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« Résolver » : ce verbe existe-t-il vraiment ?
résolver

Publié le 14/05/2026
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⏳ Temps de lecture : 5 minutes

Vous avez peut-être déjà croisé le verbe résolver dans un courriel professionnel ou sur un forum. Pourtant, aucun dictionnaire de langue française ne le recense. Ni le Larousse, ni le Robert, ni le Trésor de la langue française n’en font mention. Ce vocable est un fantôme lexical. Il surgit dans l’usage courant sans jamais avoir obtenu de légitimité académique. La raison ? Il s’agit presque toujours d’une confusion avec le verbe « résoudre » ou d’un calque maladroit de l’anglais to resolve.

Vous entrez dans une réunion importante. Votre cœur bat la chamade. Vous déclarez : « Nous devons résolver ce problème rapidement. » L’assemblée fronce les sourcils. Vous venez de commettre une erreur de vocabulaire. Ce petit faux pas peut entamer votre crédibilité. Heureusement, comprendre l’origine de cette méprise permet de l’éviter définitivement.

Ce qu’il faut retenir

  • « Résolver » est un verbe fantôme absent de tous les dictionnaires.

  • La forme correcte est « résoudre » avec un d et jamais de v à l’infinitif.

  • La confusion vient de l’anglais to resolve et des verbes ibériques resolver.

  • Employez résoudrerégler ou trancher selon le contexte exact.

  • Le participe passé résolu ne devient jamais « résolvé » ou « résolvu ».

Pourquoi entend-on parfois « résolver » ?

La fréquence de résolver s’explique par plusieurs facteurs. L’anglais technique utilise massivement to resolve (résoudre) et resolution (résolution). Un locuteur francophone, influencé par ce modèle, peut fabriquer spontanément un infinitif en -er qui sonne faux. Le néologisme n’est pas fautif en soi, mais il reste ici une création instable, ignorée par l’usage normé. Le bon terme est résoudre. D’autres verbes, comme solutionner, existent mais restent critiqués. Résoudre demeure le choix sûr.

Étymologie : un croisement hasardeux

Le mot résolver n’a pas d’étymologie directe. Il n’apparaît pas dans les textes anciens, ni en ancien français, ni en moyen français. Son origine probable est une hybridation entre le verbe « résoudre » et l’anglais « resolve ». Le verbe résoudre, lui, vient du latin resolvere (« délier, dissoudre, régler »). En passant par l’ancien français resoldre, il a donné résoudre avec un d intérieur caractéristique. La tentation de suivre le modèle anglais conduit certains à aligner la sonorité sur solve, d’où un hybride résolver qui, en réalité, n’a jamais existé dans l’histoire de la langue.

Le mécanisme est comparable à la création de « performant » à partir de l’anglais performing. Sauf que performant est aujourd’hui admis. Résolver, lui, reste une coquille orale et écrite. La bonne nouvelle ? Vous pouvez corriger ce réflexe en trois étapes simples : mémoriser l’infinitif résoudre, noter l’absence du v parasite, et vous entraîner à conjuguer ce verbe irrégulier.

Conjugaison : un verbe fantôme

Si résolver existait, il suivrait la conjugaison régulière des verbes du premier groupe en -er. On imaginerait « je résolve, tu résolves, il résolve, nous résolvons… ». Mais cette conjugaison est pure fiction. Aucune autorité linguistique ne l’a jamais validée. Le véritable verbe résoudre se conjugue comme absoudre, avec un radical qui varie : je résous, tu résous, il résout, nous résolvons, vous résolvez, ils résolvent. Le participe passé est résolu (et non « résolvé » ou « résolvu »).

Voici un tableau comparatif qui illustre l’écart entre la forme imaginaire et la forme correcte :

Forme Statut Exemple
résolver Inexistant en français standard « Il faut résolver cette énigme. »
résoudre Seul infinitif correct « Il faut résoudre cette énigme. »
solutionner Accepté dans certains contextes techniques, mais critiqué « Nous devons solutionner le problème. »
trancher Français soutenu, sans ambiguïté « Le juge va trancher le litige. »

Rappelez-vous : le participe passé résolu s’accorde normalement. « Les problèmes que nous avons résolus » (et non « résolvés »).

Synonymes et alternatives correctes à « résolver »

Si l’envie d’utiliser résolver vous traverse l’esprit, optez pour l’une de ces solutions fiables. Résoudre couvre la plupart des besoins : résoudre une équation, résoudre un conflit, résoudre un mystère. Pour varier votre expression, vous pouvez employer :

  1. Dénouer (une crise, une intrigue)
  2. Régler (un différend, un souci pratique)
  3. Trancher (une question, un débat)
  4. Élucider (un crime, une affaire obscure)
  5. Remédier à (un inconvénient, un défaut)

Chaque alternative apporte une nuance. Dénouer insiste sur la complexité qui se défait. Régler évoque l’aspect administratif ou technique. Trancher suppose une décision nette. En évitant résolver, vous gagnez en précision et en élégance.

