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Pourquoi les orthodoxes fêtent Noël le 7 janvier ?

Pourquoi les orthodoxes fêtent Noël le 7 janvier ?
Publié le 13/10/2026
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⏳ Temps de lecture : 6 minutes

Le 25 décembre, une famille grecque ouvre ses cadeaux. À Belgrade, Noël se fera attendre treize jours. Même foi. Même Christ. Deux dates. Vous voulez comprendre pourquoi le Noël orthodoxe tombe le 7 janvier pour une partie des fidèles ? Un seul mot suffit à l’expliquer : calendrier. Dérive astronomique, réforme papale, bras de fer politique : voici l’histoire complète.

Ce qu’il faut retenir

  1. Le 25 décembre du calendrier julien équivaut au 7 janvier grégorien.
  2. L’écart entre les deux calendriers atteint treize jours.
  3. La Russie, la Serbie, la Géorgie et Jérusalem gardent le calendrier julien.
  4. La Grèce, la Roumanie et Chypre fêtent Noël le 25 décembre.
  5. Le 7 janvier deviendra le 8 janvier à partir de 2101.

Noël orthodoxe le 7 janvier : une même date lue sur deux calendriers

Commençons par un point de vocabulaire. Le calendrier julien et le calendrier grégorien donnent deux noms au même jour. Les Églises fidèles au premier fêtent la Nativité le 25 décembre de leur calendrier. Reportez ce jour sur votre agenda : vous tombez sur le 7 janvier. Rien de plus.

🚫 Piège
Croire que les orthodoxes repoussent Noël de treize jours. Aucun d’eux ne repousse quoi que ce soit : les Églises de tradition julienne fêtent le 25 décembre de leur propre calendrier. Le prétendu retard naît quand vous lisez cette date avec le calendrier grégorien, pris pour étalon universel. Voilà la cause de l’erreur.

Onze minutes qui ont tout déréglé

D’abord, Jules César veut un calendrier simple. Son système, lancé au Ier siècle avant notre ère, fixe l’année à 365,25 jours : un 29 février tous les quatre ans. Pourtant, l’année solaire dure environ 365,2422 jours. L’écart avoisine onze minutes par an. Presque rien.

Imaginez une montre qui dérive de quelques minutes par an. Cette année, vous ne ratez aucun train. Dans un siècle, vous les ratez tous. Le calendrier julien a joué ce rôle : il décalait les saisons d’un jour environ tous les 130 ans. Au XVIe siècle, le retard atteint dix jours. Pâques, fête du printemps, glisse alors vers l’été.

1582 : Rome remet les pendules à l’heure

Alors, le pape Grégoire XIII tranche. Sa bulle Inter gravissimas supprime dix jours. Elle change aussi la règle des siècles : une année séculaire ne reste bissextile que si elle se divise par 400. Les États catholiques appliquent la réforme dans les mois qui suivent. Les pays protestants suivent plus tard, par étapes. Les Églises orthodoxes, elles, restent à l’écart de cette réforme venue de Rome.

Or une formule célèbre, souvent prêtée à Kepler mais que des historiens attribuent plutôt à Voltaire, résume l’esprit du moment :

Les protestants préfèrent être en désaccord avec le Soleil plutôt qu’en accord avec le pape.

Pourquoi les orthodoxes n’ont-ils pas suivi Rome ? Parce qu’ils ne dépendaient pas du pape. Mais le tiraillement entre exactitude astronomique et fidélité à la tradition nourrit toute la suite. Là où cela devient fascinant : le calcul de l’écart.

Treize jours d’écart : le calcul qui explique tout

Ainsi, chaque siècle non divisible par 400 creuse l’écart. Le calendrier grégorien saute alors son 29 février, le julien le conserve. Résultat : un jour de plus à chaque passage. Le tableau suivant montre la mécanique à l’œuvre. Simple. Implacable.

Période Écart entre les deux calendriers Noël julien (25 décembre) correspond au
De 1582 à février 1700 10 jours 4 janvier
De mars 1700 à février 1800 11 jours 5 janvier
De mars 1800 à février 1900 12 jours 6 janvier
De mars 1900 à février 2100 13 jours 7 janvier
À partir de mars 2100 14 jours 8 janvier

Observez la dernière colonne. Isaac Newton illustre ce jeu de dates : il naît à Noël 1642 dans une Angleterre encore julienne. Sur le continent, on compte déjà le 4 janvier 1643. Même naissance, deux dates.

Et après 2100 ? Le 8 janvier prend le relais.

⚠️ Remarque
De 1900 à 2100, Noël julien tombe chaque année un 7 janvier grégorien, bissextile ou non. Raison : les deux calendriers ajoutent leur 29 février aux mêmes années, y compris en 2000. L’écart ne bouge qu’au passage d’un siècle non divisible par 400. Le saut à quatorze jours, en mars 2100, ne se verra donc à Noël qu’en janvier 2101.

1923, l’année où les orthodoxes ont cessé de marcher au même pas

Avant 1927, tous les pays à majorité orthodoxe adoptent le calendrier grégorien pour la vie civile. Leurs Églises nationales, non. En 1923, un congrès réuni à Constantinople cherche une issue. Il propose un calendrier julien révisé, conçu par le scientifique serbe Milutin Milanković. Ce système retire treize jours au julien et corrige la règle des siècles. Sa partie solaire coïncide avec le grégorien de mars 1600 à février 2800.

