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Samedi soir, vous réglez votre réveil. Dimanche matin, la nuit a gagné une heure. Cadeau du ciel ? Non : décision des hommes. Dans la nuit du 24 au 25 octobre 2026, la France repasse à l’heure d’hiver, et la même question revient. Pourquoi s’infliger ce rituel deux fois par an ? Voici les faits, sans détour, avec quelques surprises à la clé.
Ce qu’il faut retenir
- Le changement d’heure naît du choc pétrolier de 1973.
- Retour à l’heure d’hiver le 25 octobre 2026, date la plus précoce.
- Les économies d’énergie restent très faibles, environ 0,09 % de l’électricité.
- Le passage d’une heure à l’autre perturbe le sommeil et l’horloge interne.
- L’Europe n’a toujours pas tranché malgré le vote de 2019.
Pourquoi change-t-on d’heure : l’héritage d’une crise pétrolière
Franklin, Willett, puis la Grande Guerre
Tout commence par une blague. En 1784, Benjamin Franklin signe dans le Journal de Paris une lettre anonyme : et si les Parisiens se levaient plus tôt pour épargner la chandelle ? Le texte relevait du canular. Plusieurs lecteurs l’ont pourtant pris au sérieux, et s’en sont indignés.
L’idée dort ensuite plus d’un siècle. Puis l’Anglais William Willett la ressuscite en 1907 et part en campagne pour que ses compatriotes profitent mieux du jour. Qui l’applique le premier ? L’Allemagne. Le Royaume-Uni suit, puis la France : une loi instaure l’heure d’été en 1916, par 291 voix contre 177.
Mais la parenthèse se referme. À la Libération, le gouvernement provisoire abandonne l’heure d’été, tout en conservant le décalage d’une heure. Ce détail pèse lourd.
1976 : l’ampoule et le baril
Le premier choc pétrolier de 1973 rebat les cartes. Les gouvernements traquent la moindre économie d’électricité, surtout celle de l’éclairage du soir. Un décret du 19 septembre 1975 rétablit donc l’heure d’été. Première application : la nuit du 27 au 28 mars 1976, sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing.
Provisoire, disait-on. La mesure devait durer le temps de la crise. Cinquante ans plus tard, vous reculez encore vos horloges.
⚠️ Remarque
Le retour à l’« heure d’hiver » ne vous ramène jamais à l’heure du
Soleil. Depuis la guerre, la France vit sur le fuseau de l’Europe
centrale. Résultat : même en hiver, vos horloges devancent le
Soleil d’environ une heure, et d’environ deux heures en été.
Supprimer le changement en gardant l’heure d’hiver toute l’année
laisserait donc la France une heure en avance sur le ciel.
Le 25 octobre 2026, une date au plus tôt du calendrier
La règle du dernier dimanche
La règle européenne ne laisse aucune marge. L’heure d’été démarre le dernier dimanche du mois de mars, à 1 h UTC, et s’achève le dernier dimanche du mois d’octobre, à la même heure UTC. En France, cela donne 2 h qui sautent à 3 h au printemps, puis 3 h qui retombent à 2 h à l’automne.
Octobre compte 31 jours. Le dernier dimanche tombe donc forcément entre le 25 et le 31. En 2026, le mois s’achève un samedi : le dimanche 25 devient la date butoir. Un caprice ? Non, de l’arithmétique pure. Le 25 octobre n’avait plus servi depuis 2020, et il faudra attendre 2037 pour le revoir.
| Année | Passage à l’heure d’été (+1 h) | Passage à l’heure d’hiver (-1 h) |
|---|---|---|
| 2026 | dimanche 29 mars | dimanche 25 octobre |
| 2027 | dimanche 28 mars | dimanche 31 octobre |
| 2028 | dimanche 26 mars | dimanche 29 octobre |
Ce qui change concrètement cette nuit-là
Quand l’heure légale atteint 3 h, les aiguilles reviennent sur 2 h. La tranche de 2 h à 3 h défile donc deux fois. Vous gagnez une heure de sommeil, mais le jour s’éteint plus tôt le soir. Smartphones, ordinateurs et la plupart des appareils connectés se règlent seuls. Four, micro-ondes, réveil à aiguilles et parfois la voiture réclament votre doigt.
💡 Astuce
Pour amortir le choc, décalez votre coucher de quelques minutes
chaque soir avant la bascule, gardez ensuite des horaires
réguliers, et offrez vos yeux à la lumière du
matin dès le réveil. C’est la lumière, bien plus qu’une
grasse matinée, qui remet l’horloge interne à l’heure.
Des économies d’énergie qui fondent comme neige au soleil
Retour à 1976. L’argument tenait en un mot : éclairage. Une étude conjointe du ministère de l’Industrie, d’EDF et de l’ADEME chiffrait l’économie à environ 440 GWh en 2009, soit 44 000 tonnes de CO2 évitées. Impressionnant ? Pas vraiment. EDF juge ce gain faible : il pèse près de 0,09 % de l’électricité consommée chaque année en France.
Faites le calcul à l’échelle d’un foyer. Les estimations rapportées parlent de 17 kWh par foyer et par an. Une ampoule LED de 10 watts, allumée sans interruption, avalerait cela en plus de deux mois. Maigre moisson.
