« Qu’ils mangent de la brioche ! »

« S’ils n’ont pas de pain, qu’ils mangent de la brioche ! » est une phrase attribuée à la reine de France (puis des Français) Marie-Antoinette (reine de 1774 à 1792). Elle aurait fait cette remarque en voyant depuis le château de Versailles la foule des femmes affamées arrivées de Paris le 5 octobre 1789 pour réclamer du pain « au boulanger » (au roi), « à la boulangère » (la reine) et au « petit mitron » (au dauphin).

Cette réplique est souvent comprise comme l’expression brutale de l’égoïsme de Marie-Antoinette, du mépris qu’elle aurait voué aux petites gens dénués de moyens de subsistance. Elle achève son portrait de reine légère, dépensière et frivole. Toute l’ironie du propos se trouve dans le fait que des pauvres dénués de pain ont encore moins les moyens de consommer la brioche, plus chère encore. Il révèle brutalement la distance sociale qui sépare le couple royal de ses sujets, distance à laquelle la mémoire collective attribue un rôle important dans le déclenchement de la Révolution de 1789.

L’un d’eux clame : « Il n’ont plus de Diesel ? Qu’ils mettent donc du sans plomb ! » Propos prêté à Brigitte Macron et qui rappelle la fameuse apostrophe de Marie-Antoinette : « Ils n’ont plus de pain ? Qu’ils mangent de la brioche ! »

Christophe Barbier, Macron sous les masques

 

À lire ici : qui a dit « tout est perdu, fors l’honneur » ?

 

« Qu’ils mangent de la brioche » : une phrase de Marie-Antoinette ?


Cette phrase est bien sûr apocryphe. Marie-Antoinette n’a probablement jamais dit cela. Il semble que ce soit l’écrivain et journaliste Alphonse Karr (1808 – 1890) qu’il l’ait attribué à la reine, dans une revue satirique de 1841, Les Guêpes :

À propos des ouvriers et de leur misère, le Journal des débats a trouvé un remède ; – c’est qu’ils mettent à la caisse d’épargne.
Cet aperçu rappelle le mot vrai ou faux qu’on rapporte de Marie-Antoinette : – S’il n’y a pas de pain on mangera de la brioche.

Il est difficile de savoir pourquoi Karr attribue ce mot à Marie-Antoinette, puisqu’il est semble être le premier à le faire à l’écrit. On ne trouve pas de trace de ce reproche fait à la reine pendant la Révolution, bien qu’elle ait été impopulaire et que nombre de rumeurs et de fantasmes aient couru sur elle. Karr même n’est pas dupe de cette attribution qu’il met en question. Une citation dans La France littéraire, artistique, scientifique du 30 juin 1865 ne lui prête pas plus de vérité :

On prête aussi à Marie-Antoinette ce mot atroce : Ils n’ont pas de pain, qu’ils mangent de la brioche. Il a été prouvé que ce n’était qu’une réédition méchante d’une parole italienne prononcée deux ou trois siècles avant elle.

En réalité, Karr n’a pas repris « une parole italienne », mais Jean-Jacques Rousseau (1712 – 1778) dans le livre VI des Confessions (1782)  :

Enfin je me rappelai le pis-aller d’une grande princesse à qui l’on disait que les paysans n’avaient pas de pain, et qui répondit : Qu’ils mangent de la brioche. J’achetai de la brioche.

Rousseau ne précise pas qui est cette « princesse allemande » évoquée au passage dans cette anecdote. Il n’est peut-être pas l’inventeur de cette histoire, mais le mot se trouve le plus anciennement à l’écrit chez lui. Il est plusieurs fois cité au début du XIXe siècle, témoignage de sa popularité parmi les élites lettrées :

Aimbales imitateurs de cette princesse qui s’écriait, dans un moment de disette : « Si le peuple n’a pas de pain, qu’il mange de la brioche ! »

La Décade philosophique…, 1804

 

– Vous m’avez dit cependant qu’il y avait eu une famine. – Oui, pour le peuple ; mais les grands citoyens, les Brutus, les princes de l’égalité, se régalaient de foie gras aux truffes, quand nos femmes et nos filles allaient faire la queue pour avoir deux onces de pain. D’ailleurs, ceux qui n’avaient pas de pain mangeait de la brioche ; 

Journal des débats politiques et littéraires, 10 août 1820

Selon Véronique Campion-Vincent and Christine Shojaei Kawan, cette citation pseudo-historique aurait été largement diffusée par un livre allemand de 1931 destiné aux enfants, Pünktchen und Anton (non-traduit en français), par l’écrivain Erich Kaestner (1899 – 1974) : 

Die Königin Marie Antoinette stand am Fenster und fragte einen hohen Offizier: ‘Was wollen die Leute?’ ‘Majestät’, antwortete der Offizier, ‘sie wollen Brot, sie haben zuwenig Brot, sie haben zu großen Hunger.’ Die Königin schüttelte verwundert den Kopf. ‘Sie haben nicht genug Brot?’ fragte sie. ‘Dann sollen sie doch Kuchen essen!’

La phrase est d’ailleurs connue en anglais (Let them eat cake !).

Cette phrase sert aujourd’hui de supports à des articles qui, en démentant sa véracité, essaient de rehausser l’image fantasmée de Marie-Antoinette dans la mémoire collective.

 

À lire


Cécile Berly, Idées reçues sur Marie-Antoinette

Adrian

https://www.laculturegenerale.com

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