morte en décembre 2025, à 94 ans.

Cronin et Gerow présentent leur invention en 1963. Le succès est mondial : le gel résiste aux chocs et donne au sein une consistance naturelle. La chirurgie d’augmentation mammaire moderne vient de naître.

1965 : la touche française

Trois ans plus tard, la France apporte sa pierre. Henri Arion, chirurgien français, invente l’implant gonflable : une enveloppe de silicone vide, introduite par une petite incision, puis remplie une fois en place. Remplie de dextran à ses débuts, elle le sera bientôt de sérum physiologique, autrement dit d’eau salée.

L’implant au sérum physiologique est né, et avec lui une famille de prothèses qui existe toujours. Cette invention française est presque oubliée. Elle mérite pourtant sa place dans l’histoire : c’est elle qui permettra aux Américaines de continuer à se faire opérer pendant les quatorze années où le silicone sera interdit chez elles.

1992 : le procès du silicone

Les premières générations d’implants ont des défauts. Enveloppes épaisses puis trop fines, gel qui suinte à travers la paroi, ruptures fréquentes, coques dures. Dans les années 1980, des femmes porteuses d’implants rapportent des douleurs articulaires, une fatigue chronique, des maladies auto-immunes. Les procès se multiplient aux États-Unis.

En janvier 1992, la Food and Drug Administration suspend les implants en gel de silicone, sauf en reconstruction après cancer et dans le cadre d’études. Dow Corning, submergé par les plaintes, dépose le bilan en 1995. La même année, la France interdit à son tour les implants en gel de silicone.

Puis la science rend son verdict. En 1999, l’Institute of Medicine américain publie une expertise de plusieurs centaines de pages : rien ne prouve que les implants en silicone provoquent des maladies systémiques. Les complications existent, mais elles sont locales : coque, rupture, déformation. La France réautorise le gel de silicone en 2001, les États-Unis en 2006. Le silicone est blanchi. La confiance, elle, va bientôt être trahie.

2010 : PIP, le scandale français

Poly Implant Prothèse est une entreprise varoise installée à La Seyne-sur-Mer. Dans les années 2000, c’est l’un des premiers fabricants mondiaux d’implants mammaires, avec des prix imbattables. Le secret de ces prix est découvert en mars 2010, lors d’une inspection de l’Afssaps, l’ancêtre de l’ANSM, alertée par un nombre anormal de ruptures : depuis des années, PIP remplit ses prothèses d’un gel de silicone industriel, moins cher que le gel médical déclaré. La commercialisation est suspendue le 30 mars 2010.

En France, 30 000 femmes portent des implants PIP. Dans le monde, plusieurs centaines de milliers. En décembre 2011, les autorités sanitaires recommandent de proposer le retrait des prothèses à toutes les femmes concernées, même sans signe de rupture. Le fondateur de l’entreprise, Jean-Claude Mas, est condamné à quatre ans de prison en 2013 pour tromperie aggravée.

L’affaire a durci la surveillance des dispositifs médicaux en Europe. Elle a aussi ancré dans l’esprit du public une méfiance qui n’a jamais tout à fait disparu.

2019 : le retrait des implants macrotexturés

Le dernier chapitre est plus récent et plus subtil. En 1997, des médecins décrivent pour la première fois un lymphome rare développé dans la capsule qui entoure un implant mammaire. Il porte aujourd’hui un nom compliqué : lymphome anaplasique à grandes cellules associé aux implants mammaires, ou LAGC-AIM. Au fil des années, un point commun apparaît entre les cas : presque toutes les femmes touchées portaient des implants à surface texturée, rugueuse, et surtout les plus rugueux d’entre eux.

Le 2 avril 2019, l’ANSM retire du marché français, par précaution, les implants macrotexturés et les implants recouverts de polyuréthane. Le risque reste rare, quelques dizaines de cas déclarés en France, et l’agence ne recommande pas de retirer les implants déjà posés. Quelques mois plus tard, le principal fabricant concerné rappelle ses implants dans le monde entier.