Et l’éclairage a changé de visage. Lampes fluocompactes, puis LED, ont rogné le gain historique. La Commission européenne jugeait déjà, dans une communication de 2007, que les économies réelles restaient difficiles à mesurer et relativement limitées. Aux États-Unis, une étude menée dans l’Indiana a même relevé une hausse d’environ 1 % de la consommation, car chauffage et climatisation absorbent le gain d’éclairage. Prudence toutefois : la France diffère.
Reste un bénéfice discret. D’après l’ADEME, la puissance appelée à 19 h a reculé de 3,5 gigawatts en 2009 grâce au changement d’heure, preuve que le pic de consommation du soir s’écrête. Or les pics coûtent cher à produire.
Ce que votre horloge interne en pense
Un décalage qui se paie en sommeil
Votre corps ne lit pas le calendrier. Il suit son rythme circadien, une horloge interne d’environ 24 heures que la lumière du jour remet à l’heure chaque matin. Déplacez brutalement le réveil d’une heure, et l’horloge proteste.
Les travaux scientifiques associent ces bascules à des nuits agitées, à une vigilance émoussée et à davantage d’accidents du travail ou de la route. L’ampleur varie selon les études, et aucune méta-analyse ne tranche définitivement. Une synthèse du Parlement européen jugeait même l’effet global peu clair.
Pourtant, un chiffre intrigue. Une étude citée par le Quotidien du médecin relève une hausse de 5 % des infarctus du myocarde dans les deux semaines suivant le passage à l’heure d’été, contre 1,5 % seulement dans la semaine qui suit le retour à l’heure d’hiver.
L’automne, saison plus clémente que le printemps
Pourquoi l’automne pardonne-t-il davantage ? Parce que retarder l’horloge suit sa pente naturelle. Notre lecture : l’horloge humaine tourne un peu plus lentement que 24 heures chez la plupart d’entre nous, donc la retarder d’une heure demande moins d’effort que l’avancer. L’étude européenne EUCLOCK, menée auprès de plus de 5 000 personnes dans 11 pays, va dans ce sens : l’adaptation de l’automne se fait aisément, celle du printemps coince, surtout chez les couche-tard.
Mais la facture grimpe quand le sommeil manque déjà. L’Institut national du sommeil et de la vigilance estimait en 2022 le déficit des Français à environ 60 minutes par jour.
🚫 Piège
Croire que l’heure grappillée en octobre ne coûte rien. Des relevés
de sécurité routière publiés en France montrent, pendant environ
une semaine après le retour à l’heure d’hiver, un surcroît
d’accidents de piétons en fin de journée allant jusqu’à 47 %. La
cause probable : la nuit tombe soudain une heure plus tôt, en
pleine heure de pointe, et ni les conducteurs ni les piétons n’ont
encore ajusté leurs réflexes.
Fin du changement d’heure : un serpent de mer européen
En 2018, la Commission européenne consulte les citoyens. Résultat : 4,6 millions de réponses, et environ 84 % des répondants veulent en finir. Elle propose alors de supprimer les changements saisonniers, chaque État choisissant son heure définitive. Le 26 mars 2019, le Parlement européen vote le texte par 410 voix contre 192, avec 51 abstentions, et repousse l’échéance à 2021.
Et ensuite ? Rien. Le texte attend le feu vert du Conseil, c’est-à-dire des États membres, qui butent sur une question simple : quelle heure garder ? Les Allemands et les Autrichiens préfèrent l’heure d’été, les Tchèques et les Scandinaves l’heure d’hiver. Le Portugal, la Grèce et Chypre ne se sentent guère concernés. Les compagnies aériennes, dont les horaires se préparent très en avance, redoutent aussi un patchwork horaire.
En France, une consultation de l’Assemblée nationale début 2019 recueille plus de 2 millions de réponses : 83,71 % veulent en finir, et 59,17 % préféreraient garder l’heure d’été.
| Critère | Heure d’été toute l’année | Heure d’hiver toute l’année |
|---|---|---|
| Ce qu’on y gagne | Des soirées longues et lumineuses | Des matins plus clairs, au plus près du Soleil |
| Ce qu’on y perd | Un lever du soleil très tardif l’hiver dans l’ouest de l’Europe | Un jour levé vers 4 h du matin l’été |
| Qui la préfère | Allemands, Autrichiens, 59 % des répondants français de 2019 | Tchèques, pays scandinaves, spécialistes du sommeil |
Mais le dossier n’est pas mort. En octobre 2025, l’Espagne le relance devant le Conseil des ministres de l’énergie, des transports et des télécommunications, à Luxembourg, et réclame la fin du changement dès 2026. La Finlande, la Pologne et la Commission l’appuient. Pourtant, à la mi-septembre 2026, aucune échéance ne figure à l’agenda.
Vos questions fréquentes sur le passage à l’heure d’hiver
Gagne-t-on ou perd-on une heure de sommeil ?
Vous gagnez une heure. La nuit du 24 au 25 octobre dure une heure de plus. Le prix arrive le soir : le jour baisse plus tôt.
Et dans les territoires d’outre-mer ?
Ils ne changent pas d’heure, à l’exception de Saint-Pierre-et-Miquelon, qui suit les dates des États-Unis. Conséquence : l’écart avec la métropole varie. Pour La Réunion, il passe de deux à trois heures fin octobre.
Quand le dossier sera-t-il tranché ?
Personne ne le sait. La directive de 2001 reste en vigueur, et les prochaines dates sont connues : retour à l’heure d’été le 28 mars 2027, puis heure d’hiver le 31 octobre 2027. Quant aux pendules européennes, nul ne sait quand elles seront remises à l’heure.









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