Les Époux Arnolfini de Jan van Eyck : analyse

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Les Époux Arnolfini : informations générale


Peinture à l’huile sur bois de chêne 82,2 cm x 60 cm de Jan van Eyck (vers 1390 – 1441), dans le sens de la hauteur, laissée sans titre et surnommé « Les Époux Arnolfini ».

On sait peu sur de choses sur son exécution, ni sa date exacte d’exécution, probablement en 1434, selon l’inscription faite sur le tableau même.

 

Les Époux Arnolfini : quel musée ?

La tableau est d’abord offert à Marguerite d’Autriche, gouverneur des Pays-Bas, par Diego de Guevara. Il est ensuite envoyé au Palacio Nuevo (Palais royal de Madrid). Sa trace est perdue après les guerres napoléoniennes. Il est finalement retrouvé en Belgique.

Il est finalement prêté à la National Gallery de Londres, qui l’achète en 1842. Il s’y trouve toujours.

 

Les Époux Arnolfini de Jan van Eyck : quel mouvement artistique ? 

Jan van Eyck est classé parmi les primitifs flamands, c’est-à-dire les peintres du XVe et XVIe siècle de la Flandre actuelle (Bruges, Gand, Anvers, etc.), comme Hans Memling, Petrus Christus, Robert Campin ou Hugo van der Goes.

Bruges, ville membre de la Ligue hanséatique, est alors au coeur d’une région très prospère, grand centre commercial de l’Europe du Nord. Elle fait partie du vaste ensemble territorial placé sous l’autorité des ducs de Bourgogne.

Jan van Eyck est alors un proche de son souverain Philippe le Bon (1396 – 1467), pour lequel il est effectue des missions diplomatiques. Sa formation artistique, en revanche, est mal connue. Comme les autres primitifs flamands, van Eyck est influencé par l’humanisme naissant. Les Époux Arnolfini, un des premiers tableaux qui a pour sujet des bourgeois (et non pas des nobles, des religieux ou des souverains), c’est-à-dire d’une classe en plein essor dans sa région, est représentatif du mouvement de l’époque au cours duquel un genre nouveau se développe : le portrait.

On ne se restreint plus à peindre uniquement des scènes religieuses, c’est-à-dire à un art sacré, mais on s’ouvre des scènes privées, profanes, avec un certain souci du réalisme dans la représentation. En d’autres termes, on est plus soucieux de peindre « ce que l’on voit ».

 

Les Époux Arnolfini : analyse


La tableau est une réprésentation en pied d’un couple qui fait face au spectateur, mains liées, dans le cadre d’un espace domestique, un intérieur flamand.

La verticalité du tableau, renforcée par la taille des personnages, est doublée d’une impression de profondeur très progressive : en effet, l’oeil, d’abord attiré par les personnages, s’enfonce vers le fond de la pièce lorsqu’il voit le miroir convexe, puis se rapproche en regardant le chien.

La symétrie de l’oeuvre est marquée par un triangle central, délimité par les bras joints des époux et leurs regards, au centre duquel se trouve le miroir et une inscription en latin : Johannes de Eyck fuit hic 1434, Jan van Eyck était ici en 1434.

 

Description du couple

L’homme au teint pâle, à la figure distante à moitié assombrie, au strabisme léger, au front presque invisible porte un chapeau de paille noire ou de feutre, lui donnant une tête démesurée au milieu de laquelle figure un nez énorme, posée sur un corps étroit et raide, couvert par un pourpoint noir (veste courte et matelassée qui part du cou et qui va jusqu’à la ceinture) aux poignets brodés sur lequel est superposé une huque de velours violet ( la huque est robe portée par les hommes au Moyen-Âge) dont les bords sont garnis de fourrure.

Ses pieds sont enveloppés dans des chausses, mais il ne porte pas ses patins de bois, que l’on voit dans l’angle inférieur gauche du tableau, éclairés par la lumière d’une fenêtre que l’on ne voit pas.

Son bras est tendu vers celui de sa femme. Sa paume, tournée vers le ciel, accueille la main de sa femme sans la serrer. Il semble l’observer.

La femme, aussi pâle que son mari, aux yeux baissés, a le front dégagé et très visible. Un truffau (les tresses qui forment des bourrelets sur ses tempes) soutient une huve blanche aux bords résillés, coiffure des épousées. Deux colliers agrémentent son cou.

Contrairement à son mari, la femme est large. Elle porte un large surcot vert avec un traîne et dont les manches sont garnies de fourrure blanche, qui enveloppe une robe bleue dont on aperçoit les manches aux poignets dorés et une partie de la jupe. La ceinture rouge qui l’enserre au-dessous de sa poitrine renforce l’impression de voir une femme enceinte.

Les doigts de la main posée sur celle du mari sont très longs. Elle pose son autre main sur son ventre.

 

Un mariage et une femme enceinte ?

Le tableau représente un mariage, qui pouvait se dérouler chez soi et sans prêtre à cette époque. En effet, selon Erwin Panofski, auteur d’un célèbre article sur le tableau, il constitue une sorte de certificat de mariage. D’autres conjectures affirment que le tableau serait un autoportrait de Van Eyck avec sa femme.

En revanche, il ne semble pas que la femme soit enceinte. En effet, la représentation de femmes au ventre proéminent et une petite poitrine correspond plutôt à un costume de l’époque. On trouve des représentations similiaires dans l’oeuvre van Eyck, notamment sur le Triptyque de Dresde :

Toutefois, la main posée sur le ventre peut être un signe annonçant un enfant à venir, tout comme le déchaussement, symbolique du respect de la chambre nuptiale.

