18 aliments venus d’Amérique

Certains aliments dont l’usage est courant aujourd’hui en France et dans le monde sont originaires d’Amérique. Ils ont été exportés après l’ouverture des échanges initiée par la colonisation européenne du continent.

 

Il manque certains aliments (le dindon, le manioc, la noix de pécan, etc.) et d’autres plantes (quinquina, etc.).

Il est souvent question dans l’article de Christophe Colomb (1451 – 1506), navigateur génois au service de l’Espagne, dont le voyage vers l’Amérique a ouvert la période de domination européenne sur ce continent qui était alors inconnu des habitants de « l’Ancien Monde », mais aussi des Mayas, civilisation qui s’est développée au centre de l’Amérique centrale actuelle (état du Yucatan au Mexique, Guatemala, Honduras, etc.), des Aztèques, peuple ayant exercé sa domination sur le centre du Mexique actuel, autour de sa capitale Tenochtitlan, l’actuelle Mexico, du XIVe au XVI, à la conquête d’Hernan Cortés (1485 – 1547), et des Incas, peuple ayant exercé sa domination de l’Équateur au Chili actuels du XVe siècle à la conquête, au XVIe siècle, par Francisco Pizarro (1475 – 1541).

 

1. L’ananas

L’ananas (Ananas comosus), plante dont on consomme le fruit, pourrait être originaire de la région où se joignent l’Argentine, le Paraguay et le Brésil. Il est domestiqué depuis le IVe millénaire av. J.-C. au moins par les populations proto-Tupis sur la côte Pacifique, de l’Équateur au Pérou. Les populations Caraïbes ayant émigré du nord du Vénézuéla vers les Antilles pourraient avoir transporté le fruit.

Christophe Colomb aurait connu l’ananas à son premier ou à son troisième voyage, sur la côte Est du Panama, et note que l’on fait du jus avec.

Le mot ananas est ainsi, probablement, un mot de langue tupi anana, ou nanas, « fruit excellent », « parfum ».

Il aurait été introduit en français par le voyageur français Jean de Léry (1536 – 1613) :

Quant aux plantes et herbes, dont je veux aussi faire mention, je commenceray par celles lesquelles, à cause de leurs fruict et effects, me semblent plus excellentes. Premierement la plante qui produit le fruict nommé par les sauvages Ananas, est de figure semblable aux glaieuls, et encores ayant les fueilles un peu courbées et cavelées tout à l’entour, plus approchantes de celles d’aloes. Elle croist aussi non seulement emmoncelée comme un grand chardon, mais aussi son fruict, qui est de la grosseur d’un moyen melon, et de façon comme une pomme de pin, sans pendre ni pancher de costé ni d’autre, vient de la propre sorte de nos artichaux.

Voyage au Brésil

Les hispanophones disent piña (ou ananá) et les anglophones pineapple, en raison, sûrement, de la ressemblance de l’ananas avec une pomme de pin.

Les Portugais transportent le fruit en Afrique au début du XVIe siècle, puis en Inde, aux Philippines et peut-être en Chine.

Aujourd’hui, les principaux exportateurs seraient le Costa Rica, les Philippines, Philippines, la Thaïlande, l’Indonésie, le Chili, la Côte d’Ivoire et l’Afrique du Sud.

 

À lire

Gary Y. Okihiro, Pineapple Culture: A History of the Tropical and Temperate Zones

2. L’avocat

L’avocat est le fruit de l’avocatier (Persea americana), arbre indigène de l’Amérique centrale, de la région du Chiapas au sud du Mexique, du Guatemala, du Salvador et du Honduras. Sa consommation est attestée au IXe millénaire av. J.-C., dans la vallée de Tehuacán (au centre du Mexique actuel), et sa culture systématique au IVe millénaire. Il était aussi cultivé au Pérou (IIIe millénaire).

Le terme avocat est entré dans la langue française depuis l’espagnol aguacate, qui est une transcription du terme de la langue nahuatl (aztèque) ahuacatl. Contrairement à la croyance, ce terme ne signifie pas testicule, mais a été utilisé de manière métaphorique pour désigner cet organe. Les Aztèques ont pu considérer, comme d’autres peuples indigènes, que la forme du fruit était analogue à ses propriétés.

Le terme guacamole est, lui, un emprunt au nahuatl ahuacamolli, molli signifiant « sauce ». Les Aztèques consommaient entre autres l’avocat sous forme de pâtes à laquelle ils ajoutaient des épices. Mais le fruit avait de nombreux usages, de la médecine aux cosmétiques.

