Ballade des dames du temps jadis | Poème de François Villon

God Speed !, Edmund Blair Leighton, 1900 | Wikimedia Commons

Ballade des dames du temps jadis | Poème de François Villon


Voir ici une anthologie des poèmes de la langue française

En ancien français

Dictes moy ou, n’en quel pays
Est Flora, la belle Rommaine,
Archipiades, ne Thaïs,
Qui fut sa cousine germaine,
Écho parlant quand bruyt on maine
Dessus riviere ou sus estan,
Qui beaulté ot trop plus qu’humaine.
Mais ou sont les neiges d’antan ?

Ou est la très sage Hellois
Pour qui chastré fut et puis moyne
Pierre Esbaillart a Saint Denis?
Pour son amour ot ceste essoyne.
Semblablement, ou est la royne
Qui commanda que Buridan
Fust geté en ung sac en Saine ?
Mais ou sont les neiges d’antan ?

La royne Blanche comme lis
Qui chantoit a voix de seraine,
Berte au grant pié, Bietris, Alis,
Haremburgis qui tint le Maine,
Et Jehanne la bonne Lorraine,
Qu’Englois brulerent a Rouan,
Ou sont ilz, Vierge souveraine ?
Mais ou sont les neiges d’antan ?

Envoi

Princes, n’enquerez de sepmaine
Ou elles sont, ne de cest an,
Qu’a ce reffrain ne vous remaine :
Mais ou sont les neiges d’antan ?

 

En français moderne

Dites-moi où, n’en quel pays,
Est Flora, la belle Romaine ;
Archipiada, et Thaïs,
Qui fut sa cousine germaine ;
Écho, parlant quand bruit on mène
Dessus rivière ou sur étang,
Qui beauté eut trop plus qu’humaine ? 
Mais où sont les neiges d’antan !

Où est la très sage Héloïs,
Pour qui fut châtré et puis moine
Pierre Esbaillart à Saint-Denis ? 
Pour son amour eut cette peine. 
Semblablement, où est la reine
Qui commanda que Buridan
Fût jeté en un sac en Seine ? 
Mais où sont les neiges d’antan !

La reine Blanche comme un lis,
Qui chantait à voix sirène,
Berthe au grand pied, Bietris, Allys,
Harembourgis, qui tint le Maine,
Et Jeanne, la bonne Lorraine,
Qu’Anglais brûlèrent à Rouen ; 
Où sont-ils, Vierge souveraine ? ….
Mais où sont les neiges d’antan ! 

Envoi

Prince, n’enquérez de samine
Où elles sont, ni de cet an,
Que ce refrain ne vous remaine : 
Mais où sont les neiges d’antan !

Texte en français moderne extrait des Cent plus beaux poèmes de la langue française, anthologie de Jean Orizet.

Voir ici une anthologie des poèmes de la langue française

Adrian

https://www.laculturegenerale.com

1 réponse

  1. Sylvain FOULQUIER dit :

    François Villon est sans doute le poète médiéval français, voire européen, qui mérite le plus de susciter l’intérêt. Il nous a en effet laissé la sublime « Ballade des pendus », chef-d’oeuvre absolu n’ayant pas pris une ride, et en outre il incarne l’archétype du poète maudit. Car dans le monde orwellien et régressif où nous vivons comme au XVème siècle, un authentique poète ne peut être que subversif et politiquement incorrect. Cela se vérifie d’ailleurs plus ou moins à toutes les époques et cette leçon qu’a donné Villon, asocial et hors la loi, fait de lui le précurseur de Théophile de Viau, Baudelaire, Edgar Poe, Rimbaud, Lautréamont , Apollinaire, André Breton, Benjamin Péret ou encore Robert Desnos, parmi tant d’autres.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *