15 parfums français parmi les plus connus

Cet article vous présente 15 parfums qui ont marqué l’histoire de la parfumerie française. Vous pouvez demander un ajout dans les commentaires.

 

L’Heure bleue de Guerlain (1912)


L’Heure bleue est un oriental floral aux notes d’anis et bergamote en tête, d’œillet et de néroli au cœur, d’iris, de vanille, de benjoin et de fève tonka en fond. Il aurait été inspiré à Jacques Guerlain (1874 – 1963) par des promenades crépusculaires à Paris, à cette heure particulière qui sépare coucher du soleil du début de la nuit.

Le soleil s’est couché, pourtant la nuit n’est pas encore tombée. C’est l’heure incertaine. Dans une lumière du bleu le plus profond, tout – le bruissement des feuilles, le clapotis de la Seine – semble exprimer un amour, une caresse, une infinie tendresse. L’homme est soudain en harmonie avec le monde des choses, dans un moment du temps : le temps d’un parfum.

Jacques Guerlain, cité par Elisabeth de Feydeau dans Les Parfums

Il aurait aussi inspiré par sa femme, Andrée « Lily » Guerlain.

La flacon, aux lignes courbes des style Art nouveau et au bouchon en cœur renversé, est une création de Raymond Guerlain. Il est repris pour Fol Arôme (1912) et Mitsouko (1919).

 

Chanel n°5 (1921)


Vous savez, ils vous posent des questions comme… eh bien, par exemple, que portez-vous dans votre lit ? Un haut de pyjama ? Les bas d’un pyjama ? Une robe de nuit ? J’ai donc dit : « Chanel n°5 » !

Maryline Monroe

Le Chanel n°5 est conçu en 1921 lorsque Gabrielle Chanel (1883 – 1971), alias Coco Chanel, installée rue Cambon et à la tête de son entreprise et de ses 300 ouvrières, cherche à diversifier ses activités et à se lancer dans un marché porteur, la parfumerie. Par l’intermédiaire éventuel de Dimitri Romanov, elle fait appel aux service du créateur de parfum Ernest Beaux (1881 – 1961) pour concevoir « un parfum de femme à odeur de femme ». Sa rencontre avec les frères Wertheimer en 1923 lui permet de produire le n°5 à une échelle industrielle (dans l’usine Bourjois de Pantin), de lui assurer une large distribution et de porter son très grand succès.

Le Chanel n°5 est à son époque très novateur par sa simplicité. Chanel souhaitait appliquer à la parfumerie sa conception de la mode : dépoussiérer et alléger. Cette simplicité se cristallisait dans le caractère abstrait du produit proposé. Chanel n°5 était « un bouquet de fleurs abstraites » selon Chanel. Beaux souhaitait reproduire des odeurs indéfinissables qu’il avait senti au-delà du cercle arctique. En outre, tandis qu’à son époque, les parfums avaient des noms reflétant leurs senteurs dominantes, Chanel a opté pour un numéro, qui ne révèle rien de prime abord du produit proposé. La genèse du choix de ce nom par Chanel a été racontée par Ernest Beaux :

Je suis venu lui présenter mes créations, deux séries : de 1 à 5 et 20 à 24. Elle en choisit quelques-unes, dont celle qui portait le N° 5 et, à la question “Quel nom faut-il lui donner ?”, Mlle Chanel m’a répondu : “Je présente ma collection de robes le 5 du mois de mai, le 5e de l’année, nous lui laisserons donc le numéro qu’il porte et ce numéro 5 lui portera bonheur.”

Dialogue rapporté par Annick Le Guérer et par Eugénie Briot

Au reste, le flacon est dépouillé et n’a rien de remarquable : c’est un bloc transparent aux angles accusés, sans ornementation. Il laisse avant tout voir le produit. Sur le flacon, une étiquette affiche nettement en gros le nom du parfum. Son design aurait été inspiré par les flasques à vodka de la garde impériale russe (Beaux avait travaillé chez Rallet, fournisseur de la cour impériale). Le bouchon évoquerait la place Vendôme, que Chanel pouvait admirer depuis sa suite au Ritz.