En revanche, dans les anciennes terres incas (Équateur, Bolivie, Pérou, etc.), le terme palta, emprunté à la langue quechua (une langue inca), est utilisé.

 

À lire

Emory Dean Keoke, Kay Marie Porterfield, Encyclopedia of American Indian Contributions to the World

Ralph John Penny, A History of the Spanish Language

The Avocado in the Prehispanic Time Avocados in the Prehispanic Time

The Cambridge World History of Food

 

3. La cacahuète

La cacahuète est le fruit de l’arachide (Arachis hypogaea), une plante herbacée pouvant mesurer 90 cm de haut. Les gousses contenant les grains ont la particularité de pousser dans le sol.

Le terme vient du nahuatl (aztèque) tlalcacahuatl, composé de tlalli, « la Terre, le terrain, le sol », et de cacahuatl, « fèves de cacao ». Pour les Aztèques, les cacahuètes étaient le cacao de terre. Les Français la nomment un temps « pistache de terre », bien que la plante soit proche des légumineuses. Le terme maní, employé en Amérique, pourrait être originaire des langues arawak (des Amérindiens des Antilles).

Cette plante semble être originaire du Brésil. Sa culture s’est développée dans la région andine du Pérou (depuis le IIIe millénaire av.J.-C.), dans les Caraïbes, et au Mexique (vallée du Tehucán), depuis le VIe siècle ap. J.-C. au moins.

Les Portugais l’exportent en Afrique occidentale où elle s’implante avec facilité. Les Français développent au Sénégal au XIXe siècle la production d’arachide, qui est exportée dans usines de la région de Marseille pour en tirer de l’huile. Elle occupe une place importante dans la gastronomie de plusieurs cultures de la région, dont le mafé, sauce originaire du Mali avec pour base la cacahuète, offre un bel exemple, comme la place tenue par la Dakatine (Dakar – Tartine), célèbre marque de beurre de cacahuètes. Les Espagnols l’exportent vers les Philippines et, elle se diffuse, de là peut-être, vers le Japon, la Chine, l’Inde (où les Britanniques la produisaient) et l’Afrique orientale.

Selon Serge Volper, la rapidité avec laquelle la cacahuète se serait diffusée aurait fait oublier l’origine de la plante, dont la genèse américaine n’aurait été établie avec sûreté qu’au XIXe siècle, quand Bentham trouve cinq nouvelles espèces au Brésil en 1858.

 

À lire 

Andrew F. Smith, Peanuts: The Illustrious History of the Goober Pea

Serge Volper, Une histoire des plantes coloniales: du cacao à la vanille

 

4. Le cacao

Le cacaoyer (Theobroma cacao, theobrama signifie en grec « nourriture des dieux ») est un arbre dont on consomme les fèves (graines) contenues dans son fruit, une cabosse, sorte de grosse baie. Elle est indigène à la zone tropicale américaine, et pousse toujours à l’état sauvage dans la forêt tropicale amazonienne.

Les Mayas, qui nommaient le cacao ka-ka-wa (terme peut-être d’origine olmec) avaient déjà mis en place des procédés pour en tirer une boisson. Ils faisaient fermenter les fèves avant de les torréfier, puis de les broyer pour en faire une pâte, et de les consommer à l’état liquide, chaudes ou froides. Le cacao faisait parti du tribut versé aux Aztèques par les peuples conquis (de l’état du Chiapas, et des États du Salvador et du Guatemala actuels). La bouillie de cacao, consommée par l’élite aztèque avant tout en raison de la rareté du produit, le chocolatl (xocoatl) en langue nahuatl, a donné chocolat (cacao nous étant parvenu aussi par le nahuatl cacahuatl). Il était parfois consommé avec de la vanille, des écorces et des épices, comme le chili. Elle pouvait être épaissie avec de la farine de maïs, ou adoucie avec du miel. Les fèves de cacao pouvaient aussi être consommées directement, ou sous forme de pâte solide. Les Aztèques lui prêtaient des vertus aphrodisiaques, et médicinales.

Les fèves cacao avaient aussi un rôle fondamental : celui de monnaie

Le cacao était aussi un bien de consommation de l’élite chez les Incas.

La plante est connue des Européens des Christophe Colomb, mais Hernan Cortès, conquérant du Mexique, apprend des Aztèques comment en tirer une préparation. Le chocolat devient une boisson de l’élite espagnole, appréciée notamment par Charles Quint (né en 1500 mort en 1558) et les Habsbourg, avant de se diffuser à l’élite du reste de l »Europe. Il semble se répandre dans l’élite française à partir du mariage d’Anne d’Autriche (qui était espagnole, r. 1615 – 1651) avec Louis XIII (r. 1610 – 1643) en 1615.

