L’argent n’a pas d’odeur : origine et signification de l’expression

L’argent n’a pas d’odeur signifie que l’argent est toujours bon à prendre, peu importe sa provenance. 

 

Origine de l’expression « l’argent n’a pas d’odeur »


argent a pas odeur origine signification

Changeurs d’argent, élève de Marinus van Reymerswale, 1548 (détail) | Wikimedia Commons

Ce proverbe est d’origine latine : pecunia non olet.

Il pourrait venir de l’attribution à l’empereur romain Vespasien (hypothèse rapportée par The Routledge Dictionary of Latin Quotations), qui a régné de 69 à 79 ap. J.-C, d’un bon mot sur l’impôt de l’urine, par le notable et biographe romain Suétone (70 – 122 ap. J.-C.), dans sa Vie des douze Césars (IIe siècle).

Suétone reproche à Vespasien son goût pour l’argent, et le peu de cas qu’il faisait de la provenance de ses ressources, bien qu’il pût avoir été nécessaire de remplir les caisses du trésor :

(1) Le seul reproche qu’on lui fasse avec raison, c’est d’avoir aimé l’argent. (2) En effet, non content d’avoir rétabli les impôts abolis sous Galba, d’en avoir ajouté de nouveaux et de plus lourds, d’avoir augmenté et quelquefois doublé les tributs des provinces, il fit des négoces honteux même pour un particulier, achetant des marchandises pour en tirer profit plus tard. (3) Il ne se faisait point scrupule de vendre les magistratures aux candidats, ni les absolutions aux accusés, tant innocents que coupables. (4) On croit même qu’il affectait d’élever aux plus grands emplois ses agents les plus rapaces, afin de les condamner lorsqu’ils se seraient enrichis. Il s’en servait, disait-on, comme d’éponges que l’on trempe quand elles sont sèches, et que l’on presse quand elles sont humides. (5) Cette cupidité, selon quelques-uns, était dans son caractère, et lui fut reprochée par un vieux bouvier qui, ne pouvant en obtenir la liberté gratuite, lorsqu’il fut parvenu à l’empire, s’écria que le renard changeait de poil, mais non de moeurs. (6) Selon d’autres, c’était un effet de la nécessité. Le trésor et le fisc étaient si pauvres, que Vespasien fut obligé de recourir au pillage et à la rapine; et c’est ce qui lui fit déclarer à son avènement au trône, que l’État avait besoin de quatre milliards de sesterces pour subsister. (7) Cette dernière opinion paraît d’autant plus vraisemblable, que Vespasien faisait un excellent emploi de ce qu’il avait mal acquis.

Traduction de 1893, revue en 2001

Cette quête effrénée de l’argent est résumée par une réponse supposée de l’Empereur à son fils Titus, qui lui avait rapproché d’avoir créé un impôt sur les urines, ingrédient employé dans le processus de fabrication et de nettoyage des tissus :

Son fils Titus lui reprochait d’avoir mis un impôt sur les urines. Il lui mit sous le nez le premier argent qu’il perçut de cet impôt, et lui demanda s’il sentait mauvais. Titus lui ayant répondu que non: « C’est pourtant de l’urine », dit Vespasien.

On le voit cependant, l’anecdote n’est pas identique au proverbe tel qu’il est connu aujourd’hui.

De manière semblable, le poète latin satirique Juvénal (Ier siècle ap. J.-C.) a écrit dans sa Satire XIV que :

L’argent a bonne odeur d’où qu’il vienne.

Lucri bonus est odor ex re qualibet

Léon Bloy (1846 – 1917) a fait une exégèse de ce « lieu commun » :

C’est tout de même réjouissant de pouvoir se dire que les Flaviens couverts de gloire n’étaient pas moins insatiables ni plus dégoûtés que nos bourgeois. Vespasien, qui pouvait manger deux mille sesterces à chaque repas, comme Vitellius, ne dédaignait pas d’utiliser le pipi romain et de faire argent de tout ce qui pouvait sortir des maîtres du monde.

L’exemple n’a pas été perdu et les spéculateurs du vingtième siècle aiment à s’en prévaloir. Seulement cette famille d’empereurs avait abattu Jérusalem et mis à mort onze cent mille Juifs, tandis que les bourgeois s’associent avec Israël pour le rendement des lieux. Cela fait une différence.

— Tire-moi, dit la bien-aimée du Cantique, nous courrons après toi, dans l’odeur de tes parfums.

Exégèse des lieux communs, CXVIII, L’argent n’a pas d’odeur

Elle a été contestée dans le film Les Valseuses (1972) de Bertrand Blier : 

La bonne odeur du pognon. Jamais se fier aux proverbes : l’argent a une odeur, sublime, et la sagesse populaire on l’emmerde ! Le blé, ça sent tellement bon qu’on devrait se parfumer avec.

Rapporté par le Dictionnaire des expressions et locutions (Robert)

 

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