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Sur cent personnes croisées au hasard sur la planète, 29 se disent chrétiennes, 26 musulmanes et 24 ne se rattachent à aucune religion. Surprenant ? Pas tant que cela. Mais derrière la religion la plus pratiquée au monde se cachent des nuances que les classements oublient souvent. Voici les chiffres, puis ce qu’ils racontent vraiment.
Ce qu’il faut retenir
- Le christianisme reste la première religion du monde avec 28,8 %
- L’islam progresse le plus vite : +347 millions de fidèles en dix ans
- Un quart de l’humanité, soit 24,2 %, se déclare sans religion
- Le bouddhisme perd 19 millions d’adeptes, seul grand groupe en recul
- Les chiffres mesurent une appartenance déclarée, pas une pratique assidue
Religion la plus pratiquée au monde : le christianisme arrive en tête
Le christianisme rassemble environ 2,3 milliards de personnes, soit 28,8 % de l’humanité en 2020. Ces chiffres viennent du Pew Research Center, qui a croisé plus de 2 700 recensements et enquêtes dans 201 pays et territoires. Son rapport de juin 2025 reste la référence la plus récente.
Mais attention au mot « pratiquée ». Pew s’appuie sur des questions du type « quelle est votre religion, le cas échéant ? ». Elles sondent l’identité, pas le comportement. Ce classement compte donc des appartenances déclarées. Pas des fidèles assidus. Faut-il s’en méfier ? Pas du tout. C’est la mesure la plus répandue, donc la plus comparable d’un pays à l’autre.
Voici le tableau d’ensemble pour 2020.
| Rang | Groupe | Effectif en 2020 | Part de la population mondiale | Évolution des effectifs (2010-2020) |
|---|---|---|---|---|
| 1 | Christianisme | 2,3 milliards | 28,8 % | +122 millions |
| 2 | Islam | environ 2 milliards | 25,6 % | +347 millions |
| — | Sans affiliation religieuse | 1,9 milliard | 24,2 % | +270 millions |
| 3 | Hindouisme | 1,2 milliard | 14,9 % | +126 millions |
| 4 | Bouddhisme | 324 millions | 4,1 % | −19 millions |
| 5 | Autres religions réunies (sikhisme, taoïsme, religions populaires…) | non détaillé | 2,2 % | croissance parallèle à celle de la population mondiale |
| — | Judaïsme | 14,8 millions | 0,2 % | près de +1 million |
Source : Pew Research Center, rapport de juin 2025 (estimations pour 2020).
Regardez bien le bas du podium. Entre l’islam (25,6 %) et les personnes sans affiliation (24,2 %), il ne reste que 1,4 point. Là où cela devient fascinant, c’est dans le détail, rang par rang.
Le top 5 des religions du monde, rang par rang
Cinq places, cinq trajectoires. Aucune ne ressemble à sa voisine.
Le christianisme tient le haut du pavé
Mais le christianisme change de visage. Au début du XXe siècle, deux chrétiens sur trois vivaient en Europe. Aujourd’hui, l’Afrique subsaharienne en abrite 30,7 %, contre 22,3 % pour l’Europe. Résultat : une religion dispersée aux quatre coins du globe. Son âge médian, 30,8 ans, frôle celui de la planète entière (30,6 ans). En âge comme en géographie, aucun autre groupe religieux ne reflète mieux l’humanité.
⚠️ Remarque
Le christianisme gagne 122 millions de fidèles tout en perdant 1,8 point de part mondiale. Aucune contradiction : l’humanité a grandi plus vite que lui. Pew attribue l’essentiel de ce recul relatif aux départs. Des personnes élevées dans la foi chrétienne ne s’y reconnaissent plus à l’âge adulte.
Islam : la courbe qui grimpe
L’islam a le vent en poupe. Avec 25,6 % de l’humanité, il gagne 347 millions de fidèles en dix ans, plus que tout autre groupe. La raison ? Une population jeune. Un tiers des musulmans a moins de 15 ans, et le taux de fécondité reste élevé.
Mais cette progression change peu la carte. La part des musulmans n’a gagné cinq points ou plus qu’au Kazakhstan, au Bénin et au Liban. La hausse vient surtout de la croissance démographique des pays où ils sont déjà nombreux.
Hindouisme, ou l’art de tenir dans un seul pays
Le troisième rang revient à l’hindouisme : 1,2 milliard de personnes, 14,9 % de l’humanité, une part inchangée depuis 2010. Un chiffre frappe : 95 % des hindous vivent en Inde. Leur profil par âge copie celui du pays. Le poids mondial de l’hindouisme dépend donc d’abord de la démographie indienne. Un seul pays suffit.
Le bouddhisme, seul groupe en recul
Il perd 19 millions d’adeptes et tombe à 324 millions, soit 4,1 % de l’humanité. Aucun autre grand groupe n’a reculé en dix ans. Pourquoi ? Trois facteurs se cumulent. D’abord l’âge : avec 39,8 ans d’âge médian, les bouddhistes forment le groupe le plus âgé de l’étude. Ensuite les départs, plus nombreux que les arrivées (1,8 pour 1). Enfin un ancrage dans des pays dont le poids démographique diminue, comme la Chine et le Japon.
Cinquième place : tout dépend du compteur
Ici, aucun consensus. Pew regroupe sikhs, bahaïs, taoïstes, jaïns, shintoïstes et religions populaires dans une seule case : 2,2 % de l’humanité. D’autres bases de données isolent les religions populaires et traditionnelles et leur attribuent plus de 400 millions d’adeptes. Pourquoi un tel écart ? La définition y est pour beaucoup. En Chine, la mesure formelle de l’identité religieuse, retenue par Pew, laisse de côté ceux qui pratiquent sans se dire affiliés. Viennent ensuite le sikhisme, entre 25 et 30 millions de fidèles selon les estimations, puis le judaïsme avec 14,8 millions de personnes. Mais compter ne dit pas tout. Qui pratique vraiment ?