Sa consommation ne se démocratise qu’à partir du XIXe siècle, grâce à la diffusion de la culture du cacaoyer sur d’autres territoires, et à la réduction des coûts. En 1828, le néerlandais Coenraad Van Houten développe une presse hydraulique qui permet de séparer le beurre et la poudre de cacao, le rendant ainsi plus digeste. Le chocolat au lait est développé en Suisse à la fin du XIXe siècle.

Aujourd’hui encore, les Européens, Suisses, Allemands et Irlandais en tête, sont les plus gros consommateurs de chocolat.

 

À lire

Martine Pedron, Tomate, avocat, piment. Ces plantes venues d’Amérique, L’Histoire magazine, 2005

Emory Dean Keoke, Kay Marie Porterfield, Encyclopedia of American Indian Contributions to the World

The Cambridge World History of Food

Kenneth F. Kiple, A Movable Feast: Ten Millennia of Food Globalization

De Dirk R. Van Tuerenhout, John M. Weeks, The Aztecs: New Perspectives

Serge Volper, Une histoire des plantes coloniales: du cacao à la vanille

 

5. Des Cucurbitacées 

La plupart des plantes de la famille des Cucurbitacées sont originaires d’Amérique. On en consomme le très gros fruit qui peut être de couleur variable (orange, jaune, vert, etc.). Parmi celles-ci, la courge du Mexique (Cucurbita argyrosperma), qui semble peu consommée en France, le potiron (C. maxima), la courge musquée (Cucurbita moschata) dont la courge butternut (la doubeurre), etc.

Le terme générique étatsunien pour les courges, squash, vient de la langue narragansett (nord-est des États-Unis) askutasquash, qui signifie « mangé cru ou non-cuit ».

La consommation de la chair des courges ornementales, dont l’apparence est semblable à celle des courges comestibles, peut être dangereuse.

 

À lire

Le potiron : de l’Amérique précolombienne à Halloween

How did the squash get its name?

 

6. La goyave

La goyave, fruit du goyavier (Psidium), en forme de poire ou de pomme, serait originaire du Brésil, et aurait été exporté par les populations caraïbes vers les Antilles.

Le terme vient des langues arawak (Amérique du Sud et Antilles) guyaba, guayaba ou guava.

Le fruit était consommé par les populations indigènes d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud, les feuilles, racines et écorces utilisées dans des infusions pour leurs vertus médicinales. Mais la goyave est restée peu consommée en Europe.

Les principaux producteurs mondiaux sont aujourd’hui l’Inde, la Chine et la Thaïlande. La France en produit sur ses territoires tropicaux, Martinique, Guadeloupe, Guyane, île de la Réunion, Mayotte, etc.

 

À lire

The Cambridge World History of Food

 

7. Le haricot commun

Le haricot commun (Phaseolus vulgaris) semble être originaire d’Amérique centrale, mais était consommé aussi dans les Andes. La plupart des espèces présentes en Europe sont d’origine andine.

L’origine du terme haricot est obscure, d’autant qu’il désignait en français, avant la plante, un ragoût. Il vient peut-être de l’espagnol alubia, lui-même venu de l’arabe.

Les Aztèques, dans leurs jeux de hasard, les patolli, utilisaient des haricots. Le patolli désigne plus précisément les haricots hallucinogènes produits par plusieurs plantes, et avec lesquels les Aztèques jouaient.

 

8. Le maïs

Le maïs (Zea mays), originaire du Mexique, était l’aliment de base de nombreux peuples indigènes d’Amérique, notamment des Incas, des Mayas et des Aztèques.

Le terme vient des langues arawak (langue des Amérindiens des Antilles), probablement du taino d’Haïti, sous la forme mahiz. 

Il était notamment consommé sous forme d’une crêpe, la tortilla (terme espagnol, diminutif de tourte), sous forme de bouillie, en petits pains, tamalli, ou, chez les Mayas, sous forme de bière, la chicha. Les peuples américains avaient déjà, à l’arrivée des Européens, effectué les travaux de croisement et d’hybridation pour cultiver les espèces les plus productives.

Le maïs est rapporté en Europe par Christophe Colomb, où sa culture se développe très rapidement, contrairement à celle de la pomme de terre. Sa diffusion en Asie a fait l’objet d’un débat sur sa présence avant les voyages européens, notamment en Inde. Il aurait été alors apporté par des voyageurs américains par le Pacifique. Mais cette théorie n’est pas avérée.

