Le sophisme par association est un type de sophisme, c’est-à-dire un raisonnement qui part de prémisses vraies mais dont la conclusion n’est pas correcte, qui consiste déduire du fait que, parce que deux éléments sont associés (liés ou connectés) d’une manière ou d’une autre, ils partagent, en conséquence, des caractéristiques.

Autrement dit :

  1. l’élément A et l’élément B appartient à un même ensemble E ;
  2. l’élément A a la caractéristique C ;
  3. donc B a aussi la caractéristique C.

Or, dans de nombreux cas, le fait que des éléments A et B aient quelque chose en commun, ou qu’ils appartiennent à un même ensemble, n’entraîne pas systématiquement le fait qu’ils partagent des caractéristiques. Cela peut arriver dans certains cas, par exemple entre animaux d’une même famille, mais cela n’est pas toujours le cas.

 

Le déshonneur par association (sophisme par association)


Plus concrètement, ce type de sophisme est très souvent employé dans le débat public comme un argument ad hominem (s’attaquer à une personne plutôt qu’à ses propos) pour discréditer ou déshonorer un adversaire. On peut parler de « culpabilité par association » (pour traduire l’anglais guilt by association) ou de « déshonneur par association ».

Ce sophisme consiste à associer son adversaire à quelqu’un ou quelque chose de négatif ou de diabolisé, pour le discréditer ou disqualifier ses arguments. Untel a tel ami douteux qu’il en devient douteux lui-même. On joue ainsi sur la répugnance  ou réprobation de son auditoire pour le comparant pour étendre la répugnance ou la réprobation au comparé. 

Autre exemple :

Alice est une femme politique de gauche. Elle propose d’augmenter le budget de l’armée. Pierre, un homme politique de droite, a la même proposition.
Michel est autre homme politique de gauche, comme Alice. Il accuse Alice de ne pas être une candidate sincère de gauche, parce que sa proposition est identique à celle d’un candidat de droite.

Michel tente de discréditer un concurrent à gauche, Alice, en employant un sophisme par association. En l’associant à un candidat de droite sur le seul fondement d’une proposition commune, il souhaite la discréditer aux yeux des électeurs de gauche, ou du moins de lui communiquer un peu de la répugnance que peuvent avoir des électeurs pour un parti qui n’est pas le leur. Pour ne pas produire un argument captieux, Michel aurait plutôt dû essayer de démontrer pourquoi la proposition d’Alice n’est pas, selon lui, cohérente avec son engagement à gauche.

Le type de sophisme par association le plus célèbre consiste associer un élément à Hitler (1889 – 1945) et aux nazis pour discréditer son adversaire. Du fait de leurs crimes, Hitler et les nazis servent de référence suprême du mal, et personne ne souhaite y être associé. Par exemple, le philosophe Nietzsche (1844 – 1900) est parfois désigné comme l’une des inspirations d’Hitler. On en conclut abusivement donc que Nietzsche était peut-être un proto-nazi, ou que sa philosophie serait le terreau de l’idéologie nazie. Cette simple association ne constitue pas une preuve de la justesse de l’argument.

Ce procédé rhétorique a été baptisté avec humour reductio ad hitlerum (« réduction à Hitler » en latin) par le philosophe germano-américain Leo Strauss (1899 – 1973). Il faut bien comprendre qu’une comparaison avec Hitler et le nazisme n’est pas irrecevable en soi, mais qu’un simple point en commun ne discrédite pas, en lui-même, la personne ou la chose qui le partage. Autre exemple moins sérieux, les végétariens sont parfois moqués par des détracteurs parce que Hitler aurait renoncé lui aussi à l’alimentation carné. Or, un point commun peut provoquer une répugnance immédiate. 

L’accusation de responsabilité collective peut être considérée comme un déshonneur par association. Elle consiste à considérer l’ensemble des membres d’un groupe responsable pour l’agissement de certains de ses membres. Puisque A, B et C, qui appartiennent au groupe G, ont commis des méfaits, alors D, E et F, qui appartiennent au même groupe G, peuvent aussi être tenus pour responsables. Par exemple, un peuple est parfois considéré abusivement comme collectivement responsable des agissements de son gouvernement, même d’un gouvernement autoritaire, alors même que certains citoyens peuvent totalement réprouver les agissements leur gouvernement. 

 

L’honneur par association


Inversement, le sophisme par association peut servir à ennoblir quelque chose ou quelqu’un. On espère qu’en associant quelqu’un ou quelque chose à un élément positif, cet élément communiquera un peu de son prestige.

Par exemple :

  1. un livre d’histoire écrit par Paul, a été encensé par Mélanie ;
  2. or, Mélanie est une historienne reconnue ;
  3. le livre d’histoire écrit par Paul est donc probablement un grand livre.

Le sophisme consiste à considérer que, puisque Mélanie est une historienne reconnue, alors le livre qui touche à une même matière, l’histoire, écrit par Paul, est bon aussi. Le procédé consiste ici à emprunter du prestige à un quelqu’un de reconnu.

Le marketing des livres ou des films utilise souvent ce procédé pour « emprunter » du prestige à des noms célèbres et aimés.

L’ « appel à Galilée » (Galileo gambit en anglais) appartient à ces sophismes. Il consiste à se placer sous la figure tutélaire du savant italien lorsque l’on tient des propos qui contredisent un consensus scientifique. Puisque que, selon la légende, Galilée (1564 – 1642) a été persécuté pour sa théorie héliocentrique par les autorités ecclésiastiques, alors « moi » qui suis persécuté, je suis dans une situation analogue à celle de Galilée, et il se peut que l’histoire prouve la justesse de mes propos.