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Qu’est-ce qu’une biographie ? Définition, origine du mot et différences avec l’autobiographie

Qu’est-ce qu’une biographie ? Définition, origine du mot et différences avec l’autobiographie

Par Publié le mis à jour le 6 min de lecture

Un nom figure sur la couverture. Pourtant, la vie racontée à l’intérieur n’est pas la sienne. Vous tenez une biographie. Le mot semble limpide, jusqu’à ce qu’il croise l’autobiographie, puis les mémoires. Sens, origine, nuances, famille de mots, œuvres marquantes : voici le tour complet du sujet.

Ce qu’il faut retenir

  1. Une biographie raconte la vie d’une personne, écrite par un tiers.
  2. Le mot vient du grec tardif biographia : « la vie » et « écrire ».
  3. L’autobiographie raconte sa propre vie, écrite par la personne elle-même.
  4. Les mémoires relatent des événements publics vécus ou observés par l’auteur.
  5. Elle peut être autorisée, romancée ou hagiographique selon l’approche.

Définition de la biographie

Une biographie raconte la vie d’une personne. Tout part de là. Le CNRTL, qui met en ligne le Trésor de la langue française, détaille ce sens dans sa définition de biographie. Il y distingue deux emplois principaux.

Le sens général : raconter une existence

Premier emploi : le récit, à l’écrit comme à l’oral, des faits qui ont jalonné une vie. Le dictionnaire donne le mot comme synonyme de « vie ». On « fait la biographie de quelqu’un », dit-on. Dans un sens plus étroit, le terme désigne un récit détaillé, souvent anecdotique, comme ceux qui nourrissent la curiosité du public pour les vedettes. Plus rarement, il prend un sens figuré : Proudhon évoque la « biographie » d’une idée, c’est-à-dire son évolution.

Le sens didactique : un genre littéraire

Second emploi : un genre à part entière, qui s’oppose à l’histoire. Pourquoi cette frontière ? Une vie n’est pas un pays. Pourtant, la ligne se brouille parfois. Selon un auteur cité par le CNRTL, les ouvrages sur Alexandre ou Charles-Quint relèvent de l’histoire. Le règne dévore l’existence privée.

Mais le mot possède aussi un versant péjoratif : il peut viser un récit d’anecdotes mal vérifiées. Las Cases parlait ainsi des « biographies de salon ». Ce n’est pas tout. L’origine du terme réserve elle aussi quelques surprises.

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D’où vient le mot « biographie » ?

Côté racines, le mot vient du grec tardif biographia, attesté vers l’an 500. Il associe bios, « la vie », et graphein, « écrire ». Le mot est-il aussi ancien que la pratique ? Loin de là. En français, l’étymologie donnée par le CNRTL situe son apparition au XVIIIe siècle. Première date avancée : 1721, dans le dictionnaire de Trévoux. Mais elle reste douteuse. Elle semble résulter d’une confusion avec biographe. Autre repère : 1755, chez Prévost. L’anglais biography, lui, remonte à 1683.

⚠️ Remarque

Les grandes œuvres antiques portent le titre de « Vies », pas de « biographie ». Plutarque signe des Vies parallèles. Suétone, une Vie des douze Césars. Le CNRTL donne d’ailleurs « vie » comme synonyme du mot moderne. Tout porte donc à croire que le genre a longtemps vécu sans étiquette : le simple mot « vie » suffisait. Le nom de « biographie » est arrivé après coup, pour classer ce que les Anciens pratiquaient depuis des siècles.

Biographie, autobiographie, mémoires : trois façons de raconter une vie

Trois genres racontent une existence. Mais chacun place l’auteur à un endroit différent. Qui tient la plume ? Pas toujours la même main.

La biographie : la vie d’un autre

Ici, un tiers écrit. Le biographe enquête, recoupe, choisit. Plutarque en offre le modèle antique. En 1932, Stefan Zweig publie Marie-Antoinette, biographie de la reine de France.

L’autobiographie : sa propre vie, racontée par soi

Cette fois, auteur, narrateur et personnage ne forment qu’une seule personne. Philippe Lejeune, dans Le Pacte autobiographique (1975), y voit un récit en prose, écrit après coup, où une personne réelle raconte son existence. Entre l’auteur et le lecteur s’installe alors un pacte autobiographique : l’auteur joue cartes sur table, le lecteur le croit sur parole. Rousseau ouvre la voie moderne avec Les Confessions, publiées entre 1782 et 1789. Sartre signera plus tard Les Mots.

Les mémoires : un témoin face à son époque

Avec les mémoires, le projecteur change de cible. Larousse y voit le récit, écrit sur une longue période, de faits auxquels l’auteur a pris part ou assisté. Ils s’écrivent après coup, contrairement au journal. Le cardinal de Retz y raconte son opposition à Mazarin. Saint-Simon, lui, y fait revivre le règne de Louis XIV et la Régence. Là, le « je » s’efface derrière l’acteur ou le témoin.

