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Les 10 plaies d’Égypte : liste, ordre et explicationsLes 10 plaies d’Égypte : liste, ordre et explications

Publié le 16/10/2026
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Imaginez : vous puisez de l’eau dans le Nil, et elle tourne au sang. Quelques jours plus tard, des grenouilles envahissent votre lit. Puis le ciel s’éteint pendant trois jours. Voilà, en raccourci, le récit des 10 plaies d’Égypte. Un épisode célèbre, rarement détaillé : qui frappe quoi, dans quel ordre, et pourquoi dix ? Plaie après plaie, vous allez le découvrir.

Ce qu’il faut retenir

  • Les dix plaies frappent l’Égypte dans le livre de l’Exode.
  • Elles forment trois séries de trois, puis une dixième plaie à part.
  • Pharaon ne cède qu’après la mort des premiers-nés.
  • Gosen et les Hébreux sont épargnés dès la quatrième plaie.
  • Des explications naturelles existent, mais aucune preuve archéologique ne confirme le récit.

Les 10 plaies d’Égypte : un récit tiré du livre de l’Exode

Les dix plaies d’Égypte désignent dix fléaux que Dieu abat sur l’Égypte, dans le livre de l’Exode, aux chapitres 7 à 12. Leur but : forcer Pharaon à libérer les Hébreux, qu’il retient en esclavage. Mais Pharaon résiste. Dès sa première rencontre avec Moïse et Aaron, il leur lance ce défi :

Qui est l’Éternel, pour que j’obéisse à sa voix ?
— Exode 5:2

Pourtant, le texte se lit sur deux registres. Le premier parle de « plaies », donc de coups portés à un roi et à son peuple. Le second insiste sur les « signes et prodiges », autrement dit sur une démonstration de force. Une tradition talmudique pousse l’idée très loin : la plus humble des servantes aurait vu, à ce moment-là, davantage de signes que le prophète Ézéchiel. Saisissant.

Quel pharaon affronte Moïse ? La tradition retient Ramsès II, qui régna de 1279 à 1213 av. J.-C. Pourquoi lui ? Parce que l’Exode cite Pithom et Ramsès parmi les villes-entrepôts du souverain. Un indice, pas une preuve.

Dix fléaux, trois séries : la mécanique cachée du récit

Là où l’on attendrait un chaos, la liste se découpe en trois séries de trois plaies, suivies d’une dixième qui joue sa propre partition. Les neuf premières gagnent en intensité à chaque tour. Elles préparent le coup final, la seule plaie que Dieu exécute sans intermédiaire.

Mais pourquoi dix ? Question de composition. Plusieurs biblistes y lisent un montage littéraire : neuf plaies en préparent une dixième, que certains tiennent pour la seule plaie d’origine.

Autre détail troublant : qui agit ? Aaron d’abord. Il frappe le Nil de son bâton, étend la main sur les eaux, puis frappe la poussière. Moïse prend ensuite le relais, à partir de la sixième plaie. Il jette de la cendre, tend son bâton vers le ciel, lève les bras, étend la main. La dixième plaie, elle, échappe aux deux frères.

Pendant ce temps, Pharaon marchande. Après les grenouilles, il promet la liberté, puis se rétracte. Avec les taons, il accepte une sortie à condition que les Hébreux ne s’éloignent pas trop. La grêle lui arrache un aveu : il reconnaît avoir péché. Les sauterelles l’amènent à proposer que seuls les hommes partent. Les ténèbres, à garder les troupeaux en gage. Dès que le fléau s’éloigne, son cœur de pierre reprend le dessus. Seule la dixième plaie le brise : il ordonne alors à Moïse et à Aaron de partir, dans la nuit même.

Et les verbes ? Ils racontent autre chose. Tantôt le cœur de Pharaon « s’endurcit » de lui-même. Tantôt Pharaon l’endurcit. À la sixième plaie, le narrateur en attribue la cause à l’Éternel (Exode 9:12). Certains spécialistes y reconnaissent un procédé littéraire de mise en scène plutôt qu’une mécanique.

💡 Astuce

Pour retenir l’ordre, empruntez le moyen mnémotechnique de la Haggadah de Pessah : trois mots, Detzakh, Adash, Beachav (transcription simplifiée). Chaque lettre reprend l’initiale hébraïque d’une plaie, dans l’ordre. Le premier mot couvre les trois premières plaies, le deuxième les trois suivantes, le dernier en réunit quatre, dont la dixième. Ce découpage 3-3-4 colle à la structure du récit : trois séries de trois, puis une plaie à part. La tradition attribue ce procédé à Rabbi Yehuda.

