Définition
Avoir ou regarder avec des yeux de merlan frit signifie : avoir un regard niais, avoir un regard bĂȘta, avoir un regard stupĂ©fiĂ©, regarder avec des grands yeux dans le vide.
Voir ici : morue et cabillaud, quelle différence ?
Des « yeux de merlan frit » : origine de l’expression
Selon Duneton (La Puce Ă l’oreille), la carpe a fourni le prototype de l’expression. La mĂ©taphore “avoir des yeux de carpe frit” signifiait en effet “avoir les yeux rĂ©vulsĂ©s de telle maniĂšre qu’on en voit le blanc des yeux”, Ă propos de quelqu’un d’amoureux qui se pĂąme en voyant l’objet de ses dĂ©sirs. Duneton en donne pour preuve un extrait du Recueil de ces messieurs (1745) du comte de Caylus (1692 – 1765) :
Un jour, câĂ©tait pendant le grand chaud de lâĂ©tĂ©, sâĂ©tant retirĂ© dans une grotte qui Ă©tait au bord de ce canal, il vit une belle grande carpe, mais grande comme une personne ; ce quâon remarquait davantage, câĂ©tait ses yeux ; jamais on nâen avait vu de si tendres. Câest de lĂ quâon a dit des amants qui regardent tendrement leur belle : quâils font des yeux de carpe frite.
Au XIXe siĂšcle, lorsque naĂźt l’expression “avoir des yeux de merlan frit”, elle hĂ©rite quelque peu du sens de sa devanciĂšre, et signifie “avoir des yeux Ă©namourĂ©s” ou plus gĂ©nĂ©ralement, lever les yeux au ciel de telle façon qu’il n’en paraĂźt que le blanc.Â
– Dame ! elle est bien libre de me gober.
Célestine devint pùle.
– Eh bien ! fit-elle les dents serrĂ©es, que j’ l’y reprenne Ă te faire des yeux de merlan frit.
La prĂ©sence de la friture vient peut-ĂȘtre du plat de mĂȘme nom, oĂč le poisson est prĂ©sentĂ© se mordant la queue. Le sens de cette expression a finalement Ă©voluĂ©, pour qualifier un regard inexpressif, la face stupide de quelqu’un, analogue Ă celle d’un poisson mort. Selon le Dictionnaire historique de la langue française, “merlan” avait au XVIIe siĂšcle une valeur pĂ©jorative.
Exemples
- Cet enfant me regarde avec des yeux de merlan frit depuis 5 minutes. Je crois que ma glace le fascine.
«  Quand jâai proposĂ© mon idĂ©e, ils mâont tous regardĂ© avec des yeux de merlan frit !  » Patrick Ducceschi se souvient encore de ce moment oĂč il a fallu «  convaincre les grands chefs  ». Ce nâĂ©tait pas gagnĂ©, le projet semblait farfelu.Â

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