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Amish : pourquoi refusent-ils l’électricité du réseau ? ⚡Amish : pourquoi refusent-ils l’électricité du réseau ? ⚡

Publié le 15/10/2026
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Vous branchez votre téléphone chaque soir, sans y penser. Une famille amish de Pennsylvanie, elle, a multiplié les recours pour éviter une pompe électrique. En janvier 2018, une cour lui a donné tort : sa maison rejoindra l’égout grâce à ce dispositif. Mais pourquoi les Amish refusent-ils l’électricité du réseau, eux qui exploitent batteries, moteurs diesel et panneaux solaires ? Religion, histoire, contrôle des influences : les sources universitaires apportent des réponses précises.

Ce qu’il faut retenir

  1. Les Amish écartent le réseau public, pas toute forme d’énergie.
  2. Trois motifs : lien avec le monde, prise ouverte aux écrans, travail partagé.
  3. Batteries, diesel, solaire et air comprimé remplacent le courant du réseau.
  4. L’interdit à Lancaster date de 1920 au plus tard.
  5. Chaque district fixe son Ordnung : une mosaïque d’environ quarante affiliations.

Amish et électricité : un refus qui vise le fil, pas le courant

Refusent-ils donc toute électricité ? Non. La plupart des groupes écartent le réseau public de leurs maisons, mais beaucoup produisent leur courant autrement. Nuance capitale.

Ainsi, le jugement de Pennsylvanie en donne un aperçu. Selon la cour, la pompe électrique offrait la solution la moins intrusive, car elle restait la seule praticable. Une juge dissidente voyait d’autres filières sanitaires, compatibles avec la liberté religieuse de la famille. L’arrêt, non publié, ne crée aucun précédent.

Autre détail : la cour a relevé que cette famille avait déjà utilisé des appareils électriques, téléphones compris. Sans être mise au ban. La règle varie donc d’un district à l’autre. Reste à comprendre le pourquoi.

Pourquoi les Amish refusent l’électricité du réseau public

Or, trois motifs reviennent dans les travaux universitaires. Aucun ne diabolise l’électricité. Les chercheurs du Young Center, rattaché à l’Elizabethtown College, rappellent que les Amish ne jugent pas la technologie mauvaise en soi. Ils craignent qu’une technologie laissée sans bride ronge leurs traditions et précipite l’assimilation.

Un câble tendu vers le monde

Premier motif : le symbole. Des lignes électriques jusqu’à la ferme relieraient physiquement la maison au monde extérieur. Or les Amish, nés en 1693 d’une scission au sein du mouvement anabaptiste, cultivent la mise à distance. Un verset du Nouveau Testament leur sert de boussole.

« Ne vous conformez pas au siècle présent, mais soyez transformés par le renouvellement de l’intelligence, afin que vous discerniez quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, agréable et parfait. »
Épître aux Romains, 12:2 (traduction Louis Segond)

Le message guide tout. Vivre dans le monde sans en épouser les habitudes : voilà la ligne.

Une prise murale, et tous les écrans entrent

Deuxième motif : la prise. Avec elle, n’importe quel appareil franchit le seuil du foyer. Télévision, radio, internet. Les parents amish veulent protéger leurs enfants de contenus qui heurtent leurs valeurs chrétiennes. Un simple fer à repasser les inquiète-t-il ? Rarement. La prise, elle, ouvre la porte à tout le reste.

Le poids du travail partagé

Troisième motif : la sueur commune. Conserves, ménage, cuisine : les familles amish accomplissent ces tâches ensemble. Trop d’appareils réduiraient ces occasions de travailler côte à côte. Les enfants y perdraient une école de l’effort, la communauté un peu de ciment. Mais l’histoire réserve une surprise.

💡 Astuce
Pour décoder une règle amish sur la technologie, posez trois questions : que relie cet objet à l’extérieur ? Quels contenus fait-il entrer à la maison ? Quel travail commun supprime-t-il ? Dès qu’une réponse inquiète, vous tenez la logique du refus.

Dès 1920, une règle qui prend racine à Lancaster

Pourtant, ce refus n’a pas toujours existé sous cette forme. Trois repères suffisent pour s’en convaincre.

  1. Vers 1909-1910 : environ un cinquième des Amish du Vieil Ordre du comté de Lancaster se détache. Ce groupe autorise le téléphone et le raccordement au réseau public.
  2. En 1920 au plus tard : les Amish de Lancaster interdisent le courant public dans leurs foyers.
  3. Fin des années 1920 : les Beachy Amish se séparent du courant principal pour adopter la voiture.

Lisez ces dates côte à côte. Elles suggèrent une règle née d’une querelle de voisinage autant que d’un traité de théologie. Théologie pure, alors ? Pas tout à fait. Selon Donald Kraybill, que cite Amish America, rejeter le courant public servait à se distinguer des Peachey Amish, plus libéraux, qui l’avaient adopté. Le fil électrique jouait le rôle d’une clôture. Un siècle plus tard, elle tient toujours.

⚠️ Remarque
Regardez ce que les Amish acceptent : l’électricité d’un stand de marché qu’ils louent, mais pas celle de leur maison. Ce détail trahit la logique : la règle vise la possession d’un raccordement durable, pas les électrons eux-mêmes. L’Ordnung distingue d’ailleurs souvent posséder et utiliser, comme pour l’employé qui se sert d’un ordinateur chez un employeur non amish.