Enfin, les mains jointes, représentent probablement un geste de serment de mariage. Cependant, la façon particulière dont les mains sont jointes, posées l’une sur l’autre, ne trouve pas d’explication spécifique. Ce geste renforce l’impression de mystère entourant ce tableau. 

 

Qui sont les Arnolfini ? 

Le tableau représenteterait Giovanni Arnolfini et sa femme Giovanna Cenami. Les Arnolfini sont une famille de marchands italiens de Bruges, venue de Lucques, fournissant la cour de Bourgogne (celle de Philippe le Bon) en draps fins. Mais l’identification n’est pas assurée.

 

Un intérieur fourmillant de détails symboliques

L’espace domestique qui nous est montré est une chambre nuptiale luxueusement décorée et confortablement meublée (tapis brodé, chaise à dossier, etc.). Marchands de Bruges, les Arnolfini sont riches.

Deux fenêtres, l’une ouverte, par laquelle on aperçoit des arbres fruitiers, et une autre, invisible a priori aux yeux du spectateur, font baigner l’espace de lumière. Van Eyck démontre par cette technique sa maîtrise. En effet, il fait varier les tons de couleurs en faisant progresser la lumière sur différentes matières : les fruits posés sur la commode, une partie du mur, les perles du chapelet (un patenôtre), le lustre, le lit à baldaquin aux draps rouges et les époux pour la pour la fenêtre ouverte, les patins et les poils du chiens pour la fenêtre invisible. Il joue en outre sur les ombres : celle de la femme sur les draps rouges, celles des chausses, etc.

Cette lumière révèle d’ailleurs l’extrême minutie du peintre, symbolisée par le travail des tissus, révélant notamment tous les plis des vêtements. 

Si Les Époux Arnolfini sont un exemple d’art profane, la représentation n’est pas dénuée de caractère sacré ou symbolique.

  • En effet, le miroir, au centre du triangle formé par les époux, est orné de scènes de la vie et de la passion du Christ.
  • Les perles de cristal du patenôtre, accrochées au mur, symbolisent la pureté mariale.
  • La statue située au bord du panneau de bois représente sainte Marguerite, patronne de l’enfantement. On aperçoit trois autres statuettes, à la symbolique plus mystérieuse.
  • Les fruits, pommes, abricots ou cerises, peuvent symboliser ou l’innocence de l’homme, ou la tentation qui mène à la Chute.
  • Le lustre orné à six branches ne compte qu’une seule bougie allumée, symbole de la présence de Dieu ou de l’unicité du couple.
  • Le rouge des draps annonce l’enfantement. Le vert est la couleur de l’espérance, et le bleu celui de la fidélité. 

La multiplicité des détails symboliques qui ne trouvent pas toujours d’explications claires et qui encouragent à multiplier les conjectures, renforcent le caractère mystérieux du tableau.  

 

Le chien des Époux Arnolfini

Le regard concentré sur le triangle central de la composition descend vers le chien, qui termine cette verticalité. Seul être à nous regarder, sa constance envers son maître est une annonciation de fidélité. Le travail des poils démontre de nouveau la minutie du peintre.  

 

Les Époux Arnolfini analyse miroir

Le miroir, convexe, sphérique et sans tache (mesurant 5 centimètres) est un des éléments les plus importants de la composition. Son cadre de bois est orné de 10 médaillons représentant la vie et la passion du Christ. 

Il reflète de dos les époux, et montre ce que le spectateur ne peut voir de sa position : l’espace entier du plancher au plafond, la fenêtre invisible ainsi que deux personnages, l’un vêtu de bleu et l’autre de rouge, peut-être les témoins du mariage. 

En revanche, quelques détails sont absents du reflet dans le miroir : le chien mais aussi les mains jointes des époux. 

Cete mise en abime, originale, dans un espace très réduit, est nouvelle preuve du talent du peintre. Ce procédé est repris par les Ménines de Vélásquez

 

La femme, morte ?

Jean-Philippe Postel, à la suite de Margaret Kostner, avance l’hypothèse, sur le fondement de plusieurs indices, que la femme serait morte. Le tableau qui ne parle pas de lui-même, encourage le travail d’interprétation. 

En effet, la femme, belle, contrairement à son mari, est idéalisée. Son visage, idéalisé, est dessiné de manière moins réaliste. En outre, l’homme porte des habits sombres, symbole de deuil. Ensuite, les époux, dans le reflet du miroir, ne se tiennent pas la main. Enfin, la seule bougie allumée du lustre est du côté de l’homme. Celle qui est éteinte est du côté de la femme. 

 

Les Epoux Arnolfini de Fernando Botero


Fernando Botero (né en 1932), artiste colombien, a reproduit l’oeuvre, en transformant les personnages selon son propre style, caractérisé par des personnages aux formes rondes. 

 

Aller plus loin


Margaret Kostner, The Arnolfini double portrait. A simple solution

Erwin Panofksy, Les Primitifs flamands

Jean-Philippe Postal, L’affaire Arnolfini : Enquête sur un tableau de Van Eyck

Adrian

Étudiant et passionné par les sciences humaines. N'hésitez pas à me contacter :)

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1 réponse

  1. lemaitre dit :

    c vrement tro bien merceeee

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