Les mémoires ne sont pas réservés aux personnages publics : beaucoup de particuliers écrivent les leurs pour leurs proches, seuls ou accompagnés, comme l’explique le guide du Bon Biographe sur les mémoires. Le Bon Biographe est un service en ligne qui aide à préciser un projet de biographie, à en connaître le budget et à entrer en relation avec des biographes qui l’acceptent ; la personne choisit ensuite le biographe avec qui réaliser le livre. Place au comparatif.

Genre Qui écrit ? Objet du récit Exemple
Biographie Un tiers, le biographe La vie d’une autre personne Plutarque, Vies parallèles
Autobiographie La personne elle-même Sa vie intime et sa personnalité Rousseau, Les Confessions
Mémoires Un acteur ou un témoin Les événements publics d’une époque Saint-Simon, Mémoires

🚫 Piège

Beaucoup rangent les mémoires dans l’autobiographie parce que les deux disent « je ». L’erreur vient du pronom, pris pour le critère. Le vrai critère, c’est l’objet du récit. L’autobiographie suit une personnalité qui se construit. Les mémoires suivent des événements publics, vus par quelqu’un qui les a traversés. Un livre peut dire « je » du début à la fin et rester un témoignage sur une époque.

Quand la biographie se fait autorisée, romancée ou hagiographique

Le mot « biographie » abrite plusieurs manières d’écrire une vie. Premier critère : la coopération du sujet. Une biographie autorisée naît avec l’accord de la personne, ou de ses ayants droit. L’auteur accède alors à des confidences et à des archives fermées aux autres. Sans cet accord, le biographe garde sa liberté mais perd ces portes ouvertes. Une biographie autorisée gagne-t-elle en fiabilité ? Elle gagne en accès.

Ensuite vient la place de l’invention. La biographie romancée s’appuie sur des faits réels que met en relief une reconstitution narrative. Max Gallo en donne un exemple avec Napoléon. La biographie historique, elle, replace une vie dans son contexte. Alain Corbin l’illustre avec Le Monde retrouvé de Louis-François Pinagot, Ivan Jablonka avec Histoire des grands-parents que je n’ai pas eus. La biographie factuelle relate les événements et analyse la vie comme l’œuvre : Myriam Anissimov l’incarne avec Romain Gary, le caméléon. Trois méthodes, trois dosages.

Enfin, il y a l’hagiographie. Au Moyen Âge, ce mot désigne le récit de la vie d’un saint, donnée en modèle. Son origine grecque : hagios, « saint », et graphein, « écrire ». Aujourd’hui, il vise aussi, au sens figuré, une biographie trop favorable à son sujet. Plus de recul critique, plus de place pour la nuance. Le genre connaît d’autres dérives. Au XVIIIe siècle, le médecin et satiriste anglais John Arbuthnot visait ainsi les biographies bâclées de l’éditeur Edmund Curll :

« La biographie est l’une des nouvelles terreurs de la mort. »

Une famille entière derrière un seul mot

Pourquoi ce « bio » partout ? Il vient de bios, la vie. Autour de ce radical, plusieurs mots gravitent :

  1. Biographe : l’auteur de biographies, ou de la biographie d’une personne précise.
  2. Biographique : relatif à la biographie, comme dans « notice biographique ».
  3. Autobiographie : même radical, précédé de auto-, « soi-même ». En France, le mot apparaît en 1838.
  4. Biopic : contraction de l’anglais biographical picture. La terminologie officielle française propose « film biographique », avec « biofilm » pour synonyme.

Le verbe biographier complète la série. Voilà pour la parenté.

Biographie vaut 18 points au Scrabble

Le calcul tient en une ligne. B (3) + I (1) + O (1) + G (2) + R (1) + A (1) + P (3) + H (4) + I (1) + E (1) = 18 points, hors cases bonus. Quelles lettres pèsent le plus ? Le H, le B et le P. À eux trois, ils pèsent 10 points. Les sept autres lettres n’en rapportent que 8.

De Plutarque à Zweig, quelques biographies célèbres

Tout commence, ou presque, avec Plutarque. Ses Vies parallèles réunissent cinquante biographies, dont quarante-six forment des paires : un Grec, un Romain. Alexandre face à César, Démosthène face à Cicéron. Que cherchait-il ? Des caractères, pas des dates. Plutarque l’affirme lui-même : il ne veut pas faire œuvre d’historien. Il peint des hommes.

Mais Suétone prend un autre chemin. Secrétaire de l’empereur Hadrien, il fouille les archives de l’État et les lettres privées. Sa Vie des douze Césars rassemble les biographies de Jules César et des onze premiers empereurs. Il y glisse des détails parfois sordides. Résultat : des empereurs sans fard.

Puis vient Zweig. Sa Marie-Antoinette, parue en 1932, est traduite en quatorze langues dès la même année. Il consacre aussi une biographie à Magellan.

💡 Astuce

Choisissez votre première lecture selon ce que vous cherchez. Envie d’un portrait moral des grands hommes ? Plutarque. Envie des détails de la vie privée des empereurs ? Suétone. Envie de suivre une reine jusqu’à la Révolution ? Zweig. Chacun de ces auteurs poursuit un but différent, et ce but détermine le plaisir de lecture.

À vous de choisir quelle vie ouvrir en premier.