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Pourquoi le 8 mai est férié ?Pourquoi le 8 mai est férié ?

Publié le 09/09/2026
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Un vendredi de mai, les cloches sonnent dans toute la France. Nous sommes le 8 mai, et pourtant, peu de Français savent pourquoi ce jour reste chômé depuis 1981 seulement. Entre capitulation allemande, reculs politiques et mémoire coloniale occultée, l’histoire de cette date est bien plus mouvementée qu’il n’y paraît.

Ce qu’il faut retenir

  • Le 8 mai commémore la capitulation allemande signée à Reims et Berlin.
  • Ce jour n’est férié que depuis 1981, après plusieurs suppressions.
  • La Russie célèbre la victoire le 9 mai, pas le 8.
  • Le même jour, la répression de Sétif et Guelma frappe l’Algérie.
  • Un 8 mai tombant le week-end n’est jamais récupéré en France.

Une capitulation, pas un armistice

Vous avez sans doute entendu parler d’un armistice signé en 1945. C’est faux. Contrairement à 1918, l’Allemagne nazie n’a rien négocié : elle a capitulé sans condition. La nuance compte. Un armistice suspend des combats entre deux parties qui discutent encore ; une capitulation acte, elle, une reddition totale, sans contrepartie.

Dans la nuit du 6 au 7 mai 1945, à Reims, le général allemand Alfred Jodl signe ce texte au nom d’un Reich en ruines. Un acte historique. La capitulation allemande doit officiellement prendre effet le lendemain, le 8 mai, à 23h01.

Quatre nations sont représentées lors de cette signature nocturne :

  • les États-Unis, par le général Bedell-Smith ;
  • le Royaume-Uni, par le général Morgan ;
  • l’Union soviétique, par le général Sousloparov ;
  • la France, par le général Sevez.

Mais Staline s’agace. Il exige une seconde signature, à Berlin, sur le sol même du Reich vaincu.

« La guerre est gagnée. Voici la victoire. »
— Charles de Gaulle, message radiophonique du 8 mai 1945

Résultat : la ratification berlinoise a lieu si tard dans la nuit qu’elle bascule déjà, côté moscovite, sur la journée du 9 mai. Un simple décalage horaire. Voilà pourquoi la Russie commémore un jour plus tard que la France.

Un jour férié acquis, perdu, puis retrouvé

Le 8 mai 1945 est fêté spontanément, dans la liesse. Mais entre l’euphorie populaire et le statut légal, il s’écoule huit longues années. Ce décalage étonne encore aujourd’hui.

1953 : la loi que réclamaient les anciens combattants

Dès 1946, le 8 mai devient une date de commémoration officielle. Chômé, il ne l’est pas encore. Il faudra attendre la loi du 20 mars 1953, votée sous la pression des associations d’anciens combattants et de déportés, pour qu’il devienne enfin férié, chômé et payé.

Deux présidents, deux reculs

Six ans plus tard, tout bascule. En 1959, le général de Gaulle supprime son caractère férié. Motif officiel ? Éviter de multiplier les jours chômés du mois de mai. Motif réel ? Ne pas indisposer une Allemagne fédérale devenue partenaire de la construction européenne naissante. La cérémonie est alors déplacée au deuxième dimanche de mai.

Puis vient 1975. Valéry Giscard d’Estaing va plus loin encore : il supprime purement et simplement la commémoration officielle. La réconciliation franco-allemande prime, selon lui, sur le souvenir. Un tollé chez les anciens combattants s’ensuit aussitôt.

Le retour définitif sous Mitterrand

François Mitterrand tranche en 1981. Le 8 mai redevient férié, chômé, et le reste depuis. Quarante-cinq ans plus tard, aucun gouvernement n’a osé y retoucher.

