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Pourquoi la première année d’université est-elle si sélective ? Le cas suissePourquoi la première année d’université est-elle si sélective ? Le cas suisse

Publié le 04/07/2026
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On croit souvent que la sélection universitaire se joue à l’entrée. C’est vrai en France pour les filières à concours. C’est vrai aussi dans les universités anglo-saxonnes, qui trient les dossiers. Mais un troisième modèle existe. Moins connu, et redoutablement efficace : la sélection par la première année. La Suisse en offre l’exemple le plus abouti. Il mérite le détour.

Un modèle d’ouverture… et d’écrémage

Le principe tient en une phrase. Tout titulaire d’une maturité — l’équivalent suisse du baccalauréat — peut s’inscrire dans la faculté de son choix. Pas de dossier. Pas de concours d’entrée. Pas de tirage au sort. L’Université de Lausanne (UNIL), l’Université de Genève ou l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) accueillent ainsi chaque automne des volées entières d’étudiants, sur simple inscription.

La contrepartie arrive en fin d’année. À l’EPFL, l’année propédeutique élimine plus d’un étudiant sur deux lors d’un examen-couperet. À HEC Lausanne, la faculté d’économie de l’UNIL, près de deux tiers des inscrits ne passent pas directement en deuxième année. En médecine, le concours de fin de première année ne retient qu’une fraction des candidats. Le système assume pleinement ce paradoxe : l’université s’ouvre à tous, mais la deuxième année se mérite.

Une logique historique et fédérale

Ce modèle ne doit rien au hasard. Il traduit une conception helvétique de l’égalité des chances. Juger un dossier scolaire ? Le résultat dépend toujours du lycée fréquenté et du milieu d’origine. Donner à chacun l’occasion de faire ses preuves sur le terrain ? Voilà qui paraît plus équitable. Le système repose aussi sur un filet de sécurité que bien des pays envient. Les hautes écoles spécialisées (HES) et la formation professionnelle supérieure offrent des voies de reconversion reconnues à ceux que l’université écarte.

Le revers de la médaille est humain. Chaque été, des milliers de familles découvrent les résultats de juin ou de juillet. Puis vient la perspective de la session de rattrapage d’août. Six semaines pour rejouer une année : la pression est énorme. Elle a fait naître tout un écosystème d’accompagnement. Les étudiants lausannois qui préparent leurs rattrapages s’appuient par exemple sur des cours d’appui universitaire à Lausanne donnés par des formateurs diplômés des filières concernées. Un soutien méthodologique autant que disciplinaire.

Ce que ce modèle nous apprend

La sélectivité n’est jamais absente d’un système universitaire. Elle change simplement de place. À l’entrée, elle juge un passé scolaire. En cours de route, elle juge un travail présent. La Suisse a choisi la seconde option, avec ses vertus méritocratiques et sa dureté assumée. Une chose est sûre : pour qui découvre l’université suisse, la vraie sélection commence le jour de la rentrée. Pas avant.