Jules Ferry : la lutte anticléricale, oui, antireligieuse, jamais !

Oui, nous avons voulu la lutte anticléricale, mais la lutte antireligieuse...jamais ! jamais !

L’Assiette au beurre, 9 décembre 1905 | Gallica

Jules Ferry : la lutte anticléricale, oui, antireligieuse, jamais !


L’œuvre scolaire de Jules Ferry (1832 – 1893), alors président du Conseil des ministres (~ Premier ministre) et des fondateurs du régime républicain en France (la République, la « III République », a été proclamée le 4 septembre 1870 et a mis fin au Second Empire né en 1852) n’est pas antireligieuse (les républicains n’étant pas forcément athées, nombreux sont spiritualistes ou protestants), mais elle combat l’influence de l’Église catholique, qui s’est placée, depuis l’avènement du Second Empire au moins, du côté de l’ordre et de la réaction (antirévolutionnaire, contre les idées modernes de liberté et de démocratie, pour la préservation de l’ordre social, même s’il existe un catholicisme libéral). Ferry veut une école de science et de raison, débarrassée du dogmatisme religieux. Le combat pour la laïcité culmine en 1905 avec la loi de séparation des Églises et de l’État. 

Voir ici : la loi Falloux, sur la liberté de l’enseignement et la volonté d’accroître l’influence de l’Église sur les esprits.

La défense le 10 juin 1881 au Sénat de la loi sur l’enseignement primaire obligatoire du 28 mars 1882 donne à Jules Ferry l’occasion de présenter sa position sur la question religieuse. 

«

Or, je le demande à messieurs les sénateurs qui m’entendent, sur quelques bancs qu’ils soient assis : est-ce que jamais, quand j’ai eu l’honneur de parler au nom du gouvernement ; est-ce que jamais, avant que j’eusse l’honneur de diriger les affaires et de prendre le portefeuille de l’Instruction publique ; est-ce que jamais, comme député, comme philosophe, on m’a entendu proférer une parole d’outrage contre la foi d’un citoyen français ?

[…]

J’ai toujours pensé, quant à moi, qu’il n’est pas d’un homme politique, d’un homme de gouvernement, de déclarer directement ou indirectement, la guerre à la conscience d’un si grand nombre de nos concitoyens ; j’ai toujours pensé que l’œuvre du gouvernement de la République n’est point une œuvre de sectaires ; que nous n’avons ni le devoir ni le droit de faire la chasse aux consciences et qu’en agissant ainsi, nous manquerions à notre premier devoir : que nous sommes institués pour défendre les droits de l’État contre un certain catholicisme, bien différent du catholicisme religieux, et que j’appellerai le catholicisme politique. Quant au catholicisme religieux, qui est une manifestation de la conscience d’une si grande partie de la population française, il a droit à notre respect et à notre protection, dans la limite du contrat qui lie les cultes avec l’État. Est-ce que je dis cela pour la première fois ? Est-ce que je dis cela pour les besoins de la cause ? Ai-je besoin de rappeler au Sénat que j’ai tenu ce langage, il y a quelques jours, devant une autre Assemblée, et qu’il a été couvert des applaudissements de la majorité républicaine ? Oui, nous sommes entrés résolument dans la lutte anticléricale ; je l’ai dit, et la majorité républicaine m’a acclamé quand j’ai tenu ce langage. Oui, nous avons voulu la lutte anticléricale, mais la lutte antireligieuse…jamais ! jamais !

[…]

»

Discours entier sur Gallica

Adrian

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