L’historien belge Jan Dhont (1915 – 1972) disait de Henri Ier (1031 – 1060), roi des Francs, qu’il était un fantôme pour l’histoire (cité par Les Capétiens). Deuxième fils Robert le Pieux (996 – 1031), petit-fils de Hugues Capet, le premier Capétien régnant, il fut associé au trône en 1027, après la mort de son frère aîné Hughes, qui devait être l’héritier, en 1025. Son nom, Henri, d’origine allemande, vint des Ottoniens, première dynastie régnante dans l’Empire germanique. Il succéda à son père en 1031 mais dut faire face à une contestation de sa légitimité par des soutiens de son frère, Robert. Elles furent étouffées par la cession du duché de Bourgogne au frère rebelle et par le soutien du duc de Normandie Robert Ier (1027 – 1035) et de l’empereur germanique Conrad II (1024 – 1039).

Le règne de Henri Ier s’ouvrit par une grande assemblée à Orléans à la Pâques de 1032.

 

Henri Ier : un prince parmi d’autres

Ce règne mal documenté et peu étudié correspond, de l’avis général, à la période de plus grande impuissance de la monarchie capétienne.

Monique Chauvin, François Menant, Hervé Martin, Bernard Merdrignac, Les Capétiens

La dynastie capétienne naissante est à la tête du royaume des Francs à partir du règne du grand-père de Henri, Hugues Capet (987 – 996). Son pouvoir, encore fragile, ne semblait porter que sur Paris et sur les vallées de l’Aisne et de l’Oise (Le Moyen Âge, Philippe Contamine et alii). L’autorité royale souffrait, sous le règne de Henri Ier, de l’émergence de puissants concurrents. Quasi-seigneur parmi d’autres, il faisait la guerre et s’alliait avec d’autres seigneurs en fonction de ses intérêts.

Le plus grand concurrent du royaume était le duché de Normandie de Robert Ier, puis de son fils Guillaume II, alias Guillaume le Conquérant (1035 – 1087), que la conquête de l’Angleterre en 1066 fit entrer dans une dimension supérieure. Les relations entre les deux entités, bonnes au départ (Henri Ier combattit aux côtés de Guillaume à la bataille du Val-ès-Dunes le 10 août 1047), se dégradèrent dans les années 1050, puis plus fortement encore après la conquête de l’Angleterre.

Henri Ier entra en outre conflit avec Eudes II de Blois, qui était à la tête d’un important ensemble territorial autour du domaine royal, mais qui s’effondra à sa mort en 1037. Le roi affronta aussi Geoffroy Martel, comte d’Anjou, dont les conquêtes spectaculaires (Tours en 1043, le Mans en 1047) éveillèrent la crainte du roi et le duc de Normandie. 

 

Un mariage remarquable avec Anne de Kiev

Henri Ier tenta sans succès de s’élever au-dessus de ses vassaux par ses mariages. Il épousa d’abord Mathilde Frise, nièce de l’empereur Conrad II, qui mourut en 1044, sans lui donner d’enfant. Seul le célèbre mariage russe de Henri surnage aujourd’hui dans la mémoire de son règne. Ramenée en 1049, Anne, fille de Jaroslav le Sage, prince de Kiev, fut mariée au roi des Francs en 1051. Elle fut co-régente jusqu’en 1063 après la mort de son époux, puis mourut à la fin des années 1070.

De cette union naquirent trois fils, dont l’héritier Philippe, le futur Philippe Ier (1060 – 1108). Son nom, jusque-là inusité en Europe occidentale, est d’origine macédonienne : Anne de Kiev avait une ascendance byzantine. Il fut associé au trône en 1059, avant la mort de son père en 1060.

 

À lire 

  • Monique Chauvin, François Menant, Hervé Martin, Bernard Merdrignac, Les Capétiens, 987 – 1328
  • Philippe Contamine et alii, Le Moyen Âge
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