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Il dit non avec la tête
mais il dit oui avec le
coeur
il dit oui à ce qu’il aime
il dit non au professeur
il est debout
on le questionne
et tous les problèmes sont
posés
soudain le fou rire le
prend
et il efface tout
les chiffres et les mots
les dates et les noms
les phrases et les pièges
et malgré les menaces du
maître
sous les huées des enfants
prodiges
avec les craies de toutes les
couleurs
sur le tableau noir du
malheur
il dessine le visage du
bonheur.
Paroles, 1946
Contexte de création du poème
Jacques Prévert compose ce texte durant l’entre-deux-guerres. La France traverse alors une période de transformations sociales majeures. Le recueil Paroles paraît en 1946, après une décennie d’écriture intense. Prévert refuse les étiquettes. Il échappe au surréalisme tout en gardant son esprit de liberté. Son écriture bouleverse les codes académiques.
L’école de l’époque impose une discipline stricte. Les élèves subissent une pédagogie autoritaire centrée sur la mémorisation. Prévert observe ces enfants enfermés dans un système rigide. Il transforme cette observation en manifeste poétique. Le cancre devient un héros de la résistance créative.
Une opposition entre raison et sentiment
Le poème s’ouvre sur une contradiction fondamentale. La tête dit non. Le cœur dit oui. Cette dualité structure l’ensemble du texte. Vous découvrez un enfant déchiré entre deux mondes. D’un côté, l’autorité scolaire. De l’autre, ses aspirations profondes. Le geste du refus devient un acte de survie émotionnelle.
Le corps du cancre exprime cette tension. Debout face au professeur, il subit l’interrogation. Les problèmes s’accumulent sur le tableau. Mais quelque chose en lui refuse de se soumettre. Le fou rire surgit comme une rupture salvatrice. Ce rire n’est pas une moquerie. C’est une libération spontanée face à l’absurdité de la situation.
La structure poétique au service du sens
Prévert utilise le vers libre avec maestria. Aucune rime imposée. Aucun mètre régulier. Cette liberté formelle reflète le message du poème. Les vers courts créent un rythme haché. Vous ressentez l’urgence de l’instant. Le poète accumule les éléments effacés : chiffres, mots, dates, noms, phrases, pièges. Cette énumération produit un effet de cascade.
L’absence de ponctuation renforce la fluidité. Les vers s’enchaînent naturellement. Vous suivez le mouvement du cancre sans interruption. De la question du professeur au dessin final, tout se déroule dans une continuité narrative. Prévert maîtrise l’art de la simplicité apparente.
Les oppositions structurantes
Le poème repose sur des contrastes puissants. Non versus oui. Tête versus cœur. Tableau noir versus couleurs. Malheur versus bonheur. Ces oppositions ne sont pas gratuites. Elles construisent une dialectique de la libération. Le cancre traverse ces tensions pour atteindre sa vérité.
Les enfants prodiges huent le cancre. Ils incarnent la conformité récompensée. Leur excellence scolaire les éloigne de la créativité spontanée. Le cancre, lui, reste fidèle à son authenticité. Il préfère le rejet à la trahison de soi. Cette posture fait de lui un héros prévertien par excellence.
Pourquoi ce poème reste-t-il si actuel
Des décennies après sa publication, Le Cancre parle encore aux lecteurs. Vous reconnaissez peut-être cet élève incompris. Celui qui ne rentre pas dans le moule. L’école moderne a évolué, mais certaines rigidités persistent. Le système évalue selon des critères standardisés. Il valorise la conformité intellectuelle.
Prévert défend une autre forme d’intelligence. Celle qui s’exprime par l’art, le rêve, l’émotion. Le cancre dessine le bonheur là où l’institution voit le malheur. Cette inversion révèle une sagesse profonde. Le bonheur ne se trouve pas dans l’obéissance aveugle. Il naît de la fidélité à soi-même.
L’art comme acte de résistance
Le geste final du cancre constitue le sommet du poème. Avec des craies multicolores, il dessine le visage du bonheur. Ce dessin représente bien plus qu’un griffonnage d’enfant. C’est un manifeste artistique. Une affirmation que la beauté surgit de la liberté, non de la contrainte.
Prévert établit un parallèle entre le cancre et l’artiste. Tous deux refusent les règles établies. Tous deux créent leur propre langage. L’artiste véritable dit non au conformisme. Il dit oui à sa vision personnelle. Cette posture créative nécessite du courage. Le cancre brave les menaces et les moqueries.
La couleur contre le noir
L’opposition chromatique renforce le message. Le noir symbolise l’uniformité, la tristesse, l’autorité. Les couleurs multiples évoquent la diversité, la joie, la liberté. En remplaçant le noir par les couleurs, le cancre opère une transformation alchimique. Il convertit le malheur en bonheur par un simple acte créatif.
Cette métamorphose suggère que chacun possède ce pouvoir. Vous pouvez transformer votre tableau noir personnel. Il suffit de refuser la fatalité imposée. De choisir vos propres couleurs. De dessiner votre propre visage du bonheur. Prévert vous invite à cette révolution intérieure.
