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Le 14 décembre 1972, un homme grimpe une échelle. Il ne le sait pas encore, mais c’est la dernière fois. Depuis, personne n’a reposé le pied sur la Lune. Plus d’un demi-siècle s’est écoulé. Comment expliquer un tel silence, après une conquête aussi fulgurante ?
Ce qu’il faut retenir
- Apollo 17 reste la dernière mission humaine posée sur la Lune, en 1972.
- Le programme Artemis promet un retour, mais accumule les reports depuis 2021.
- Artemis II a survolé la Lune en 2026, sans y atterrir réellement.
- L’alunissage habité est repoussé à la mission Artemis IV, vers 2028.
- Le retard vient surtout du ravitaillement orbital complexe de Starship.
1972, l’année où l’humanité a tourné le dos à la lune
Imaginez la scène. Trois astronautes. Un module lunaire baptisé Challenger. Et une mission qui va, sans le savoir personne à l’époque, clore un chapitre entier de l’histoire spatiale. Apollo 17 décolle le 7 décembre 1972 et se pose trois jours plus tard sur le site de Taurus-Littrow. Eugene Cernan et Harrison Schmitt y passent plus de vingt-deux heures en sorties extravéhiculaires. Ils collectent 110 kilogrammes de roches lunaires. Un record.
Mais ce n’est pas tout. Avant de remonter dans le module, Cernan prononce une phrase restée célèbre.
« Nous partons comme nous sommes venus et, si Dieu le veut, nous reviendrons, avec paix et espoir pour toute l’humanité. »
Cette promesse, personne ne l’a encore tenue. Cernan reste, à ce jour, le dernier être humain à avoir foulé un sol autre que terrestre.
Pourquoi cinquante ans de silence lunaire ?
La réponse tient en un mot : la priorité a changé. La course à la Lune répondait à un objectif politique précis, fixé par Kennedy en 1961. Une fois le drapeau planté, l’urgence retombe. Les budgets suivent la même courbe. La NASA voit ses crédits fondre dès le début des années 1970, réorientés vers la navette spatiale puis vers la station orbitale.
Résultat : un vrai désintérêt politique. La Lune cesse d’être un enjeu de prestige. Elle devient un décor déjà visité, presque banal aux yeux des décideurs. Curieusement, c’est cette banalisation qui explique le silence, bien plus que l’absence de technologie. Les ingénieurs savaient déjà y retourner en 1975. Ils n’en avaient simplement plus le mandat.
Chaque nouvelle annonce d’alunissage Artemis a reculé d’environ un an par rapport à la précédente, année après année, depuis 2021. Cette régularité n’a rien d’accidentel : elle traduit un empilement de dépendances techniques (ravitaillement orbital, atterrisseur, combinaisons spatiales) dont chaque retard se répercute sur tous les suivants.
Artemis, la promesse d’un retour sans cesse repoussée
Le programme Artemis III devait, à l’origine, ramener des astronautes sur le sol lunaire. Ce ne sera pas le cas. La mission a d’abord glissé de 2024 à 2025, puis à septembre 2026. En mai 2026, nouveau coup de théâtre : son objectif même est redéfini. Artemis III ne sera plus une mission d’alunissage, mais un simple test en orbite terrestre basse.
Pourquoi un tel changement de cap ? La faute revient en grande partie à Starship, l’atterrisseur lunaire développé par SpaceX. Ce vaisseau doit se ravitailler en carburant en orbite, une manœuvre jamais réalisée à cette échelle. Une dizaine de vols cargo seraient nécessaires avant chaque tentative. Autant dire un casse-tête logistique. L’arrivée de Jared Isaacman à la tête de la NASA, en février 2026, a également rebattu les cartes du calendrier.
Le premier alunissage habité est désormais promis pour la mission Artemis IV, aux alentours de 2028. Sous réserve, bien sûr, de nouveaux ajustements. L’histoire récente du programme incite à la prudence.
Beaucoup pensent qu’Artemis II a déjà ramené des astronautes sur la Lune. C’est faux. Cette mission, lancée en avril 2026, s’est limitée à un survol circumlunaire, sans aucun alunissage. La confusion vient du battage médiatique autour du lancement, souvent présenté comme un « retour » à tort.
Apollo 17 face à Artemis III : deux ambitions, deux réalités
Comparer ces deux missions révèle un écart frappant entre l’audace des années 1970 et la prudence actuelle.
| Critère | Apollo 17 (1972) | Artemis III (statut 2026) |
|---|---|---|
| Objectif | Alunissage habité | Test en orbite terrestre basse |
| Équipage sur la Lune | 2 astronautes | Aucun (report vers Artemis IV) |
| Durée sur le sol lunaire | Environ 75 heures | Non applicable |
| Échantillons rapportés | 110 kg de roches | Non applicable |
Un retour humain, mais quand exactement ?
Cette question revient sans cesse. Réponse courte : personne ne le sait avec certitude. Les experts du Government Accountability Office évoquaient déjà, il y a près de deux ans, un possible glissement jusqu’en 2028. Ils avaient vu juste.
La difficulté ne tient pas à un seul obstacle. Elle tient à leur accumulation. Un lanceur géant encore jamais qualifié pour un alunissage automatique. Un ravitaillement orbital jamais démontré à cette échelle. Une capsule Orion dont le bouclier thermique a nécessité des enquêtes approfondies. Chaque maillon fragilise toute la chaîne.
Là où cela devient fascinant, c’est dans le parallèle avec Apollo lui-même. La NASA reproduit aujourd’hui, presque à l’identique, la méthode incrémentale des années 1960 : qualifier chaque système séparément avant de tenter l’exploit final. Une sorte de retour aux sources méthodologique, cinquante ans après.
Alors, personne ne remarchera sur la Lune de sitôt ? Pas forcément. Mais l’histoire récente d’Artemis enseigne une chose : mieux vaut suivre les annonces avec un scepticisme mesuré. La conquête spatiale avance, mais rarement à l’heure prévue.











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