Quelles sont les 10 plaies d’Égypte, dans l’ordre ?

D’abord, un tableau récapitule les dix plaies, avec leur nom hébreu et le passage biblique correspondant (numérotation de la Bible Segond). Ensuite, des paragraphes les détaillent une à une.

N° Plaie Nom hébreu Passage Ce qui est frappé
1 Eau changée en sang Dam Exode 7:14-25 Le Nil et toutes les eaux
2 Grenouilles Tzefardeia Exode 8:1-15 Le pays et les maisons
3 Moustiques (ou poux) Kinim Exode 8:16-19 Hommes et bêtes
4 Taons (ou mouches) Arov Exode 8:20-32 Les maisons des Égyptiens
5 Peste du bétail Dever Exode 9:1-7 Chevaux, ânes, chameaux, bovins, moutons
6 Ulcères Shechin Exode 9:8-12 Hommes et bêtes
7 Grêle Barad Exode 9:13-35 Hommes, bêtes, récoltes, arbres
8 Sauterelles Arbeh Exode 10:1-20 Toute la végétation
9 Ténèbres Choshech Exode 10:21-29 Tout le pays, trois jours
10 Mort des premiers-nés Makkat Bechorot Exode 11 ; 12:29-36 Hommes et bêtes

L’eau et la poussière se retournent contre l’Égypte

1. Le Nil change en sang

D’abord, Aaron lève son bâton et frappe l’eau du fleuve, sous les yeux de Pharaon. Tout vire au sang, jusque dans les récipients de bois et de pierre. Les poissons meurent. Le fleuve empeste. Impossible de boire. Le fléau dure sept jours. Les magiciens du royaume reproduisent le prodige, et Pharaon ne bouge pas.

2. Des grenouilles jusque dans les pétrins

Cette fois, Aaron étend la main sur les eaux. Les grenouilles montent du fleuve. Elles gagnent les chambres, les lits, les fours, les pétrins. Les magiciens en font autant, ce qui n’arrange rien. Effrayé, Pharaon supplie Moïse et Aaron de prier pour que cela cesse et promet la liberté au peuple. Puis il se rétracte.

3. Quand la poussière devient vermine

Puis Aaron frappe la poussière du sol. Elle se change en moustiques, que certaines traductions préfèrent appeler poux, et ceux-ci s’abattent sur les hommes et sur les bêtes. Cette fois, les magiciens échouent. Leur verdict tombe, sans appel :

C’est le doigt de Dieu !
— Exode 8:19

Pourtant, Pharaon n’en tient aucun compte.

Les bêtes et la peau : le mal gagne les corps

4. Les taons et la frontière de Gosen

Ensuite, des essaims de taons remplissent les maisons des Égyptiens. Certains traducteurs parlent de mouches, car le terme hébreu arov reste ambigu. Le texte annonce ici, noir sur blanc, une mise à l’écart : Dieu fera la différence pour le pays de Gosen, où vivent les Hébreux. Une frontière invisible.

Les Hébreux subissent-ils donc les fléaux ? Pas à partir de la quatrième plaie. Pour les trois premières, les commentateurs divergent : Ibn Ezra pense que les Israélites en ont souffert, Nahmanide que seuls les Égyptiens ont été touchés. Pharaon, lui, propose un compromis : sacrifier, oui, mais sans partir trop loin. Moïse prie, les insectes disparaissent, et le roi revient sur sa parole.

5. Le bétail frappé de peste

Mais la série continue : une peste foudroie les chevaux, les ânes, les chameaux, les bovins et les moutons des Égyptiens. Le bétail des Israélites reste intact. Le coup vise l’économie, mais aussi les croyances : la tradition juive rappelle que les Égyptiens regardaient certains de ces animaux comme des dieux. Pharaon, lui, garde le cœur dur.

6. Des ulcères que même les magiciens subissent

Désormais, Moïse jette de la cendre de fournaise vers le ciel, devant Pharaon. Elle se change en fine poussière et provoque des ulcères sur les hommes et sur les bêtes. Les magiciens ne parviennent plus à se tenir devant Moïse : ils souffrent des mêmes ulcères que tous les Égyptiens. À ce stade, le narrateur écrit que l’Éternel endurcit le cœur de Pharaon.

