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10 citations qui n’ont jamais été dites (apocryphes)

Publié le 17/02/2023
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Ces 10 citations sont souvent attribuées à des auteurs qui ne les ont jamais écrites ou dites. Ces citations sont donc apocryphes.

« Et pourtant elle tourne (elle se meut) / E pur si muove  »

Galilée (1564 – 1642) aurait murmuré cette phrase après l’énoncé de sa sentence par le Saint-Office (l’Inquisition) le 22 juin 1633 qui lui ordonnait d’abjurer l’hérésie représentée par la théorie héliocentrique. Elle est probablement apocryphe : elle serait apparue au plus tôt dans un livre de 1757, Italian Library, de Giuseppe Baretti (1719 – 1789). Galilée en prison, tableau redécouvert en 1911 sur lequel apparaît cette phrase, n’a pas été daté, mais a probablement été peint au XIXe siècle. Cette anecdote apparaît au plus tôt en français au XVIIIe siècle.

« Paris vaut bien une messe ! »

Henri IV (r. 1589 – 1614) aurait prononcé cette phrase à l’occasion de son abjuration du protestantisme dans la basilique de Saint-Denis le 25 juillet 1593, avant d’être sacré à Chartres le 27 février 1594. Rien ne permet d’en être sûr. La première occurrence de cette phrase se trouve dans un recueil d’écrits satiriques paru en 1622, Les Caquets de l’accouchée, mais c’est au duc de Rosny qu’elle y est attribuée. On la trouve aussi dans des Remarques sur le gouvernement de Henri IV de 1688 sous la forme « la Couronne de France vaut bien une messe ». Le mot fut repris par la suite.

« L’État c’est moi » 

Cette phrase n’a probablement jamais été prononcée telle quelle par Louis XIV (r. 1643 – 1715). Elle apparaît au plus tôt dans des publications du début de la Révolution française, à propos de conflits avec les magistrats de son temps (celui de 1655 notamment). Cette phrase, tout apocryphe qu’elle soit, n’en est pas forcément fausse : la souveraineté était exercée par le roi, qui était le support physique d’une réalité abstraite, l’État.

« Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites mais je me battrai pour que vous ayez le droit de le dire » 

Cette phrase n’est pas de Voltaire (1694 – 1778). Son véritable auteur est Evelyn Beatrice Hall (1868 – 1956), écrivaine anglaise. On la trouve dans sa biographie de Voltaire, The Friends of Voltaire (1906). Cependant, elle semble faire corps avec ce que symbolise Voltaire aux yeux de nombreuses personnes : un défenseur acharné de la liberté d’opinion et d’expression.

« Qu’ils mangent de la brioche ! »

Cette réplique est souvent comprise comme l’expression brutale de l’égoïsme de la reine de France Marie-Antoinette (r. 1774 – 1792), du mépris qu’elle aurait voué aux petites gens dénués de moyens de subsistance. Elle achève son portrait de reine légère, dépensière et frivole. Mais elle est bien sûr apocryphe. Il semble que ce soit Alphonse Karr (1808 – 1890) qu’il l’ait attribué à la reine, à partir d’une anecdote racontée par Jean-Jacques Rousseau (1712 – 1778) dans le livre VI des Confessions (1782).

« Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde » 

Cette citation diffusée sur internet pour motiver les gens est souvent attribuée à Gandhi (1869 – 1948). Cependant, l’auteur du blog Quote Investigator l’a trouvée le plus anciennement dans un livre de 1974 de l’écrivaine américaine Arleen Lorrance sous la forme : « One way to start a preventative program is to be the change you want to see happen. » Toutefois, il a trouvé un écrit de 1913 de Gandhi se rapprochant de cette idée : « We but mirror the world. All the tendencies present in the outer world are to be found in the world of our body. If we could change ourselves, the tendencies in the world would also change. As a man changes his own nature, so does the attitude of the world change towards him. (Nous ne faisons que refléter le monde. Toutes les tendances présentes dans le monde extérieur se retrouvent dans le monde de notre corps. Si nous pouvions nous changer nous-mêmes, les tendances du monde changeraient également. Lorsqu’un homme change sa propre nature, l’attitude du monde change aussi à son égard.) ».

« En suivant le chemin qui s’appelle plus tard, nous arrivons sur la place qui s’appelle jamais »

On ne retrouve pas cette phrase dans l’œuvre du philosophe stoïcien romain Sénèque (Ier siècle ap. J.-C.). Cela semble être plutôt un vieux proverbe.

« Donne un poisson à un homme, il mangera un jour. Si tu lui apprends à pêcher, il mangera toujours »

Cet adage est souvent attribué à Lao Tseu, figure à l’origine du taoïsme (Ve siècle av. J.-C.) ou au rabbin Maïmonide (1138 – 1204). Cependant, son entrée en français (sous différentes versions) est très tardive (années 1960). En anglais, on le trouve au plus tôt dans Mrs. Dymond (1885) de Anne Thackeray Ritchie (1837 – 1919) : « […] if you give a man a fish he is hungry again in an hour. If you teach him to catch a fish you do him a good turn (Si vous donnez un poisson à un homme, il aura de nouveau faim dans une heure. Si vous lui apprenez à attraper un poisson, vous lui rendez service.) ».

« La mort d’un homme est une tragédie. La mort d’un million d’hommes est une statistique. » :

Cette sentence sinistre est souvent attribuée à Staline (qui a dirigé l’URSS de la fin des années 1920 à 1953), dès le 8 mai 1945 dans Libération. Selon le site Quote Investigator toutefois, on la trouve au plus tôt en allemand sous la plume de Kurt Tucholsky (1890 – 1935) qui l’attribue à un diplomate du Quai d’Orsay (« Der Tod eines Menschen: das ist eine Katastrophe. Hunderttausend Tote: das ist eine Statistik! »). Ce diplomate était peut-être Philippe Berthelot (1866 – 1934) qui disait, selon un article de L’Ordre (24 novembre 1934) : « La mort d’un homme est une chose émouvante, la disparition de cent mille hommes relève de la statistique ».