Enfin, le Chanel n°5 faisait appel dans sa formule aux aldéhydes, corps chimiques de synthèse qui ont la particularité de faire ressortir les senteurs qui y étaient associées : bergamote, citron, néroli, ylang-ylang, jasmin, etc. C’est un parfum « généreux » qui fait appel à plus de 80 ingrédients.

Bref, le Chanel n°5 ne propose tant une formule qui doit séduire, mais un support sur lequel le consommateur peut projeter ses aspirations.

 

Shalimar de Guerlain (1925)


Avec ce paquet de vanille, j’aurais juste été capable de réaliser un sorbet, alors que que Jacques Guerlain en a fait un chef-d’œuvre !

Ernest Beaux selon Élisabeth de Feydeau

Shalimar serait né, selon la légende, d’un mélange fortuit par Jacques Guerlain d’une base de Jicky (1889), à dominante d’iris et de vanille (avec de la bergamote et de la lavande, la « guerlinade ») et d’éthylvanilline, aldéhyde à l’odeur de vanille découverte en 1894. Le parfum est présenté qu’en 1925 à l’Exposition des arts décoratifs et industriels modernes.

Shalimar fait partie des parfums dits « orientaux », c’est-à-dire voluptueux, envoutant (du fait de ses notes vanillées, mais aussi de jasmin, de rose, d’opopanax, de santal, d’iris, de la fève tonka, etc.). Son nom a été Jacques Guerlain par les jardins de Shalimar, que l’empereur moghol Shah Jahan avait fait construire à Lahore en l’honneur, selon la légende, d’une épouse disparue prématurément.

Comme pour l’Heure bleue, le flacon de Shalimar, fait en cristal de Baccarat, est une création Raymond Guerlain. Surnommé « chauve-souris » en raison de forme singulière, il s’inspire de l’art moghol, et est censé représenter une coupe pleine de fruits, et symboliser ainsi la profusion et la richesse fantasmée de l’Orient indien. Son bouchon bleu saphir est tout aussi remarquable. 

 

Dans la nuit de Worth (1924)


Conçu par le parfumeur Maurice Blanche, Dans la Nuit est le premier parfum de Worth. C’est un floral, composé de tubéreuse, de rose, de jasmin, de labdanum, avec des notes de cassis, offert aux clientes de la maison. Il entre dans une série de parfums de Worth qui racontent ensemble « une histoire », Vers le jour (1925), Sans Adieu (1929), Je reviens (1932) et Vers toi (1934), Je Reviens, étant le plus célèbre d’entre eux, notamment aux États-Unis après que les soldats américains en ont rapporté après la Deuxième Guerre.

Le flacon de Dans la nuit est remarquable : c’est un orbe bleu nuit et parsemé d’étoiles, surmonté d’un bouchon qui figure une lune.

 

Arpège de Lanvin (1927)


Arpège, parfum musical, égrène un bouquet de notes fraîches et chaudes. Réussite prodigieuse, il sent à la fois les fleurs, les fruits, la fourrure et les feuilles. Il murmure une chanson heureuse. Luxe raffiné, miracle d’élégance, parfum vivant qui embellit.

Arpège selon Louise de Vilmorin, texte rapporté par Geneviève Haroche-Bouzinac

Arpège a été créé par Paul Vacher et André Fraysse (âgé de seulement 25 ans) comme un cadeau sublime, composé des meilleurs ingrédients, pour les 30 ans de Marguerite, alias « Marie-Blanche », la fille unique de Jeanne Lanvin, fondatrice de la maison. Le nom du parfum viendrait de Marie-Blanche elle-même qui, passionnée par la musique, aurait comparé sa senteur à un arpège (en musique, accord dont on fait entendre successivement les notes).

Arpège compte 62 ingrédients, où dominent l’ambre, iris et la vanille. Les premières notes du parfum sont les aldéhydes, le néroli et la bergamote. Les notes de cœur sont l’ylang-ylang, la rose, le jasmin,  la coriandre, le clou de giroflle, le géranium, la tubéreuse et le muguet. En notes de fond, on relève le santal, la vanille, le patchouli, vétiver, etc.