Aux États-Unis, le maïs doux (sweet corn), cultivé pour sa teneur en sucre, est transmis aux colons par les Iroquois aux XVIIIe siècle. Aujourd’hui, le maïs est la première culture étatsunienne.

Le maïs est adopté par les paysans en France, ou il remplace par endroits le millet. Il sert à l’alimentation du bétail et de l’Homme, mais il est un aliment de pauvre. Sa culture, bien qu’encouragée ponctuellement (par les physiocrates au XVIIIe siècle par exemple), est restée longtemps suspecte, du fait de son rendement, de la suspicion d’une consommation excessive d’eau ou d’épuisement des sols. Bien que la France soit un producteur important de maïs aujourd’hui, il garde mauvaise presse.

 

À lire 

Dictionnaire historique de la langue française

The Cambridge World History of Food

Sweet Corn (College of Agriculture and Life Science, University of Arizona)

Le maïs en France avant les hybrides (inra)

 

9. La papaye

Le papayer (Carica papaya) est un arbre tropical originaire d’Amérique centrale. Les Mayas cultivaient l’arbre en vergers, et consommaient notamment ses fruits , les papayes (à ne pas confondre avec les paw-paw) pour leurs vertus digestives. Le papayer a l’avantage de pousser très vite (il produit des fruits 9 à 12 mois après avoir été planté).

Le terme vient peut être d’une langue caraïbe.

La papaye est aujourd’hui une des principales cultures tropicales du monde. Le papayer est aussi cultivé pour une enzyme, la papaïne.

 

À lire

Emory Dean Keoke, Kay Marie Porterfield, Encyclopedia of American Indian Contributions to the World

The Cambridge World History of Food

Mariana Chávez-Pesqueira, and Juan Núñez-Farfán, Domestication and Genetics of Papaya: A Review

 

10. La patate douce

La patate douce (Ipomoea batatas) est une plante tubéreuse dont les nutriments forment, dans ses racines, la patate consommée. Elle est originaire de la région andine, peut-être domestiquée dès 2000 avant J.-C., et développée sous de nombreuses variétés. Elle n’est pas apparentée à la pomme de terre.

La plante est connue de Christophe Colomb, soit à son premier voyage, soit à son quatrième. Elle est appréciée en Europe pour son goût sucré, et des vertus aphrodisiaques lui sont prêtées.

Le terme viendrait du quechua papa ou du taino (une langue des Caraïbes) batata.

La présence de la patate douce à l’arrivée des Européens dans le Pacifique Sud a suscité un débat, non réglé, sur son éventuel export par voyages transocéaniques entre l’Amérique et l’Océanie, avant la conquête espagnole. Cette théorie s’appuie notamment sur l’homonymie entre le polynésien kuumala, et les mots quechua kumara, cumar, cumal, autres termes qui désignent la patate douce. En 1947, l’aventurier danois Thor Heyerdahl (1914 – 2002), dans le but de prouver que les populations du Pérou actuels étaient des voyageurs océaniques avant l’arrivée des Espagnols, a construit un radeau en bois de balsa, le Kon-Tiki, et est parvenu à naviguer avec succès du Pérou à l’atoll de Raroia, en Polynésie française.

L’archéologue étatsunien Douglas Yen a développé dans les années 1970 la théorie selon laquelle la patate douce serait arrivée en plusieurs étapes sur les territoires du sud du Pacifique, une première fois au XIIe siècle grâce à des voyages de Polynésiens en Amérique du Sud, ensuite par les voyageurs européens, notamment par les Philippines. Cette théorie a été renforcée par l’étude des ADN des patates douces présentes dans le Pacifique.

 

À lire

Emory Dean Keoke, Kay Marie Porterfield, Encyclopedia of American Indian Contributions to the World

 

11. La pomme de terre

La pomme de terre (Solanum tuberosum) est une plante de la famille des Solanacées, dont on consomme le tubercule. Elle est originaire des plateaux andins, domestiquée depuis au moins le XIe millénaire av. J.-C., sous de nombreuses variétés, et conservée par les Incas à l’aide de la glace.

Les Espagnols semblent d’abord l’importer aux îles Canaries, avant de l’exporter en Europe. Sa culture se développe lentement, du fait de sa mauvaise réputation (accusée d’être vectrice de maladies, d’épuiser les sols, etc.) mais aussi parce qu’il fallait résoudre le problème de la dépendance de la tubérisation aux jours courts. Cependant, elle se développe rapidement aux XVIIIe et XIXe siècles, ayant l’avantage d’avoir un haut rendement et de se conserver longtemps. Elle devient un aliment des pauvres.