L’héritage du Cancre dans la culture
Le poème a inspiré des générations d’enseignants et d’étudiants. Certains y voient une critique excessive de l’école. D’autres y découvrent un appel à repenser la pédagogie. Les méthodes actuelles tentent d’intégrer davantage de créativité. De respecter les rythmes individuels d’apprentissage.
Le Cancre figure dans de nombreux manuels scolaires. Ironiquement, l’institution enseigne un poème qui la critique. Cette intégration témoigne de la force du texte. Il transcende sa dimension contestataire pour atteindre une vérité universelle. Celle de la dignité de chaque parcours, même non conventionnel.
- Relisez le poème à voix haute pour percevoir son rythme naturel et sa musicalité
- Observez les répétitions du pronom “il” qui structure l’ensemble du texte
- Identifiez les moments de rupture notamment quand surgit le fou rire libérateur
- Imaginez la scène comme une séquence cinématographique avec ses contrastes visuels
- Questionnez vos propres expériences scolaires à la lumière de cette lecture
Le génie de Prévert réside dans sa capacité à créer une poésie accessible sans être simpliste. Vous comprenez immédiatement le sens général. Pourtant, chaque relecture révèle de nouvelles nuances. Les images simples cachent une profondeur philosophique. Le cancre devient un archétype de la condition humaine face aux normes sociales.











jes deja vu aujourduit a letude
Bonjour
Je cherche un poème que dans ses verses di: si j’été fleur, j’y voudrait naitre, abeille, j’y ferait mon miel…
C’est très mignon ce que tu as dis,
Avoir pitié, pardonner et aimer est la meilleure solution, je pense que vu tu comprends ça clairement tu dois être un être plein de tendresse, bravo Monique
Il est le reflet de chaque jeune élément face à la nouveauté “imposée” ,trop souvent sans “cordialité”.Ce jeune qui rêve devant un tableau noir est pareil à l’oisillon qui enfin va s’élancer hors du nid où il se sentait si bien::ce n’est pas la peur du vide ni de l’effort ,c’est le simple souvenir de la chaleur du nid où il a pris connaissance d’un monde restreint ,tout à son service et donc d’une nouvelle aventure…avec moins d’assistance sans doute??.
Cher Fernandez, bien loin de moi l’idée de vouloir me prendre pour “Une enfant prodige”, mais je ne pense pas que Jacques Prevert ait voulu exprimer l’essence du cancre, ni meme l’humaniser, je penche plutot pour une autre version qu’il veut donner à ce dit cancre face aux enfants prodiges et aux grandes personnes. Je m’explique, Ce cancre, pour moi est tout sauf un cancre car pour lui peu importe le savoir’ abstrait’ enseigné et partagé si avant tout il n’y a pas d’amour partagé et de compréhention envers autrui. Peu importe les craies de toutes les couleurs, en vérité, si le tableau sur lequel est écrit le savoir, est noir, noir comme le malheur et c’est pourquoi sous la huée il dessine le visage du bonheur métaphorisé par les couleurs car lui est malheureux et voudrait lui aussi avoir droit au bonheur, il veut ainsi le montrer car il est seul, seul à le savoir ainsi de cette manière il pense le faire comprendre car personne ne l’avait compris, y compris le professeur. Ce poème me rappelle le film “Les Choristes”, tous cancres devant le tableau noir de l’institut du “Fond de l’étang”, parce qu’ils étaient des enfants malheureux et incompris, tous des cancre pour les maitres mais quand le nouveau pion avec sa musique est arrivé tout a changé car il y avait dans le coeur de ce pion l’amour, l’amour pour son prochain et l’amour pour la musique qui est universelle et adoucit les moeurs comme on dit et donc l’amour pour ces enfants qu’il compris etre malheureux. Ainsi il a greffé , grace à sa chorale dont personne ne fut exclu meme qui ne savait pas chanter, un coeur donc de l’amour, donc du bonheur dans le malheur de chacun, sans tableau noir mais avec ce fameux choeur qui n’exclua personne et qui donna à ces enfants un peu de bonheur dans ce lieu de malheur. Bien sur cela est mon opinion et n’engage que moi. Bonsoir Fernandez. et pardonnez mon intervention sans permission! monique
C’est très mignon ce que tu as dis,
Avoir pitié, pardonner et aimer est la meilleure solution, je pense que vu tu comprends ça clairement tu dois être un être plein de tendresse, bravo Monique
Mais c’est merveilleux ce que vous avez ecrit là.
je suis un défenseur des cancres, car avec le recul du temps j’en ai tellement vu qui, soudain motivés , devenir des champions. Bravo pour votrte analyse ret le rapprochement que vous faites avec Les Choristes.
Prévert avec son phrasé juste, sincère et accessible exprime en quelques mots l’essence du cancre sans le stigmatiser : il l’humanise ! Merci Jacques
Ce poème je l’ai appris quand j’étais en CE1 et il m’avait tellement marqué que aujourd’hui à 22 ans je me souviens de chaque mots …
Moi en CMI