Le flacon a été conçu par Armand Albert Rateau, dessinateur qui avait décoré l’appartement de Jeanne Lanvin. Conçu dans un style Art déco, c’est une boule de verre noir coiffée d’un bouchon sphérique. Il figure l’emblème de la maison, dessiné par Paul Iribe. Il représente Jeanne Lanvin se penchant sur sa fille. Toutes deux sont costumées.

 

Joy de Jean Patou (1930)


Création de Henri Alméras (1892 – 1965) pour Jean Patou (1887 – 1936) qui voulait un parfum luxueux et radieux (comme son nom l’indique) dans le contexte morose du début de la crise économique qui a éclaté en 1929 aux États-Unis. Joy est un bouquet floral dominé par deux notes qui ne sont pas souvent dominantes ensemble, la rose et le jasmin de Grâce. Caractéristique la plus saillante de son luxe : sa concentration est très forte (40%). Selon Élizabeth de Feydeau, « dix mille fleurs de jasmin et trois cents roses sont nécessaires pour 30 ml de parfum ». Le flacon, en cristal Baccarat, a été dessiné par Louis Süe, et ses dimensions conçues selon le nombre d’or. Le bouchon et le goulot étaient frottés à l’émeri pour une parfaite étanchéité.

Jean Patou, devenu Patou (LVMH), a mis en sommeil son activité de parfumerie, et ne produit plus le parfum aujourd’hui.

Joy by Dior est un autre parfum.

 

Pour un homme de Caron (1934)


Conçu par le nez Michel Morsetti à la demande d’Ernest Daltroff (1867 – 1941), l’un des fondateurs de Caron, Pour un homme est lancé en 1934. Ce fougère est dominé par un duo de notes de lavande et de vanille, rehaussé par l’essence de rose de Turquie, ainsi que de romarin, de bergamote, d’ambre, etc. Pour un homme reste populaire aujourd’hui, bien que la lavande, très utilisée dans les produits ménagers, ne soit plus très utilisée aujourd’hui en parfumerie. Le flacon a été dessiné par Félicie Wanpouille, la muse de Daltroff, et a été réalisé par les verreries Brosse. Épuré, c’est un bloc transparent de couleur vert d’eau traversé par un bandeau blanc, et surmonté d’un bouchon argenté. Il évoque un homme aux épaules larges portant un haut-de-forme.

Ce parfum d’avant-guerre est toujours populaire aujourd’hui.

Serge Gainsbourg a réalisé en 1972 une chanson publicitaire pour Pour un homme. Il l’a chantée avec Jane Birkin.

Je passe
Pour un homme
Pas très beau garçon

Pourtant
Pour un homme
Plin de s’éductions

Ce qui fait mon charme
Et c’est là mon arme secrète
Pour un homme
De Caron

C’est que
Pour un homme
Il y a des façons
Subtile de mettre un femme à la raison
Ce qui fait mon charme
et c’est là mon arme secrète
Pour un Homme
De Caron

 

Miss Dior de Dior (1947)


Miss Dior est créé la même année que la maison Dior, fondée en 1947 par le couturier Christian Dior (1905 – 1957), avec l’aide de l’industriel Marcel Boussac. Malgré la rareté des matières premières dans une France qui sort à peine de la guerre (1945), Dior veut un parfum luxueux pour compléter sa collection de haute couture (surnommée le « New Look »), qui innove alors par un retour à une franche féminité inspirée par la mode du XVIIIe siècle  :

« lorsqu’on ouvre un flacon de mon parfum, on doit voir surgir toute ma collection »

Dior cité par Annick Le Guérer

Il en confie la création à son ami d’enfance Serge Heftler Louiche, ancien directeur financier chez le parfumeur François Coty, qui fait appel à Paul Vacher, un des concepteurs de l’Arpège de chez Lanvin. Le mot d’ordre donné par Dior est de faire « un parfum qui sente l’amour » (cité par Élisabeth de Feydeau).