Mais ce congrès dit « panorthodoxe » porte mal son nom. Seuls les patriarcats de Constantinople et de Serbie y envoient des représentants. Jérusalem, Antioche, Alexandrie et Moscou manquent à l’appel. Ironie de l’histoire : l’Église serbe, dont Milanković était le conseiller scientifique, continue d’employer le calendrier julien.

Ensuite, Constantinople, Antioche, la Grèce, Chypre, la Roumanie et la Bulgarie adoptent la nouvelle règle. Ces Églises fêtent Noël le 25 décembre, en phase avec les catholiques. Pourtant, presque toutes gardent la méthode julienne pour calculer Pâques. Seules les Églises de Finlande et d’Estonie font exception. Résultat : un fidèle grec célèbre Noël avec l’Occident, puis Pâques à une date qui peut différer.

Moscou résiste, et pas seulement pour la liturgie

Pendant ce temps, la Russie suit un autre chemin. En 1918, le pouvoir bolchevique impose le calendrier grégorien : le lendemain du 31 janvier devient le 14 février. L’Église russe, réunie en concile, décide de garder le julien. Le nouveau calendrier porte désormais la marque du pouvoir bolchevique. En 1923, les autorités soviétiques pressent le patriarche Tikhon d’adopter le nouveau style. L’initiative tourne court devant l’opposition des croyants.

Un simple calendrier peut-il fracturer une Église ? L’histoire répond oui. La réforme de 1923 a provoqué des schismes : les orthodoxes dits vieux-calendaristes l’ont rejetée et s’en tiennent au calendrier julien. Reste à savoir qui fête quoi aujourd’hui.

Qui fête Noël quand ? La carte actuelle des Églises

Pourtant, dire « Noël orthodoxe, c’est le 7 janvier » raccourcit trop. Une majorité d’Églises orthodoxes indépendantes fête Noël le 25 décembre. Mais l’Église russe, la plus nombreuse, garde le 7 janvier. Son poids a sans doute imposé le raccourci. Voici la carte réelle.

Église ou tradition Calendrier appliqué à Noël Date de Noël (calendrier grégorien)
Russie, Serbie, Géorgie, patriarcat de Jérusalem, mont Athos Julien 7 janvier
Constantinople, Antioche, Grèce, Chypre, Roumanie, Bulgarie Julien révisé 25 décembre
Église orthodoxe d’Ukraine (depuis 2023) Julien révisé 25 décembre
Églises copte et éthiopienne Calendriers propres, au rythme bissextile julien 7 janvier
Église apostolique arménienne Nativité fêtée avec la Théophanie 6 janvier
Patriarcat arménien de Jérusalem Julien 19 janvier

Un pays, deux dates : le cas ukrainien

Dernier exemple en date : l’Ukraine. Le 24 mai 2023, le concile des évêques de l’Église orthodoxe d’Ukraine approuve le passage au calendrier julien révisé à compter du 1er septembre. Le 28 juillet, le président Volodymyr Zelensky signe la loi qui déplace le jour férié de Noël au 25 décembre. Décembre 2023 marque ainsi le premier Noël fêté officiellement un 25 décembre dans le pays. Une Église rivale, proche de Moscou, annonce alors qu’elle maintient le 7 janvier.

💡 Astuce
Avant d’envoyer vos vœux à un proche orthodoxe, repérez son Église, pas son pays. La frontière des dates suit celle des juridictions. Aux États-Unis, les Églises de tradition grecque et antiochienne fêtent le 25 décembre, tandis que des paroisses serbes fêtent le 7 janvier. Russie, Serbie, Géorgie : 7 janvier. Grèce, Roumanie, Chypre : 25 décembre.

Arménie : Noël et Épiphanie réunis le 6 janvier

Le 25 décembre a-t-il toujours été la date de Noël ? Non. Il apparaît pour la première fois dans un calendrier romain de 354. En Orient, la naissance du Christ se fêtait alors le 6 janvier, jour de l’Épiphanie. L’Église apostolique arménienne a conservé cet usage : elle célèbre Nativité et Théophanie ensemble, le 6 janvier. Le patriarcat arménien de Jérusalem, resté au calendrier julien, décale la fête au 19 janvier.

Trois questions, trois réponses nettes

Quand tombe Noël orthodoxe en 2027 ?

Le jeudi 7 janvier 2027. La liturgie de la nuit du 6 au 7 janvier ouvre la fête, après un jeûne d’environ six semaines, du 28 novembre au 6 janvier. Ces repères valent pour les Églises restées au calendrier julien.

Jésus est-il né un 25 décembre ?

Personne ne peut l’affirmer. La plupart des grandes confessions chrétiennes ne tiennent pas le 25 décembre pour la date historique de la naissance. Elles le célèbrent par tradition, parce qu’il s’agit de la date la plus anciennement attestée. La plupart des Églises s’accordent donc sur le 25 décembre. Elles divergent seulement sur le calendrier qui le mesure.

Le 7 janvier changera-t-il un jour ?

Oui, si l’Église russe garde le calendrier julien. En mars 2100, l’écart passe à quatorze jours. Noël julien tombera alors le 8 janvier 2101. Ensuite, le glissement continue : trois jours tous les quatre siècles, puisque le calendrier grégorien retire trois jours bissextiles sur cette durée.

Deux dates, une seule fête

Voilà la clé du mystère. Les orthodoxes de tradition julienne ne retardent rien : ils comptent les jours avec un calendrier hérité de la Rome antique, jamais corrigé. Les autres Églises ont remis leurs pendules à l’heure, en 1923 ou en 2023. Alors, 25 décembre ou 7 janvier ? Les deux, selon l’Église que vous interrogez.