10 « collabos » aux funestes destins

Revolution nationale collabos

10 « collabos » aux funestes destins

10 hommes. 10 « collabos », 10 âmes damnées de la collaboration. Ces 10 hommes ne sont pas les seuls coupables. Mais ils sont représentatifs de la diversité des destins de ceux qui se sont compromis lors de cette tragique période de notre histoire.

Chaque destin est complexe. Quel rapport, au départ, entre le socialiste défenseur des syndicats Pierre Laval et le « héros de Verdun », Philippe Pétain ? Qui aurait pu croire que le brillant René Bousquet sacrifierait son honneur à sa carrière ?

Tous ne se retrouvent pas dans la même idéologie. Pétain, Henriot ou Vallat sont réactionnaires. Déat, Doriot, Brasillach, eux, flirtent plutôt avec le nazisme.

Cet article est une invitation à explorer les destinées complexes de ces hommes qui ont marqué, pour le pire, notre XXème siècle.

 


1. Le maréchal Pétain (1856 – 1951)

Le chef de la collaboration

Pétain collabos

10 « collabos » aux funestes destins

Pétain mène une terne carrière d’officier jusqu’en 1914. L’éclatement de la Première Guerre mondiale le révèle aux Français…à 60 ans !

Il devient le “héros de Verdun”. La “Voie sacrée” et “Courage, on les aura”, c’est lui ! Ses efforts pour ménager la vie et le moral de ses hommes le rendent populaire. Commandant en chef des armées, les troupes retrouvent confiance sous sa houlette.

Après la terrible défaite de mai-juin 1940, la France cherche un protecteur. Les parlementaires de gauche et de droite trouvent Pétain. Depuis la guerre, la gloire ne l’a pas quitté. Il devient chef de l’État, s’installe à Vichy et…met en place un État autoritaire et réactionnaire.

 

Le célèbre message du maréchal Pétain du 17 juin 1940 

 

Pétain veut régénérer la France. C’est le début de la Révolution nationale. Cette idéologie revalorise la famille traditionnelle, abhorre le capitalisme et préfère les plus humbles agriculteurs et artisans. 

C’est aussi une idéologie raciste. Le gouvernement de Vichy n’hésitera pas à collaborer avec l’occupant allemand. En octobre 1940, Pétain rencontre Hitler à Montoire. De nombreux élus et fonctionnaires sont destitués. Les Juifs font l’objet de déportations et de de discriminations humiliantes.

Entrevue de Montoire, 24 octobre 1940 collabos

Entrevue de Montoire, 24 octobre 1940 | 10 « collabos » aux funestes destins

À la Libération, on condamne Pétain à la peine de mort. De Gaulle commue sa peine en emprisonnement à vie. Il meurt dans la prison de l’île d’Yeu en 1951.

 


2. Pierre Laval (1883 – 1945)

L’âme de la collaboration

Pierre Laval en 1931 collabos

10 « collabos » aux funestes destins

Avant-guerre, Laval n’est pas un horrible réactionnaire, ni un antisémite notoire. Non. Avant-guerre, Laval est un avocat spécialisé dans la défense des organisations syndicales puis un député socialiste.

Il dirige alors la France à plusieurs reprises. En tant que chef du gouvernement, sa politique économique face à la crise de 1929 le rend par exemple très impopulaire.

Laval est un politique pacifiste. Pour contenir la menace allemande, il tente de s’allier à l’Italie fasciste de Mussolini. C’est un échec. 

La défaite de 1940 inaugure le deuxième chapitre de sa vie, celui de la collaboration. Opportuniste, il soutient l’armistice, s’oppose au départ du gouvernement en Afrique et défend une révision de la Constitution en faveur de la prise de pouvoir de Pétain. Son assise politique devient alors prépondérante.

Laval Oberg collabos

Laval avec Carl Oberg, plus haut gradé SS en France

Laval, c’est l’âme de la collaboration. Sa vision ? Réserver à la France une place de choix dans l’Europe allemande. Il est chef du gouvernement de Vichy dès juillet 1940, destitué par Pétain, puis rétabli par les Allemands en avril 1942.