Miss Dior est un parfum qui appartient à la famille des chyprés (d’après Chypre de François Coty, lancé en 1917), c’est-à-dire qu’il est mélange la bergamote au patchouli, à la rose, au jasmin, à la mousse de chêne et au labdanum. Selon le site internet de Dior, les notes de Miss Dior se divisent en trois ordres :

  • bouquet fleuri : les notes d’un muguet à la floralité fraîche, l’accord de pivoine expressive et les notes d’iris caressant accompagnant une belle verdeur un peu mouillée ;
  • rose centifolia : une rose veloutée, charnue et délicieusement onctueuse, autour de laquelle une brassée pareille à un « millefiori » prend vie ;
  • bois tendres : des muscs ouatés, une touche de vanille de Papouasie-Nouvelle-Guinée, une pointe de benjoin et un soupçon de fève Tonka à la rencontre d’un santal crémeux.

Miss Dior aurait été baptisée après qu’une des muses de Dior, Miztah Bricard, se serait exclamée « tiens voilà miss Dior ! » en voyant Catherine Dior, sœur du couturier. Le flacon de 1947 n’était pas un un bloc surmonté d’un bouchon entouré d’un nœud-poignard, mais une amphore en cristal Baccarat dessinée par Fernand Guéry-Colas, et inspirée par la robe Corolle du New Look.

 

Femme de Rochas (1948)


Femme a été conçu par Edmond Roudnitska (1905 – 1996) à la demande de Marcel Rochas (1902 – 1955), qui souhaitait le dédier à sa femme, Hélène Rochas. Selon la célèbre « philosophie » de Rochas, on doit sentir le parfum d’une femme avant de la voir, c’est un « avant-propos » ou un prélude.

On doit pouvoir sentir une femme avant même de l’avoir vue.

Rochas.com

Pour faire aux difficultés de financement dues à l’Occupation, Rochas eut recours à une souscription de la part de ses riches clientes.

Roudnitska emploie dans Femme de la méthyl-ionone qui lui confère une odeur de prune, mélangée en note de tête à de la bergamote. S’il est souvent catégorisé comme un chypré, Roudnitska voyait plutôt son parfum comme un aldéhydé floral et très fruité. Il a été depuis reformulé. Selon le site de Rochas, les notes sont :

  • tête : prune et bergamote pétillante ;
  • cœur : rose et ylang-ylang, quelques senteurs épicés de cumin ;
  • fond : patchouli et ambre.

Le flacon a peut-être été conçu sur le modèle du buste de Mae West, actrice américaine et amie de Marcel Rochas. Le flacon semble représenter un corset. Le tout ressemble quelque peu à une guêpière, invention de Rochas.

Ce n’est pas le seul parfum de Roudnitska pour Rochas. Le parfumeur a ensuite conçu pour la marque Mousseline en 1947 et Moustache en 1949.

 

L’Air du temps de Nina Ricci (1948)


L’Air du temps est lui aussi un parfum de l’après-guerre. En effet, il veut s’inscrire dans « l’esprit » du temps de la Libération, moment d’insouciance retrouvée malgré les privations, où le désir de « profiter de la vie » renaît, ce qui pousse les couturiers à proposer plus de légèreté et plus de féminité. L’Air du temps se veut un manifeste de paix, d’amour et de liberté. Son célèbre flacon, dessiné par Robert Ricci et Marc Lalique en 1951, porte cette inspiration : un cristal torsadé est surmonté de deux colombes, oiseau symbole de la paix, qui jouent et s’enlacent.

Selon Robert Ricci :

Délicat, jeune, romantique et sensuel, l’air du temps est un parfum vivant, bien équilibré et cohérent depuis ses notes de tête jusqu’à ses notes de fond attirantes. L’air du temps diffuse un mystérieux pouvoir de séduction.

Cité par Élisabeth de Feydeau dans Les Parfums. Histoire, Anthologie, Dictionnaire

Ce fleuri épicé est conçu par Francis Fabron dans les laboratoires Roure Bertrand Dupont. Selon le site de Nina Ricci :

  • notes de tête : œillet – gardenia ;
  • notes de cœur : rose centifolia – jasmin de grasse ;
  • notes de fond : bois de santal mysore – iris.

