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📋 Sommaire
Le photographe lève son appareil. Un silence, puis ce mot que tout le monde connaît. « Cheese » chez les anglophones, « ouistiti » chez nous. Et soudain, les visages se plissent en un sourire. Pourtant, ni le fromage ni le petit singe n’ont le moindre lien avec une photo. Alors pourquoi ces mots-là ? La réponse mêle un journal texan de 1943, la forme de votre bouche et l’histoire d’un géant de la pellicule.
Ce qu’il faut retenir
- Première trace de « cheese » connue : 1943, dans un journal texan.
- « Ouistiti » vient probablement d’une onomatopée, le cri du petit singe.
- Le son « i » étire les lèvres et dessine un sourire.
- Certains studios anciens demandaient « prunes » pour resserrer la bouche.
- Beaucoup de pays lancent un mot absurde : patata, kimchi, omelett.
« Say cheese » : un mot tombé du Texas en 1943
Remontons le fil. La plus ancienne trace imprimée que les chercheurs aient retrouvée date de 1943. Elle apparaît dans le Big Spring Daily Herald, un quotidien du Texas. L’article y rapporte l’astuce de Joseph E. Davies, ancien ambassadeur américain en Union soviétique, pour afficher un air aimable en toutes circonstances. Une recette de politicien.
« Dites simplement “cheese”. C’est un sourire automatique. »
— Joseph E. Davies, Big Spring Daily Herald, 1943 (traduction libre)
Le journal présente cette formule comme une nouveauté. Indice précieux : elle ne circulait sans doute pas depuis longtemps. Mais qui l’avait soufflée à Davies ? Un homme politique resté anonyme. Certains songent à Franklin Roosevelt. Rien ne le prouve.
Du pruneau au fromage : quand la consigne change de camp
Rembobinons encore. À ses débuts, le daguerréotype réclamait vingt à trente minutes d’immobilité. Dès 1841, les progrès ramènent le portrait sous la minute. Les sourires, eux, se font attendre. Pendant des décennies, les modèles posent bouche close, comme s’ils passaient devant un notaire. Certains studios auraient même demandé de dire « prunes », un mot qui resserre les lèvres.
| Mot | Origine rapportée | Effet sur la bouche |
|---|---|---|
| prunes | Studios victoriens, selon la tradition | Lèvres serrées, bouche minuscule |
| cheese | Presse texane, 1943 | Lèvres étirées, dents visibles |
| ouistiti | Usage français, date inconnue | Lèvres arrondies puis étirées |
Puis Kodak entre en scène. L’appareil de George Eastman sort en 1888, avec un slogan resté célèbre : vous appuyez sur le bouton, la firme s’occupe du reste. En 1900, le Brownie se vend un dollar. La photo descend dans les jardins et les fêtes de famille. Dans un article de 2005, l’universitaire Christina Kotchemidova relie le sourire de l’instantané à cette stratégie : vendre la photographie comme un loisir joyeux. Mais Kodak n’a probablement pas inventé la formule, puisque ses publicités ne l’employaient pas.
⚠️ Remarque
Les dates racontent une histoire à l’envers. La culture du sourire
d’instantané, que Kotchemidova rattache à Kodak, précède d’au moins
quatre décennies la plus ancienne trace du « cheese ». Déduction :
le mot a probablement servi à nommer une habitude, pas à
l’inventer. Une première trace imprimée ne prouve jamais une
naissance.
Ouistiti, la parade française et son énigme
Côté français, le Dictionnaire de l’Académie française date le mot du XVIIIe siècle. Il le dit probablement formé sur une onomatopée et le définit comme un petit singe d’Amérique du Sud. Buffon l’expliquait déjà par le cri de l’animal. Le mot imite donc le singe qui piaille. Et la photo, dans tout ça ? Aucune date connue.
Les sources consultées ne datent pas l’emploi photographique de « ouistiti » et n’en désignent aucun inventeur. Inutile de broder une légende. Un magazine comme Connexion France note simplement que les Français demandent de singer le marmouset en lançant ce mot.
Trois « i » et un sourire : ce que fait votre bouche
Prononcez-le lentement. Le « ou » arrondit les lèvres. Puis le son « i » revient, et revient encore. Il apparaît trois fois dans le mot. Or les linguistes décrivent ce « i » comme une voyelle antérieure non arrondie, difficile à produire sans étirer les lèvres. C’est aussi le son qui termine « cheese ».
Voilà notre déduction : « ouistiti » et « cheese » actionnent le même levier. Mais aucune source ne prouve que les photographes français l’aient choisi pour cette raison. Lecture phonétique, pas fait daté.
Et « dites fromage » ? Il tombe à plat. Sa dernière syllabe ouvre la mâchoire au lieu d’étirer les lèvres, ce qui ne dessine aucun sourire.
💡 Astuce
Pour un sourire qui sonne juste, préférez un mot cocasse terminé
par « i » à l’ordre « souriez ». « Kiwi » ou « ouistiti » combinent
deux ressorts : la forme de la bouche et l’effet de surprise. Le
rire fait le reste.
Patata, kimchi, omelette : le monde entier a son mot
Les Anglophones n’ont pas le monopole de la manœuvre. Partout, des photographes lancent un mot choisi pour sa sonorité ou pour son absurdité. Pourquoi tant de mots farfelus ? Parce que l’absurde fait rire, et qu’un rire vaut mieux qu’une grimace.
| Langue | Mot lancé | Sens littéral |
|---|---|---|
| Anglais | cheese | fromage |
| Français | ouistiti | petit singe |
| Espagnol (Espagne) | patata | pomme de terre |
| Coréen | kimchi | plat de légumes fermentés |
| Chinois (mandarin) | qiézi | aubergine |
| Suédois | omelett | omelette |
| Danois | appelsin | orange |
| Russe | izium | raisins secs |
| Persan | sib | pomme |
Le site de référence Omniglot repère trois ressorts : une voyelle qui force le sourire, un son voisin, ou un mot qui amuse. Un détail frappe dans ce tableau. La plupart des mots contiennent le son « i ». Pas tous, mais assez pour que le hasard peine à l’expliquer.
🚫 Piège
Chercher un lien de sens entre le mot et la photo. Beaucoup se
demandent quel rapport unit le fromage ou le singe à un cliché.
Aucun, selon les spécialistes des expressions : aucun lien littéral
n’a jamais été trouvé avec le fromage. La cause de l’erreur ? Notre
cerveau réclame une logique là où seul le son travaille.
Vos questions, nos réponses
Qui a inventé « say cheese » ?
Personne ne le sait. La première trace connue remonte à 1943, mais une première trace n’est pas une naissance. L’inventeur reste dans l’ombre.
Kodak a-t-il lancé la formule ?
Probablement pas. Kodak a contribué à répandre le sourire de l’instantané, mais ses supports publicitaires n’employaient pas la formule. Le lien reste indirect.
Souriait-on dans les premiers portraits ?
Rarement. Entre les poses interminables et les codes de dignité de l’époque, la bouche restait close pendant des décennies.
Retenez ceci : un mot absurde, une voyelle qui étire les lèvres, et votre visage obéit avant que vous ayez réfléchi. La prochaine fois que le déclic approche, souvenez-vous que vous venez de sourire jusqu’aux oreilles sur commande. Un tour de passe-passe vieux de plusieurs générations.











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