Année Statut du 8 mai Décision
1946 Commémoration simple, jour travaillé Reconnaissance officielle sans caractère férié
1953 Jour férié, chômé et payé Loi du 20 mars 1953
1959 Statut férié supprimé Décret pris sous le général de Gaulle
1975 Commémoration officielle supprimée Décision de Valéry Giscard d’Estaing
1981 Jour férié rétabli définitivement Loi votée sous François Mitterrand

Ce que révèle ce va-et-vient politique

Ce zigzag législatif n’a rien d’un hasard. Observez les dates de plus près.

⚠️ Remarque
Les deux suppressions de 1959 et 1975 précèdent ou suivent de peu une étape clé de la construction européenne : le rapprochement franco-allemand pour la première, le lancement du Conseil européen pour la seconde. Le symbole ne trompe pas. Dans les deux cas, le geste vise à ne pas raviver une plaie côté allemand, à un moment charnière pour la diplomatie. Le rétablissement de 1981 intervient à l’inverse, une fois ce climat apaisé.

Pourquoi ce bras de fer dure-t-il si longtemps ? Parce que mémoire et diplomatie obéissent à des temporalités opposées. L’une regarde en arrière ; l’autre construit l’avenir. Le 8 mai cristallise ce conflit depuis 1953.

L’autre 8 mai 1945, celui que la France a longtemps tu

Voici ce qu’on vous a probablement caché en classe. Ce même 8 mai 1945, à des milliers de kilomètres de Reims, l’Algérie française vit une tout autre journée. À Sétif, un défilé pacifique célébrant la victoire tourne au drame : un adolescent brandissant un drapeau algérien est abattu par les forces de l’ordre.

La répression qui suit s’étend à Guelma et à Kherrata. Elle dure sept semaines. Le bilan, encore disputé par les historiens, oscille entre plusieurs milliers et plusieurs dizaines de milliers de victimes civiles. Les massacres de Sétif, Guelma et Kherrata resteront occultés pendant des décennies, avant une première reconnaissance officielle française en 2005.

Une seule date, deux mémoires irréconciliables. D’un côté, la liesse de la victoire. De l’autre, le début d’une répression qui pèsera, dix ans plus tard, sur le déclenchement de la guerre d’Algérie. Comprendre le 8 mai, c’est aussi regarder cette face que l’on préfère souvent taire.

Trois confusions à ne plus commettre

Le 8 mai génère, chaque année, son lot de questions récurrentes. En voici trois, avec leur réponse.

8 mai contre 11 novembre : deux guerres, deux mémoires

Les deux dates se ressemblent en apparence : cérémonies, gerbes de fleurs, sonneries aux morts. Pourtant, elles n’ont rien à voir. Le 11 novembre commémore l’armistice de 1918, donc la Première Guerre mondiale. Le 8 mai célèbre la capitulation de 1945, donc la fin du second conflit. Un siècle entier les sépare.

8 mai et 9 mai, le piège du calendrier européen

🚫 Piège
Beaucoup confondent le 8 mai avec le 9 mai, Journée de l’Europe, qui commémore la déclaration Schuman de 1950. Cette dernière n’est pourtant pas fériée en France : c’est une date symbolique de l’Union européenne, sans statut légal de jour chômé. Deux dates consécutives, deux événements totalement distincts.

Un dimanche férié n’est jamais récupéré

Autre doute fréquent : que se passe-t-il quand le 8 mai tombe un samedi ou un dimanche ? Réponse courte : rien. Contrairement à certains pays voisins, la loi française ne prévoit aucun jour de récupération lorsqu’un jour férié coïncide avec un jour de repos hebdomadaire, sauf accord d’entreprise plus favorable.

💡 Astuce
Pour ne plus jamais confondre ces trois dates, retenez-les dans l’ordre du calendrier : 8 mai, capitulation ; 9 mai, Europe ; 11 novembre, armistice. Trois dates, trois mémoires, un seul réflexe à garder : vérifier l’année de l’événement avant d’en parler.

Chaque 8 mai, la mémoire a la vie dure. Elle resurgit, année après année, portée par des cérémonies simples mais chargées de sens. Comprendre son histoire chaotique, c’est mesurer combien la paix, en France, ne s’est jamais imposée d’elle-même.