Les Allemands exigent, il répond: il crée le STO en 1943, laisse faire la répression de la Résistance et la mise en place des lois raciales.

En 1942, il déclare :

Je souhaite la victoire de Allemagne, parce que, sans elle, le bolchevisme s’installerait partout.

 

Condamné à mort, on le fusille à la Libération.

 


3. François Darlan (1881 – 1942)

Le dauphin de Pétain

François Darlan collabos

10 « collabos » aux funestes destins

L’amiral Darlan cherche à réorganiser et à renforcer la marine française avant-guerre. La France dispose avant l’éclatement des hostilités d’une vraie puissance navale : 76 navires de guerre, dont 7 cuirassés, 18 croiseurs, 32 contre-torpilleurs, 26 torpilleurs, 1 porte-hydravions et 1 porte-avions. La France possède aussi le plus grand sous-marin du monde, le Surcouf.

Anglophobe, Darlan aurait voulu attaquer Gibraltar en représailles de l’attaque de la flotte française par les Britanniques à Mers el-Kébir. Ainsi, la flotte ne se serait jamais battu contre les ennemis allemands…mais contre les alliés anglais, oui.

Sous Vichy, Darlan devient vice-président du conseil. Autrement dit, le dauphin de Pétain. Il collabore avec l’Allemagne et à la politique autoritaire de son maître. Le protocole “Darlan-Warlimont” ouvre les ports de Casablanca, Bizerte et Dakar à l’ennemi. En outre, il décide la suspension des partis, autorise la création de la Légion des volontaires français contre le bolchevisme (LVF) et écarte les hauts fonctionnaires suspects.

En 1942, Darlan change de camp. Coup du sort, il est à Alger lorsque les Alliés débarquent en Afrique du nord. Mais il n’a pas le temps de profiter de ce revirement. Un jeune étudiant royaliste l’assassine le 24 décembre de la même année.

 


4. Jacques Doriot (1898 – 1945)

Communiste puis fasciste

Jacques Doriot collabos

10 « collabos » aux funestes destins

Son parcours peut désarçonner. Jacques Doriot commence sa vie comme ouvrier métallurgiste. Éloquent, il devient membre du comité central du PCF à seulement 25 ans. Il se brouille ensuite avec son parti. L’influence soviétique l’exaspérait.

Doriot fonde ensuite le premier parti fasciste français, le parti populaire français. À part son anticommunisme fiévreux, le contenu de son idéologie reste flou.

Sous l’occupation, Doriot est un collaborationniste zélé. Avec Marcel Déat, il crée en 1941 la Légion des volontaires français contre le bolchevisme (LVF), une unité militaire partie se battre sous uniforme allemand sur le front de l’est.

Il meurt en 1945 dans de mystérieuses circonstances.

 

Jacques Doriot, éloquent mais…piètre visionnaire 

 


6. Joseph Darnand (1897 – 1945)

« Collabo » de combat

Joseph Darnand collabos

10 « collabos » aux funestes destins

La Première Guerre fait de lui un héros. Le Président Poincaré décore le soldat de la Légion d’honneur. Mais cet homme a soif d’action. Son autoritarisme, son nationalisme, son extrémisme l’entraîneront dans les pires bassesses pour le reste de sa vie.

Dans l’entre-deux-guerres, c’est un militant d’extrême droite (Action française, la Cagoule…). Sous l’occupation, c’est le poing de l’extrême droite.

Membre de la Waffen SS dès 1942, c’est le fondateur et le secrétaire général de la Milice. Il traque, en “zone libre” comme en zone occupée, les résistants, les juifs, les maquisards et les réfractaires du STO. Il ordonne l’assassinat de Georges Mandel.

Des miliciens arrêtent des maquisards collabos

Des miliciens arrêtent des maquisards

La Haute Cour de justice le condamne à mort et le fusille.

