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Dans les manuels de design comme dans les salons feutrés des amateurs d’objets d’exception, la silhouette basculante de la chaise longue LC4 ne trompe personne: c’est l’une des pièces de mobilier les plus reproduites du XXe siècle, visible aussi bien au MoMA de New York qu’au Vitra Design Museum. Son nom, en revanche, intrigue davantage qu’il n’informe. Pourquoi cette référence purement technique, faite d’un sigle et d’un chiffre, plutôt qu’un nom propre facilement identifiable?
Dès 1928, la pièce fut d’abord fabriquée par l’entreprise autrichienne Thonet, avant que les droits d’édition ne soient rachetés en 1964 par plusieurs maisons du design italien, dont Cassina, qui en assure la production sous licence exclusive depuis cette date. C’est précisément à ce moment que le sigle «LC» s’est imposé dans le langage courant, au point de faire oublier que la paternité de l’objet est loin d’être aussi simple que son étiquette le laisse penser.
La femme qui a imaginé la chaise longue
La chaise longue est née dans l’atelier parisien que partageaient Le Corbusier, son cousin Pierre Jeanneret et une jeune designer entrée dans l’équipe en 1927: Charlotte Perriand. Elle avait d’abord été éconduite par l’architecte, peu convaincu par son profil, avant d’être engagée après avoir présenté ses propres meubles lors d’un salon parisien. C’est elle qui développe l’idée centrale de la pièce, cette structure basculante conçue pour épouser la position naturelle du corps au repos, une véritable «machine à repos» selon l’expression de l’époque. Jeanneret, de son côté, travaille sur la mise au point technique de la structure en acier.
Pourquoi la ligne de mobilier porte les seules initiales de Le Corbusier
Si les trois noms figurent bien sur les brevets et les premières présentations publiques, dont celle du Salon d’Automne de 1928, c’est le nom de Le Corbusier, déjà architecte reconnu et chef de l’atelier, qui s’impose durablement dans la mémoire collective. La convention de nommage adoptée pour toute la ligne de mobilier de l’atelier, de LC1 à LC7, reprend ses seules initiales, reflet des hiérarchies professionnelles de l’époque plutôt que du travail collectif mené au quotidien.
Comment les trois créateurs ont finalement été reconnus ensemble
Cette asymétrie a fini par être corrigée. En 2014, une édition spéciale baptisée LC4 CP, réalisée avec Louis Vuitton, a rendu un hommage explicite à Charlotte Perriand. Puis, à l’occasion des cinquante ans de la collection I Maestri, un accord conclu avec les héritiers et les fondations des trois créateurs a conduit à un retour à la dénomination française d’origine, mentionnant systématiquement les trois noms associés à la pièce.
Perriand poursuivra sa carrière loin de l’ombre de Le Corbusier, en signant notamment des aménagements de stations de montagne qui porteront, cette fois, sa seule signature. Son parcours n’est d’ailleurs pas un cas isolé: plusieurs pièces iconiques du mobilier moderne portent le nom d’un seul créateur alors qu’elles sont, dans les faits, le fruit d’un travail d’atelier mené à plusieurs mains, une réalité que les maisons d’édition contemporaines commencent seulement à rendre plus visible dans leurs catalogues.









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