Batteries, diesel, air comprimé : où naît leur courant ?

Sans réseau, d’où vient l’énergie ? De batteries, de moteurs, d’air. Dans certaines colonies, les batteries alimentent les feux de buggy, les calculatrices, les ventilateurs, les lampes torches et les caisses enregistreuses. Les chercheurs du Young Center soulignent l’intérêt de ce courant : local, maîtrisable, indépendant du monde extérieur.

Ce tableau compare les sources que citent les spécialistes.

Source d’énergie Usages cités Accueil selon les groupes
Réseau public Maison ; stand de marché loué Refusé à la maison par presque tous les groupes ; accepté par certains Amish dans un stand loué
Batteries Feux de buggy, calculatrices, ventilateurs, caisses enregistreuses Courantes ; certains groupes conservateurs préfèrent des lampes à pétrole sur leurs buggys
Groupe électrogène diesel et onduleur Lave-linge, outillage d’atelier, vaporisateur pour un enfant malade Fréquents ; refusés par les groupes les plus conservateurs, dont les Swartzentruber
Panneaux solaires Recharge de batteries, clôtures électriques, eau chaude, appareils ménagers Acceptés par certains groupes, pas par tous
Air comprimé et hydraulique Outils d’atelier, marteaux pneumatiques Entraînés par un moteur diesel ; écartés par les Swartzentruber
Gaz propane ou naturel Éclairage, réfrigérateurs Courants dans de nombreuses maisons

Là où le courant manque, un moteur diesel entraîne dans les ateliers des circuits d’air comprimé et d’huile sous pression. Cette énergie porte un surnom : l’électricité amish.

Sans onduleur, pas de lave-linge

Mais les batteries délivrent du 12 volts. Beaucoup d’appareils réclament du 110. L’onduleur comble l’écart en transformant un courant continu en courant alternatif. Générateur diesel, onduleur, lave-linge : la chaîne fonctionne sans le moindre fil vers la centrale.

Le solaire oui, l’iPod non

Enfin, le soleil recharge les batteries sans fil ni facture. En 2008, le Philadelphia Inquirer notait que les Amish achetaient plutôt de petits systèmes, entre 3 000 et 4 000 dollars. Les panneaux alimentent pompes à eau, lave-linge et lampes sur batterie. Pas question, en revanche, de recharger un iPod, une télévision ou un ordinateur portable. La ligne passe par l’usage. Reste une question : tous les groupes font-ils pareil ?

Environ quarante affiliations, autant de lignes rouges

Non. Chaque district tranche pour lui-même. Il rassemble en général de 20 à 40 foyers. Deux fois par an, avant la communion, ses membres revoient l’Ordnung et donnent leur accord. Le plus souvent, aucun texte imprimé ne fixe ces règles.

Qui décide, alors ? Pas l’évêque seul. Son pouvoir principal consiste à choisir les sujets soumis au vote. Il peut refuser d’ouvrir le débat sur une technologie. Mais la pression des membres finit par déplacer les lignes. Certains districts préfèrent patienter et observer l’effet d’une technologie chez le voisin.

Résultat : une mosaïque. Ce tableau donne quatre repères.

Groupe Position face à l’électricité
Peachey Amish (Lancaster, début du XXe siècle) Ont adopté le courant public
Vieil Ordre de Lancaster Courant public écarté des foyers ; batteries, diesel et solaire selon les districts
Swartzentruber Écartent générateur, hydraulique et pneumatique pour l’équipement ; recourent parfois à un arbre à courroies ; lampes à pétrole sur les buggys
Beachy Amish Utilisent l’automobile et l’électricité

🚫 Piège
Parler de « la » règle amish. La cause : du film Witness aux émissions de télé-réalité, une image unique a pris la place d’une mosaïque d’environ quarante affiliations du Vieil Ordre. Résultat : on prête aux Beachy les interdits des Swartzentruber, et inversement. Même deux districts voisins peuvent diverger.

Vos questions fréquentes sur les Amish et l’électricité

Les Amish ont-ils un réfrigérateur ?

Oui, le plus souvent au gaz, conçu pour eux ou adapté d’un modèle ordinaire. Les groupes plus conservateurs gardent une glacière, avec de la glace livrée ou taillée sur un étang gelé en hiver.

Un Amish peut-il utiliser l’électricité au travail ?

Parfois, mais hors de chez lui. Un employé peut se servir d’un ordinateur chez un employeur non amish, alors que l’Ordnung lui interdit d’en posséder un à la maison. Dans leurs ateliers, les Amish tolèrent d’ailleurs davantage de technologie qu’au foyer ou à l’école.

Une famille amish peut-elle acheter une maison déjà raccordée ?

Certaines églises accordent un délai de grâce, généralement de six mois à un an. La famille garde le courant le temps d’adapter la maison. Raison invoquée : le coût élevé de la transformation.

Combien d’Amish vivent ainsi aujourd’hui ?

Le Young Center estime à 421 200 la population amish d’Amérique du Nord en juin 2026, répartie dans 33 États et trois provinces canadiennes. Un mode de vie en voie d’extinction ? Au contraire. La population double environ tous les vingt ans. Elle s’appuie sur des familles d’au moins cinq enfants en moyenne et un taux de rétention de 85 % ou plus. Un moteur démographique solide. Le chiffre exclut les groupes qui conduisent des voitures, comme les Beachy.