 


7. Philippe Henriot (1889 – 1944)

La voix de la collaboration

Philippe Henriot collabos

10 « collabos » aux funestes destins

Henriot est député de la droite catholique avant-guerre, anticommuniste, antiparlementaire et antisémite. Sous l’occupation, il devient pétainiste.

C’est la voix de la collaboration. Propagandiste ardent, orateur de talent, il donne deux éditoriaux politiques quotidiens à Radio Paris, « écoutés avec ferveur ou avec haine, mais écoutés ».

Les Français de Londres ne se laissent pas faire. Pierre Dac et Maurice Schummann, aux ondes de Radio Londres, répliquent. Ils prévoient même sa mort.

Un commando de La Résistance exécute Henriot à son domicile en juin 1944. Le milicien criminel Paul Touvier prend prétexte de la mort de Henriot pour abattre 7 juifs innocents à Lyon.

 


8. Robert Brasillach (1909 – 1945)

Grand écrivain, abjecte politique

Robert Brasillach collabos

10 « collabos » aux funestes destins

Le prix Goncourt lui échappe de peu en 1939, pour son roman les Sept couleurs.

Brasillach n’est pas qu’un littérateur de talent. Le grand écran le passionne. Critique de cinéma, c’est un avant-gardiste intéressé avant tout le monde par les réalisateurs japonais.

Mais c’est aussi un exalté. Anticommuniste, nationaliste voire fasciste, il admire les démonstrations nazies à Nuremberg.

Rédacteur en chef de Je suis Partout jusqu’en 1943, son soutien aux plus terribles politiques est sans nuance. Il couvre notamment la découverte du massacre de Katyn par les agents de Staline. 

On le fusille à la Libération, après un procès expéditif malgré la pétition de nombreux artistes en sa faveur.

 


9. Xavier Vallat (1891 – 1972)

L’antisémitisme à la française

Xavier Vallat collabos

10 « collabos » aux funestes destins

“Pour la première fois, ce vieux pays gallo-romain sera gouverné par un Juif”. Ces mots, prononcés au Parlement, Xavier Vallat les adresse en 1936 à Léon Blum, alors chef de la France du Front populaire.

Ce député de la droite catholique, proche de Maurras, est une figure emblématique de l’antisémitisme français.

Commissaire général aux questions juives sous Vichy, il met en oeuvre le second statut des juifs en 1941 et l’aryanisation de l’économie (la spoliation des biens des Juifs).

Mais, Xavier Vallat sauve sa tête à son procès en 1947. Éhonté, il y défend ses convictions antisémites. Il poussera jusqu’à se réclamer du sionisme bien après guerre.

 


10. René Bousquet (1909 – 1993)

Rouage du génocide, ami de Mitterrand

René Bouquet, avec col de fourrure, le 2e en partant de la droite collabos

René Bousquet, avec col de fourrure, le 2e en partant de la droite

C’est l’histoire d’un jeune premier. René Bousquet se rend célèbre dès sa jeunesse après avoir sauvé en 1930 plusieurs personnes d’une inondation. Il alors 21 ans. Il devient ensuite chef de cabinet d’un ministre. À 22 ans.

Incarnation du carriériste ou véritable réactionnaire, c’est un des grands responsables de la traque des Juifs en France. Secrétaire général de la police en 1942, il laisse la police allemande arrêter des résistants en zone sud.

En accord avec la police allemande en 1942, les policiers français arrêtent les Juifs étrangers à déporter. Nul refuge pour eux, pas même en “zone libre”. Conformément au souhait de Pierre Laval « les enfants, y compris ceux de moins de seize ans, sont autorisés à accompagner leurs parents ».

De juillet à septembre 1942, 33 057 déportés partirent vers le camp d’extermination d’Auschwitz. La rafle en région parisienne par les Allemands aboutit à 12 884 arrestations, grâce au  « fichier modèle » de la préfecture de police. De 1942 à 1945, 10 147 enfants furent anéantis dans les fosses et les crématoires allemands, dont 1 897 avaient moins de six ans.