⚠️ Remarque

Les magiciens d’Égypte reculent plaie après plaie. Ils imitent le sang (Exode 7:22), puis les grenouilles (Exode 8:7). Ils échouent pour les moustiques (Exode 8:18) et reconnaissent alors un doigt divin. À la sixième plaie, ils ne tiennent même plus debout devant Moïse, frappés d’ulcères comme tout le monde (Exode 9:11). Leur rôle suit une pente nette : copie, aveu, défaite. Ce déclin sert le but du récit : montrer le Dieu d’Israël plus puissant que les prêtres de l’Égypte.

Le ciel s’en mêle : orage, nuée, obscurité

7. Grêle et feu tombés du ciel

Puis vient la grêle. Moïse prévient Pharaon : elle sera sans précédent. Il invite les Égyptiens à mettre leur bétail à l’abri. Certains obéissent. D’autres laissent leurs serviteurs et leurs troupeaux dans les champs. Moïse tend son bâton vers le ciel. Le tonnerre gronde, la grêle s’abat, et le feu court sur le sol. Gosen reste épargné. Pharaon avoue avoir péché. L’orage passé, il durcit de nouveau.

8. Des sauterelles pour finir le travail

Cependant, les conseillers de Pharaon le supplient de céder. Lui marchande : seuls les hommes partiront. Moïse refuse. Un vent d’est amène alors des sauterelles qui couvrent la terre et dévorent tout ce que la grêle avait épargné. Un vent d’ouest les pousse ensuite vers la mer. Soulagé, Pharaon reprend sa parole.

9. Trois jours de ténèbres

Alors Moïse tend la main vers le ciel. Des ténèbres si épaisses qu’on pourrait les toucher couvrent l’Égypte pendant trois jours. Personne ne se lève de sa place. Chez les enfants d’Israël, la lumière demeure. Pharaon tente un nouveau marchandage : le peuple peut partir, mais les troupeaux restent en gage. Moïse refuse, et le roi le chasse en le menaçant de mort s’il reparaît.

La dixième plaie, celle qui change tout

Moïse l’annonce à Pharaon : vers le milieu de la nuit, tous les premiers-nés d’Égypte mourront. Du fils du roi sur son trône à celui de la servante qui tourne la meule, sans oublier ceux du bétail. C’est l’unique plaie que Dieu exécute directement, sans bâton ni geste de Moïse. Le texte en précise l’enjeu : un jugement contre tous les dieux de l’Égypte (Exode 12:12).

De leur côté, les Israélites reçoivent une consigne : marquer de sang d’agneau les montants de leurs portes. La mort passera par-dessus ces maisons. Le geste demande du courage, car la tradition juive rappelle que l’agneau était un animal sacré pour les Égyptiens. Telle est l’origine de la fête de la Pâque, célébrée chaque année en souvenir de la délivrance.

Au milieu de la nuit, un cri monte de chaque maison. Le fils aîné du détenu, au fond de sa prison, n’y échappe pas non plus. Pharaon convoque Moïse et Aaron dans la nuit même et leur ordonne de partir avec leur peuple. L’homme inflexible vient de plier.

🚫 Piège

Ajouter la traversée de la mer Rouge à la liste, comme une onzième plaie. Le récit en est la cause. Pharaon cède après la mort de son fils aîné, puis se ravise et lance ses chars à la poursuite des Hébreux. Les deux épisodes s’enchaînent sans coupure, mais la mer Rouge ne fait pas partie des dix plaies.

Science contre miracle : que valent les explications naturelles ?

Depuis longtemps, des chercheurs tentent de ramener les plaies à des phénomènes naturels. Leur idée maîtresse : un effet domino. Une catastrophe en déclencherait une autre, puis une autre encore. L’épidémiologiste John Marr a même bâti une « théorie des dominos » pour expliquer les dix plaies dans l’ordre.

Pour le sang, l’hypothèse la plus citée voit une efflorescence algale : des algues rouges prolifèrent, teintent le fleuve et privent l’eau d’oxygène, au point d’asphyxier les poissons. Les grenouilles fuiraient ensuite ces eaux viciées. Leur disparition libérerait les insectes, qui contamineraient à leur tour le bétail, puis les hommes.