Orthographe : l’erreur qui trahit une confusion avec « résoudre »

La graphie résolver est une faute d’orthographe quand elle est employée comme infinitif. Elle omet le d central qui caractérise résoudre. Ce d n’est pas un caprice : il provient du d de resolvere, conservé dans toutes les formes conjuguées (nous résolvons, ils résolvent). L’orthographe correcte est donc résoudre, avec un d et jamais de v après le l à l’infinitif. Pour vérifier vos textes, vous pouvez utiliser un correcteur d’orthographe fiable qui repérera immédiatement cette forme parasite.

⛔ « Le technicien va résolver la panne. » (forme incorrecte)
✅ « Le technicien va résoudre la panne. » (forme correcte)
⛔ « J’espère que vous allez résolver ce malentendu. » (forme incorrecte)
✅ « J’espère que vous allez résoudre ce malentendu. » (forme correcte)
⛔ « Le mystère reste à résolver. » (forme incorrecte)
✅ « Le mystère reste à résoudre. » (forme correcte)

Remarquez que même à la voix passive ou à l’infinitif prépositionnel, la forme résoudre est immuable. L’erreur consiste à croire que le v des formes conjuguées (nous résolvons) appartient à l’infinitif. Il n’en est rien.

Exemples d’usage et pièges à éviter

Dans la langue professionnelle, la confusion est fréquente. On entend parfois : « Nous avons une équipe dédiée pour résolver les tickets. » Ce calque de l’anglais resolve tickets affaiblit le message. Préférez : « Nous avons une équipe dédiée pour résoudre les demandes. » La nuance est minime, mais le second énoncé est immédiatement perçu comme correct et maîtrisé.

« L’important n’est pas de résolver les conflits, mais de les comprendre. »

Cette phrase, si elle était prononcée, révélerait une hésitation entre deux langues. Une version juste serait :

« L’important n’est pas de résoudre les conflits, mais de les comprendre. »

Créer une communication sans faute est plus facile que de voler des bonbons à un enfant. Il suffit de remplacer systématiquement l’intrus résolver par résoudre ou un synonyme approprié. N’oubliez pas non plus le nom résolution, qui ne devient jamais « résolvation ». Une résolution de problème, une résolution d’écran : le substantif est parfaitement clair et évite toute dérive.

Traductions de « résolver » et de ses vrais équivalents

Puisque résolver n’existe pas, on ne le traduit pas. On traduit plutôt l’idée ou le verbe résoudre. Voici comment exprimer cette notion dans plusieurs langues :

  • Anglais : to resolve ou to solve
  • Espagnol : resolver (existe en espagnol)
  • Italien : risolvere
  • Allemand : lösen (pour un problème), auflösen (dissoudre)
  • Portugais : resolver

L’existence du verbe resolver en espagnol et en portugais alimente sans doute la confusion. Un hispanophone dira « resolver un problema » et sera tenté de transposer directement en français. Résistez. Le verbe français est résoudre. Gardez en tête que les emprunts entre langues romanes ne sont pas toujours autorisés par l’usage.

FAQ – Questions fréquentes sur « résolver »

Peut-on écrire « résolver » dans un mail informel ?

Non. Même dans un cadre relâché, résolver est perçu comme une erreur. Préférez résoudre. Votre interlocuteur, même s’il comprend, notera la maladresse. Autant adopter la forme juste dès le premier échange.

Le verbe « solutionner » est-il un bon substitut ?

Solutionner est toléré dans certains jargons techniques (informatique, gestion de projet), mais il reste critiqué par les puristes. L’Académie française ne le recommande pas. Résoudre ou régler sont des choix plus sûrs et plus élégants.

Pourquoi « résoudre » se conjugue-t-il « nous résolvons » avec un « v » ?

C’est une trace du latin resolvere. Le v apparaît aux personnes du pluriel de l’indicatif présent et du subjonctif présent. L’infinitif, lui, garde le d étymologique. Cette alternance est régulière pour les verbes en -soudre.

Existe-t-il un nom commun « resolveur » ?

Non. Le terme « resolveur » n’existe pas non plus en français. On parle de solutionneur (rare) ou plus simplement de personne qui résout. Dans le domaine informatique, on trouve le calque resolver (serveur DNS) mais il s’agit d’un anglicisme technique toléré, sans rapport direct avec le verbe résolver.

Comment ne plus jamais confondre ?

Mémorisez cette phrase : « Résoudre n’a pas de v à l’infinitif. » Visualisez le d central, comme un pont entre le passé latin et le français moderne. Relisez vos écrits avec un correcteur d’orthographe. La répétition de la forme correcte chassera définitivement le faux ami.