Pour la première fois, une décision sanitaire ne porte pas sur un matériau, mais sur une texture.

Et aujourd’hui ?

Soixante ans après Houston, les implants mammaires ont peu changé dans leur principe et beaucoup dans leur fabrication. L’enveloppe est faite de plusieurs couches, dont une barrière qui limite le suintement du gel. Le gel est dit cohésif : coupé en deux, un implant moderne ne coule pas. Les surfaces sont lisses ou légèrement texturées. Les formes sont rondes, anatomiques, ou dites ergonomiques, avec un gel qui se déforme selon la position du corps. L’augmentation mammaire est aujourd’hui la deuxième intervention de chirurgie esthétique la plus pratiquée au monde, derrière la liposuccion.

En consultation, les questions n’ont pas changé depuis 1962. Est-ce que ça dure toute la vie ? Non. Un implant est un dispositif médical qui vieillit, et il finira par être remplacé, sans échéance systématique à dix ou quinze ans. Est-ce que c’est dangereux ? Les complications existent, coque, rupture, très rarement lymphome, et elles se surveillent. Est-ce que le silicone rend malade ? Les grandes expertises n’ont pas établi de lien avec les maladies systémiques, et la question fait encore l’objet de recherches.

Pour comprendre les différents types d’implants mammaires utilisés aujourd’hui (formes, gels, surfaces), on peut consulter le guide médical du Dr Samuel Struk, chirurgien plasticien spécialisé exclusivement en chirurgie mammaire à Paris.

Questions fréquentes

Qui a inventé les implants mammaires ?

Les chirurgiens américains Thomas Cronin et Frank Gerow, avec la société Dow Corning. Le premier implant en gel de silicone est posé au printemps 1962 à Houston, sur Timmie Jean Lindsey, 29 ans.

Depuis quand les implants mammaires existent-ils en France ?

Dès 1965, avec l’implant gonflable inventé par le chirurgien français Henri Arion. Les implants en gel de silicone ont ensuite été interdits en France de 1995 à 2001, puis réautorisés.

Faut-il changer ses implants mammaires tous les dix ans ?

Non. Il n’existe pas d’échéance de remplacement systématique. Un implant se surveille régulièrement et se remplace en cas de complication, comme une coque ou une rupture, ou si la patiente le souhaite.

Sources

  1. Bricout N. Implants mammaires et silicones. e-mémoires de l’Académie nationale de chirurgie. 2010;9(1):36-42.
  2. Perry D, Frame JD. The history and development of breast implants. Ann R Coll Surg Engl. 2020;102(7):478-482.
  3. Gabriel A, Maxwell GP. Currently available breast implants in the United States: fill, surface, indications. Clin Plast Surg. 2026;53(2):193-201.
  4. Institute of Medicine. Safety of Silicone Breast Implants. Washington, DC : National Academies Press ; 1999.
  5. ANSM. Implants mammaires PIP : contexte de la décision de police sanitaire du 29 mars 2010.
  6. ANSM. Retrait du marché des implants mammaires macrotexturés et des implants mammaires à surface recouverte de polyuréthane, avril 2019.
  7. ISAPS. Global Survey 2023.
  8. SOFCPRE. Fiche d’information « Prothèses mammaires et hypoplasie des seins ».
  9. Guinness World Records. First person to receive silicone chest implants (female).

À propos de l’auteur

Dr Samuel Struk, chirurgien plasticien spécialisé exclusivement en chirurgie mammaire à Paris. Il pratique la chirurgie esthétique du sein à la Clinique Ambroise Paré (Neuilly-sur-Seine) et la reconstruction mammaire après cancer à l’Institut Curie. Membre de la SOFCPRE et de la SOFCEP, auteur de publications internationales. Site : docteurstruk.fr