Pourtant, un coupable global se dégage : le volcan. Des scientifiques relient toute la série à l’éruption minoenne, celle du volcan de Théra, à Santorin, à environ 700 kilomètres des côtes égyptiennes. Un nuage de cendres toxiques aurait acidifié les eaux du Nil et chassé les grenouilles. Des orages chargés de cendres expliqueraient la grêle. Un seul événement suffit-il à tout expliquer ? Rien ne l’établit.

Le calendrier complique tout. Les datations de l’éruption convergent vers une période comprise entre 1628 et 1600 av. J.-C. Le récit de l’Exode, lui, se situe vers 1300 av. J.-C. Soit trois siècles d’écart. Relier les deux obligerait à recalculer la chronologie de toute l’époque. Faute de textes précis, aucune corrélation indiscutable n’existe d’ailleurs entre l’éruption et les mythes qu’on voudrait lui rattacher.

Ensuite, un tableau résume les principales hypothèses, avec leurs limites.

Plaie Hypothèse naturelle avancée Précision ou limite
Sang Algues rouges, crue du Nil chargée de limon rouge, ou conséquences d’une éruption Plusieurs causes concurrentes sont proposées
Grenouilles Fuite hors d’eaux polluées et toxiques Hypothèse liée à celle de la première plaie
Moustiques Prolifération d’insectes après la disparition des grenouilles, leurs prédateurs Le mot hébreu peut désigner moustiques, poux ou puces
Taons Mouches piqueuses, des stomoxes selon Marr et Malloy (1996) Le terme arov reste ambigu
Peste du bétail Peste bovine, maladie aujourd’hui éradiquée Déclarée éradiquée en 2010
Ulcères Variole, dont des cicatrices apparaissent sur des momies D’autres maladies sont aussi évoquées
Grêle Orage de grêle et de foudre, ou orage de cendres volcaniques Lien avec l’éruption minoenne discuté
Sauterelles Fortes pluies favorisant la multiplication des insectes Hypothèse défendue par Siro Trevisanato
Ténèbres Tempête de sable, cendres volcaniques ou éclipse du 5 mars 1223 av. J.-C. La lumière restée chez les Hébreux affaiblit l’hypothèse de l’éclipse
Premiers-nés Moisissures et mycotoxines dans des réserves de grain servies d’abord aux aînés Théorie controversée

Un cas résiste mieux que les autres : la dixième plaie. Pourquoi les seuls aînés ? L’hypothèse des moisissures s’appuie sur une pratique de survie : en période de disette, on nourrit d’abord l’aîné. L’égyptologue Christopher Naunton rappelle d’ailleurs que, dans la culture égyptienne, l’aîné passait en priorité. Reste que la thèse divise encore.

Histoire, mémoire ou symbole : ce que disent les spécialistes

Pourtant, aucune trace archéologique égyptienne de cette période ne confirme la présence des Hébreux en Égypte. Les spécialistes de la Bible rappellent aussi que les Écritures juives ont été rédigées pour la première fois vers 600 av. J.-C., puis remaniées au fil du temps. Alors, reportage ou récit pédagogique ? Plusieurs biblistes optent pour le second.

Le texte lui-même trahit un travail d’assemblage. Il superpose des strates rédactionnelles, sacerdotales et non sacerdotales. Les Psaumes reprennent l’épisode, mais pas toujours dans le même ordre : le Psaume 105 évoque les ténèbres avant le sang. L’ordre des plaies n’a donc rien d’immuable.

D’où vient alors ce récit ? Plusieurs pistes se croisent. Il pourrait garder la mémoire populaire de calamités naturelles étalées sur des siècles. Il pourrait aussi s’inspirer des traités de vassalité assyriens du VIIIe siècle av. J.-C., où les malédictions sanctionnaient la conduite du vassal. Certains y lisent enfin une revanche symbolique contre le pharaon Nékao II, qui avait tué le roi Josias.

Mais l’enjeu reste théologique. Le récit raconte la victoire du Dieu d’Israël sur la puissance suprême de l’époque et sur son souverain, que l’on tenait pour un être divin. Les dix plaies démontrent que ce Dieu l’emporte sur les prêtres comme sur les dieux de l’Égypte.

Et l’influence dépasse largement la religion. Haendel consacre la seconde partie de son oratorio Israel in Egypt (1739) aux dix plaies. Cecil B. DeMille les met en scène dans Les Dix Commandements (1956). Metallica les raconte, en 1984, du point de vue de l’Ange de la mort dans Creeping Death. Dix fléaux, des siècles d’échos. Pharaon a cédé au dixième round. Le récit, lui, tient toujours.