 

Diorissimo de Dior (1956)


Le muguet est la fleur fétiche de Christian Dior. Malgré son odeur caractéristique, on ne sait pas en extraire un produit naturel. Il faut donc le reproduire. Edmond Roudnitska invente donc Diorissimo, un « soliflore » (dominé par une fleur) frais et simple, composé de molécules de synthèse qui imitent le muguet, qui est stylisé par des notes de rose, de jasmin, d’ylang-ylang, etc. Le flacon originel est dessiné par Dior sur un modèle conçu par le peintre Fernand Guéry-Colas. C’était une amphore surmonté d’un bouchon qui représente une gerbe de fleurs en bronze doré.

Diorissimo connaît un succès immédiat, assombri par la disparition de Christian Dior quelques mois après sa sortie, en 1957. Peut-être parce qu’il était considéré comme daté, il a été reformulé ( « une insipide odeur de bain moussant » selon l’historienne de la parfumerie Eugénie Briot).

 

Eau sauvage de Dior (1966)


Nouvelle création d’Edmond Roudnitska pour Dior, Eau sauvage est la première grande « eau fraîche » (rangées dans la famille des héspéridés), c’est-à-dire une transformation de l’eau de Cologne, dont les notes typiques, la bergamote, le citron, etc., sont ici rehaussées par des notes florales, jasmin, rose, iris, œillet, en plus du vétiver, de la mousse de chêne, du romarin, du basilic, du patchouli, etc. Surtout, Roudnitska innove en utilisant, en surdosage, l’hédione (dihydrojasmonate de méthyle), molécule synthétisée à partir de l’absolu de jasmin, brevetée en 1962 et aujourd’hui très employée. Elle a la propriété de renforcer les autres odeurs, ainsi que de faire durer la fraîcheur des jus (elle influencerait en outre le comportement humain).

Ce parfum, qui se voulait simple, a connu un grand succès. Bien qu’unisexe, il est avant tout identifié comme un parfum pour homme, voire comme le premier parfum a avoir démocratisé l’usage de la parfumerie chez les hommes. En effet, l’épithète « sauvage » inscrit cette eau dans l’imaginaire de la virilité primitive. Le flacon ressemble à une flasque d’alcool. Au lancement du parfum, de célèbres affiches publicitaires de René Gruau montraient, avec humour, des hommes dénudés, à la pilosité foisonnante (« sauvage »), s’imbiber d’Eau sauvage. Depuis, Dior s’est efforcé d’associer Eau sauvage à des célébrités masculines comme Johnny Hallyday ou Zinédine Zidane, avant de réussir une véritable régénération en exploitant, à partir de 2009, la beauté du jeune Alain Delon (par une photo Jean-Marie Périer prise à Saint-Tropez en 1966, année de lancement du parfum).

L’eau sauvage extrême de 1984 est renforcée par du ciste de Provence et du genêt.

 

Opium d’Yves Saint-Laurent (1977)


Yves Saint-Laurent a confié à des parfumeurs de Roure, Raymond Chaillan et Jean-Louis Sieuzac, la conception d’un parfum devant concurrencer Shalimar. Opium est un oriental épicé, inspiré par Youth Dew (1953) d’Estée Lauder, dont les notes sont, selon le site de la marque :

Tête : Mandarine, Bergamote, Muguet.

Cœur : Jasmin Sembac, Œillet, Myrrhe.

Fond : Vanille, Ambre, Patchouli.

Opium se singularise surtout comme le premier « parfum-marketing » (Annick Le Guérer) de l’histoire de la parfumerie française. Ce parfum vend en effet une « histoire » et un « mode de vie » (lifestyle) aux consommatrices, à l’image de ce qu’à fait Revlon au lancement de Charlie, en 1973 (Jean-Claude Ellena, Le Parfum). Elle démarre par un nom provocateur, qui assimile clairement ce parfum à une substance illicite qui provoquerait la dépendance de celles qui le porteraient. Opium est au reste vendu sous de très fortes concentrations : 19% pour l’eau de toilette, 30% pour l’extrait. Il est aussi plus cher que la concurrence.