On acquitte Bousquet en 1949. Oui. Il débute sa seconde vie et mène une brillante carrière dans la banque. Il devient un ami intime de Mitterrand.

Dénoncé par son ancien rival Louis Darquier de Pellepoix en 1978, il est mis en accusation en 1989. Mais un illuminé l’assassine en 1993, 4 jours avant son inculpation.

 

 

Adrian

Étudiant et passionné par les sciences humaines. N'hésitez pas à me contacter :)

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8 réponses

  1. Anonyme dit :

    connu, intéressant, même si un voile « pudique » fait l’abstraction du statut Maçonnique des fonctionnaires écartés et/ou déportés

    • Anonyme dit :

      Le même voile maçonnique qui couvrait Otto Abenz, peut-être ? Le GODF n’a pas eu à souffrir de la politique du Frère Pierre Laval, je crois, non ?

  2. christophe aubert dit :

    Il me semble que c’est une légende que De Gaulle ait commué la condamnation à mort de Pétain, lui en effet le croyait, mais ce ne fut pas le cas. Une décision du jury je crois bien.

  3. Jean-Pierre BONNEVILLE dit :

    Article intéressant sur le fond, surtout pour les enfants.
    Merci de surveiller l’orthographe ; par exemple les accords en genre d’adjectifs :

    6 – le secrétaire générale >> général de la Milice
    8 – les démonstrations nazis >> nazies
    10 – Secrétaire générale >> général de la police

  4. Anonyme dit :

    On l’oublie un peu, mais Pétain était un homme de gauche, encarté dans un parti de gauche. La preuve, il finira vice-président du Conseil en 1940 … ce qui lui vaudra d’être nommé au poste que l’on sait, après avoir été ambassadeur en Espagne pour un gouvernement socialiste !

    Egalement, Vichy gérait la zone libre, or il n’y a pas eu de déportation en zone libre jusqu’en 1942…

    Le « on » condamne Pétait à mort ne veut rien dire. C’est bien De Gaulle qui le fait condamner à mort, comme De Gaulle a bien été condamné à mort par Weygand, ou De Lattre par un tribunal militaire …

    Concernant Brazillac, on sait maintenant que son acte d’accusation était fondée sur une fausse photo.

    Darnand était communiste, tout comme Laval (député-maire communiste d’Argenteuil ou d’Aubervilliers, je ne sais plus).

    Touvier était un agent de la DST infiltré au sein de la Milice. Les 7 juifs morts sont ceux qui n’ont pas profité de la porte qu’il a laissé ouverte, porte par laquelle se sont échappés 14 prisonniers. Touvier a empêché un grand nombre de déportations.

    En parlant de collabo, quid de Léon Blum ? De Marcel Cachin ? De Maurice Thorez ? De Marcel Paul ? De Pierre Bérégovoy ? De Jean-Paul Sartre ? De Louis Aragon ?

    • Alain Stéphan dit :

      Votre comentaire est un ramassis d’imbécilité. Marcel Paul déporté à Buchewald pour fait de résistance, Louis Aragon clandestin pendant la guerre a créé un journal clandestion, y a participé, etc. Bérégovoy résistance fer, Léon Blum n’a pu participer à aucun mouvement de résistance puisqu’en prison par le gouvernement de Vichy.
      Et tout est du même tonneau, Darnant croix de feu et cagoulard, Pierre Laval jusqu’en 1922 socialiste après ne reprendra pas sa carte de membre du parti, maire d’Aubervillier contre la lsite du PCF
      Touvier agent de la DST qui n’existait pas à l’époque… J’en rigole encore !
      J’avoue que par ses références votre texte est très comique, merci de m’avoir autant fait rire.

  5. auclair dit :

    Vous auriez pu en citer d’autre comme Rebatet, Drieu la Rochelle, Céline, Bichelonne, Pucheu, Cousteau (le frère du commandant), etc…

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