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Pierre le vénérable plaide pour l’étude du CoranPierre le vénérable plaide pour l’étude du Coran

Publié le 15/06/2017 (m.à.j* le 24/08/2024)
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L’abbé de Cluny Pierre le Vénérable (1092 – 1156), en voyage à Tolède en 1142, demande à des savants de traduire le Coran  (en réalité en résumé) en latin nommé alors : Lex Mahumet pseudoprophete (Loi du pseudo-prophète Mahomet). Il justifie ici cette entreprise avant tout polémique : combattre par le débat théologique le “poison mortel” qu’est l’islam. Pierre le Vénérable ne dénonce pas moins les Latins qui ignorent trop leur ennemi. 

 

Pierre le Vénérable plaide pour l’étude du Coran

Qu’on donne à l’erreur mahométane le nom honteux d’hérésie ou celui, infâme, de paganisme, il faut agir contre elle, c’est-à-dire écrire. Mais les latins et surtout les modernes, l’antique culture périssant, suivant le mot des Juifs qui admiraient jadis les apôtres polyglottes, ne savent pas d’autre langue que celle de leur pays natal. Aussi n’ont-ils pu ni reconnaître l’énormité de cette erreur ni lui barrer la route. Aussi mon cœur s’est enflammé et un feu m’a brûlé dans ma méditation.

Je me suis indigné de voir les Latins ignorer la cause d’une telle perdition et leur ignorance leur ôter le pouvoir d’y résister ; car personne ne répondait, car personne ne savait. Je suis donc allé trouver des spécialistes de la langue arabe qui a permis à ce poison mortel d’infester plus de la moitié du globe. Je les ai persuadés à force de prières et d’argent de traduire d’arabe en latin l’histoire et la doctrine de ce malheureux et sa loi même qu’on appelle Coran. Et pour que la fidélité de la traduction soit entière et qu’aucune erreur ne vienne fausser la plénitude de notre compréhension, aux traducteurs chrétiens j’en ai adjoint un Sarrasin.

Voici les noms des chrétiens : Robert de Chester, Hermann le Dalmate, Pierre de Tolède ; le Sarrasin s’appelait Mohammed. Cette équipe après avoir fouillé à fond les bibliothèques de ce peuple barbare en a tiré un gros livre qu’ils ont publié pour les lecteurs latins. Ce travail a été fait l’année où je suis allé en Espagne et où j’ai eu une entrevue avec le seigneur Alphonse, empereur victorieux des Espagnes, c’est-à-dire en l’année du Seigneur 1141

Pierre le vénérable, Lettre sur la traduction du Coran, 1142,
cité par Jacques le Goff, Les Intellectuels au Moyen Age