Pratiquer ou se déclarer : deux mesures, deux classements
Reprenons le mot de départ. Un recensement saisit ce que vous dites être. Une enquête de pratique saisit ce que vous faites. Deux questions, deux réalités.
Pew observe la pratique à travers plusieurs repères, dont ceux-ci :
- l’importance accordée à la religion dans la vie quotidienne ;
- la fréquence de la prière ;
- la participation aux offices et à des rites comme le jeûne.
Ces enquêtes couvrent 102 pays et territoires entre 2008 et 2023, pas la planète entière. Les écarts sautent aux yeux. Au Sénégal, au Mali, en Tanzanie, au Rwanda ou en Zambie, au moins 90 % des adultes jugent la religion très importante. Au Danemark, en Suède, en Finlande, en Estonie ou en Tchéquie, ils sont 10 % ou moins. Côté prière quotidienne, le Guatemala et le Paraguay affichent 82 %, contre 19 % au Japon et 13 % à Hong Kong.
🚫 Piège
Additionner « chrétiens » et « pratiquants ». Les 2,3 milliards de chrétiens sont des personnes qui se déclarent chrétiennes, pas des fidèles qui fréquentent l’église chaque semaine. La cause : les recensements interrogent l’appartenance, et les enquêtes de pratique ne couvrent pas tous les pays.
Alors, qui prie le plus ? Cela dépend du pays. Le Sénégal et le Mali comptent une majorité de musulmans, le Rwanda et la Zambie une majorité de chrétiens. À l’inverse, selon une enquête de Pew auprès des musulmans, seuls 18 % de ceux du Kazakhstan jugent la religion très importante dans leur vie. L’étiquette ne fait donc pas la ferveur. Le contexte, oui.
Pew relève aussi que les pays à fort développement humain comptent en moyenne moins de personnes affiliées. Les sociologues parlent de sécularisation pour décrire ce mouvement. Pourtant, le sociologue Peter Berger défendait l’idée inverse dans un ouvrage collectif de 1999 :
« Le monde d’aujourd’hui est, à quelques exceptions près, aussi furieusement religieux que toujours. » — Peter L. Berger, The Desecularization of the World (1999), traduction libre
Berger avait-il raison ? En partie. Trois humains sur quatre (75,8 %) se rattachent encore à une religion en 2020. Mais cette part a reculé de près d’un point en dix ans.
Un quart de l’humanité sans religion déclarée
Troisième groupe de la planète : les personnes sans affiliation, soit 1,9 milliard d’individus. Le terme d’irréligion recouvre l’athéisme, l’agnosticisme ou le simple « rien de particulier ». Attention au raccourci : sans affiliation ne veut pas dire sans croyance. Certaines de ces personnes croient, voire prient, sans se rattacher à une religion.
Leur progression intrigue. Ce groupe vieillit et fait moins d’enfants que les chrétiens, les musulmans et les hindous. Sur le papier, il devrait donc reculer. Pourtant, il gagne 270 millions de personnes en dix ans. Pourquoi ? Les départs. Chez les 18-54 ans, pour chaque adulte qui rejoint une religion après une enfance sans foi, 3,2 quittent celle de leur enfance.
Un pays pèse lourd dans ce total. La Chine compte 1,3 milliard de personnes sans affiliation. C’est 90 % de sa population et deux tiers des « sans religion » de la planète. Ailleurs, la marée monte : les Pays-Bas, l’Uruguay et la Nouvelle-Zélande ont basculé vers une majorité sans affiliation entre 2010 et 2020. Le tableau suivant montre le nombre de territoires où chaque groupe forme la majorité.
| Groupe majoritaire dans le territoire | 2010 | 2020 |
|---|---|---|
| Christianisme | 124 | 120 |
| Islam | 53 | 53 |
| Sans affiliation | 7 | 10 |
| Bouddhisme | 7 | 7 |
| Judaïsme | 1 | 1 |
| Autres religions | 1 | 1 |
💡 Astuce
Quand deux classements donnent un podium différent, vérifiez d’abord comment la Chine est comptée. Une base française, Atlasocio, place l’irréligion à 1,1 milliard, en quatrième position. Pew la chiffre à 1,9 milliard, en troisième. Pew précise que sa méthode actuelle, fondée sur l’identité religieuse formelle, a relevé son estimation.
Questions fréquentes sur les religions du monde
Quelle religion progresse le plus vite ?
L’islam. Entre 2010 et 2020, le nombre de musulmans a augmenté de 347 millions, et leur part mondiale a gagné 1,8 point, à 25,6 %. Aucun autre groupe n’a gagné autant de personnes.
L’islam passera-t-il en tête ?
Peut-être, mais rien n’est joué. Une projection de Pew publiée en 2015 entrevoyait une quasi-égalité entre chrétiens et musulmans vers 2050. Depuis, l’institut a révisé ses estimations de 2010, notamment celles de la Chine. Une projection reste une hypothèse. Pas une promesse.
La France reste-t-elle chrétienne ?
Pew chiffre la part des chrétiens à 46 % en France en 2020. La barre des 50 % a donc été franchie vers le bas, comme au Royaume-Uni (49 %) et en Australie (47 %). Les personnes sans religion y pèsent 40 % ou plus, les autres religions 11 % au plus.
Retenez l’essentiel : le christianisme garde la tête, l’islam grimpe et près d’un quart de la planète se déclare sans religion. Au rang de la ferveur, les enquêtes disponibles désignent des pays, pas une religion.


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