La « diagonale du vide » : qu’est-ce que c’est ?

La « diagonale du vide » est une formule qui désigne un axe traversant la France du Nord-Est au Sud-Ouest sur lequel les densités de population sont plus basses que dans le reste du pays. 

Cette formule pourrait avoir été utilisée pour la première fois par le géographe Robert Chapuis dans Les Ruraux français (1986), qui en fait un équivalent à l’expression « France du vide », nom d’un livre de Roger Béteille (1981). Dans la presse, elle apparaît à la fin des années 1990, et pour la première fois, il semblerait, dans un article des Échos du 13 mai 1998 (selon une recherche sur Factiva et Europresse) :  

Dans les espaces ruraux, il faudra développer une politique de niches, à forte plus-value – comme par exemple les  » demandes de désert  » – dans des zones dites de la  » diagonaleduvide  » , de Tours à Tarbes, ou dans le  » ventre mou « , aux alentours du Massif central.

Lesechos.fr

 

La représentation classique de la diagonale du vide

Cette carte de la densité de population en France en 2017, où elle en moyenne à 105 habitants/km2 environ, sur laquelle le jaune désigne une densité de 0,0 à 19,9 habitants/km2, tandis que le rouge désigne 1 000,8 à 26 713,3 habitants/km2, montre approximativement une diagonale de basses densités partant des Ardennes, passant par la Haute-Marne, l’ouest de la Côte-d’Or jusqu’au Cantal, pour dévier ensuite vers l’Aveyron, la Creuse et la Lozère, et terminer sa course dans l’arc sud-ouest autour de Toulouse, du nord des Landes à l’ouest des Pyrénées-orientales (sauf le Pays basque). 

Elle traverse certains départements peu peuplés, comme la Lozère (76 286 habitants selon les estimations de l’INSEE pour 2020), la Creuse (116 270), le Cantal (142 811), , la Haute-Marne (169 250), le Lot (173 166), la Meuse (181 641), le Gers (190 040), la Nièvre (199 596), l’Indre (217 139), la Haute-Saône (233 194), la Corrèze (240 336), le Tarn-et-Garonne (262 218), les Ardennes (265 531), l’Aveyron (278 360). En comparaison, le département du Nord, qui compte la métropole de Lille, compte 2 588 988 habitants (estimation pour 2020).

D’autres zones de basse densité se dessinent cependant hors de la « diagonale du vide », autour des Alpes, le long des Pyrénées, au centre-ouest de la Bretagne, etc.

 

Une représentation plus dynamique

Toutefois, cette carte ne montre pas les dynamiques démographiques qui caractérisent certains de ces territoires de basse densité, qui peuvent gagner ou perdre des habitants.

La formule « diagonale du vide », qui n’est pas neutre, attire le regard vers les régions de cette diagonale qui, en plus d’être peu denses, perdent des habitants. Ces territoires peuvent perdre des habitants à cause d’un déficit naturel (plus de morts que de naissances), soit à cause d’un déficit migratoire (plus de départs que d’arrivées), soit à cause des deux phénomènes cumulés.

Cette carte tirée du rapport Regards sur les territoires publié par l’Insee en 2017 montre l’évolution de la population en France entre 1999 et 2013 selon les « bassins de vie« , délimitation territoriale conçue selon l’accès des habitants à des services du quotidien, comme des commerces et services publics. Le bassin de vie permet de voir qu’au sein d’un même département, les situations locales peuvent être très différentes. 

Certaines terres de basse densité forment des régions de baisse de la population : le centre-ouest de la Bretagne ; l’ouest, une partie du centre et le sud-est de l’Orne (Normandie) ; une diagonale partant de l’est de l’Aisne jusqu’au sud de la Lorraine ; un triangle central de la France, comprenant la majeure partie de la Bourgogne (sauf les régions vinicoles), l’essentiel du Cher, de la Creuse et de l’Allier, et quelques bassins épars, dans le Puy-de-Dôme, la Corrèze, l’Indre, etc. Le Sud-Ouest est peu touché par la baisse, sauf quelques bassins du Tarn ou de l’Ariège par exemple.

Deux parties correspondant à deux causes de baisse semblent en outre se distinguer : les baisses dans les bassins du Nord et du Nord-Est ainsi que du nord de la Bourgogne sont surtout liées à un déficit migratoire ou un double déficit (migratoire et naturel), tandis que les baisses dans le « triangle central » sont surtout liées à un déficit naturel (sauf à l’est de la Saône-et-Loire et au nord de l’Allier).

Enfin, de nombreux bassins situés sur la diagonale ne perdent pas d’habitants, mais en gagnent. Certains bassins qui connaissent une « double » croissance (du fait de l’excédent naturel et migratoire) jouxtent des bassins en baisse (en Lorraine par exemple, Bourges dans le Centre, etc.). La majeure partie du Sud-Ouest connaît une croissance de la population du fait d’un excédent migratoire, la région de Toulouse semblant de surcroît très attractive.

 

La diagonale du vide : des réalités contrastées

En définitive, la formule « diagonale du vide » cache des réalités contrastées : elle comprend des territoires attractifs malgré une basse densité environnante, et des territoires en déprise. Elle est discutée du fait de son sous-entendu critique : « diagonale du vide » signifierait territoire non-exploité, sous-développé, en marge de la croissance économique. Le site Géoconfluence lui préfère la formule de « diagonale des faibles densités« , en rappelant que certaines agglomérations bien équipées en services se trouvent sur cette diagonale (Reims, Limoges), bien que certains territoires de la diagonale souffrent d’une véritable déprise (certaines « campagnes fragiles », peu peuplées, vieillissantes et isolées).

Adrian

https://www.laculturegenerale.com

2 réponses

  1. Mathieu dit :

    Belle synthèse ! Même si « diagonale des faibles densités » est plus explicite, je lui préfère l’expression « diagonale du vide », bien plus poétique. Toute la question, c’est vide de quoi ? Je suis parti à pied pendant 18 mois pour la traverser et rencontrer les gens qui avaient choisi d’y vivre. Bien m’en a pris ! C’est mon plus beau voyage. Une destination idéale en ces temps où il ne fait pas bon s’agglutiner les uns sur les autres et où le besoin de nature et de respirer s’impose à tous. Mon livre donnera peut-être à d’autres l’envie d’aller s’y promener ?

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