Anatole France (1844 – 1924), écrivain français, prix Nobel de littérature en 1921, est coutumier des dialogues philosophiques dans lesquels il fait passer ses vues réalistes, voire pessimistes, sur le cours des affaires humaines. Dans le quatrième tome de son Histoire contemporaine, Monsieur Bergeret à Paris (1901), il fait dire à l’un de ses personnages :

Les gouvernements impopulaires durent autant que les autres. D’abord il n’y a pas de gouvernements populaires. Gouverner, c’est mécontenter.

 

Gouverner : mécontenter ?

La perte de popularité d’un gouvernement serait donc inévitable. Gouverner serait contrevenir à des intérêts divers, et donc perdre son crédit auprès des électeurs. D’un autre de point de vue, certains gouvernants peuvent estimer que la bonne politique, celle qu’il faut suivre, va à l’encontre des attentes du peuple. Dans la même veine, le président de la République française François Hollande a déclaré à Arles le 21 juillet 2017 :

On ne doit pas se plier à cette dictature d’être aimé.

Finalement, le gouvernement devrait compter sur la justice du temps long, ou de l’histoire. On doit à Anatole France de nombreuses autres saillies de ce genre. 

Nous sommes tombés dans une citerne de honte. Nos ministres des finances sont aux ordres de banquiers cosmopolites. Et ce qu’il y a de plus triste, c’est que la France, la France antique libératrice des peuples, n’a souci désormais que de venger, en Europe, les droits des porteurs de titres.

Le Mannequin d’osier, 1897

Mais ne me dis pas que la Révolution établira l’égalité, parce que les hommes ne seront jamais égaux ; ce n’est pas possible, et l’on a beau, mettre le pays sens dessus dessous : il y aura toujours des grands et des petits, des gras et des maigres.

Les Dieux ont soif, 1912

etc.

On peut faire un parallèle entre cette vue et le plus fameux « gouverner, c’est prévoir ».

Voir ici : une explication de la citation « Être plus royaliste que le roi »