L’histoire se poursuit par le flacon, dessiné par Pierre Dinand, qui joue sur un orientalisme à la mode. Reprenant Cocteau, Yves Saint-Laurent a affirmé dans dans la brochure de présentation qu’« Opium, c’est la femme fatale, les pagodes, les lanternes ! ». Pierre Dinand raconte en outre qu’Yves Saint-Laurent aurait voulu y retrouver son expérience du LSD et du Japon. Ce flacon s’inspire donc d’un objet japonais, un inrô, sorte de petite boîte de bois, portée à la ceinture des kimonos ou au cou, et destinée à contenir de petits objets, des herbes médicinales ou, bien sûr, de l’opium. Il est d’un rouge-bistre qui imite la brillance de la laque, et il est décoré de feuilles d’acanthes qui rappellent les motifs des meubles asiatiques. Le bouchon est un netsuke, petite boule sculptée qui servait à accrocher l’inrô à la ceinture du kimono.

Enfin, le lancement d’Opium est soutenu par une intense campagne de publicité, conçue notamment par l’agence Mafia. Pour l’affiche, le modèle Jerry Hall est photographié dans l’appartement parisien d’Yves Saint-Laurent par Helmut Newton, allongée, dans une robe orientale, en pleine extase, les lèvres entrouvertes, avec au-dessus un slogan « Opium, pour celles qui s’adonnent à Yves Saint-Laurent ». Le parfum est présenté comme un véritable opium qui provoque un enivrement et une dépendance, et répond à un désir de libertinage et de vice de la bourgeoisie cultivée. À New York, Yves Saint-Laurent rachète un voilier, le Peking, sur lequel il organise la soirée de lancement américaine : le navire est décoré de guirlandes de fleurs, de pagodes et d’un bouddha. De nombreuses célébritées sont invitées, ainsi que des médias. Un feu d’artifice dessine le nom du couturier dans le ciel. Yves Saint-Laurent déclare que « Opium is a dignified drug » (« Opium est une drogue sublimée / dignifiée »). Le scandale provoqué par le nom du parfum et ce type de déclaration déclenche l’ire de certaines associations américaines, comme la Coalition Against Drug Abuse, qui organise des manifestations, et qui contribuent ainsi à prolonger son immense succès de l’Europe aux États-Unis.

Ce n’est d’ailleurs par le dernier scandale de la marque, qui a cherché à revivifier l’image sulfureuse de son parfum. En 2000 encore, une campagne conçue par Tom Ford pour Opium faisait poser Sophie Dahl sous l’objectif de Steven Meiseil dans une position lascive, allongée, nue et les jambes écartées. Elle a été interdite au Royaume-Uni, entretenant par là l’image du parfum.

 

Must de Cartier (1981)


Must est le deuxième lancement d’un joailler dans la parfumerie, après que Van Cleef & Arpels a lancé First en 1976. Créé par les parfumeurs de Givaudan, notamment Jean-Jacques Diener, Must est un oriental, dominé par des notes de vanille, de vétiver, de musc et de fève tonka, associées, et c’est là sa singularité, à des notes vertes où le galbanum, la mandarine et le néroli dominent, pour donner un ensemble à la fois gourmand et frais. Must évoque aussi les roses, le jasmin les jonquilles, etc. Pour Cartier, Must est :

L’élégance incomparable d’un parfum aux notes vanillées et poudrées, rafraichies par les notes vertes du galbanum.

Pour le parfumeur Dominique Ropion, c’est un mélange des accords d’Aliage (Estée Lauder, 1972) et de Shalimar.

Le nom du parfum vient d’une ligne d’accessoires développés par Cartier. Le flacon, lui aussi singulier, imite la forme du briquet iconique de la marque. Il est plaqué or et rechargeable.

 

J’adore de Dior (1999)


Création contemporaine de Calice Becker, J’adore est un bouquet floral qui se singularise par le duo de rose et d’une note inspirée par la « prune confite dans le vin de Banyuls », souvenir d’enfance de la parfumeuse. Le flacon, dessiné par Hervé Van der Straeten, est une amphore enveloppé dans son incurvation par des « colliers massaï », inspiré par les créations de John Galliano pour Dior. Il surmonté d’un globe.

J’adore a connu un grand succès depuis sa création.

Adrian

https://www.laculturegenerale.com

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