Le terme « pomme de terre » est peut-être un calque du néerlandais aardappel ou de l’allemand Erdapfel. Le terme « patate » viendrait du quechua papa ou du taino (une langue des Caraïbes) batata.

La pomme de terre est aujourd’hui l’une des principales cultures mondiales, symbole de la « world food », et consommée notamment sous forme de frites (voir le steak frites français, étudiant comme élément de la mythologie nationale française par Roland Barthes).

 

À lire

Une histoire de la pomme de terre

Origins of the European potato

 

12. Les poivrons et piments

Les poivrons et piments, du genre Capsicum, et de la famille des Solanacées, sont indigènes de la zone tropicale américaine. Les poivrons désignent en France en général les gros piments doux, de très grande variété de taille et de couleur, alors que le piment est en général petit et très épicé. 

Piment dérive du latin pigmentum « matière colorante », terme plus ancien qui lui a été appliqué. Le terme piment a désigné, avant le fruit, une boisson faite avec du vin, du miel et des épices. 

Les Aztèques nommaient le piment chili (en nahuatl), terme générique qui n’est pas employé en français, sauf dans chili con carneEn espagnol, pimiento désigne les poivrons et les piments, pimienta le poivre. Le terme ají, d’origine taino, désigne le piment dans certains pays d’Amérique du Sud.

Le paprika (terme d’origine d’Europe centrale ou balkanique) est une poudre de piment. 

 

À lire 

Dictionnaire historique de la langue française

 

13. Le tabac

Le tabac est un terme générique désignant le produit transformé de plusieurs plantes de la famille des Solanacées, qui est le plus souvent, aujourd’hui, fumé dans des cigarettes.

Ces plantes, originaires d’Amérique, étaient déjà utilisées par les peuples indigènes avant l’arrivée des Européens, aussi bien au Nord qu’au Sud, prisé, chiqué ou fumé (dans des rouleaux de feuilles ou dans des pipes par les Mayas). Le tabac était utilisé pour ses vertus médicinales et dans des cérémonies religieuses, l’un étant lié à l’autre (pour soulager la douleur, oublier la fatiguer, calmer la faim, éloigner les esprits maléfiques, etc.). Chez les Aztèques par exemple, la poudre, mélangée à de la résine de liquidambar, était fumée dans des calumets, pendant des banquets et cérémonies religieuses. Selon Danièle Dehouve :

Respirer la fleur et fumer le tabac constituaient la représentation métaphorique de l’activité guerrière. Lors des banquets, les convives, tous des nobles et des grands guerriers, recevaient des fleurs et des tubes à tabac. Ils saisissaient le tube dans la main droite comme un dard, et la fleur dans la main gauche comme un bouclier, faisant étalage de leur statut de grands guerriers.

Le terme tabac serait originaire des langues arawaks (peuple des Antilles), désignant peut-être la bâton creux formé en Y permettant de le fumer (tobago ou tobaca). Il a remplacé plusieurs concurrents, le terme pétun notamment, tiré du mot de la langue tupi petyma, petyn, mais aussi des expressions qui faisaient référence à son introducteur à la cour de France, Jean Nicot (1530 – 1604). Celui-ci, en ambassade à Lisbonne, fit parvenir à Catherine de Médicis (1519 – 1589) de la poudre de tabac en vantant ses vertus médicinales (le genre végétal Nicotiana, que l’on retrouve dans la nicotine, a été nommé en son honneur).

L’usage prend, mais pour le plaisir plutôt que pour la thérapie, avec pendant longtemps, cependant, un consentement variable des autorités, aussi bien religieuses (une bulle du du pape Urbain VIII (1623 – 1644) en 1642 en interdit la consommation dans les églises), que politiques (répression en Chine, au Japon, en Perse, interdictions en Bavière au XVIIe siècle, dans certaines localités de l’Allemagne au XVIII, comme Berlin en 1724, etc.). Il sert vite à financer l’État : en France, Colbert (1619 – 1683) instaure un monopole étatique sur sa vente, puis sur sa fabrication.

Selon l’Organisation mondiale de la santé, il y a environ 1,3 milliards de fumeurs aujourd’hui dans le monde.

 

À lire

Martine Pedron, Tomate, avocat, piment. Ces plantes venues d’Amérique, L’Histoire magazine, 2005

Marc KIRSCH, Génèse d’une épidémie

 

14. La tomate

La tomate (Solanum lycopersicum) est une plante dont on consomme le fruit ovoïde, le plus souvent rouge. Elle est originaire d’une région allant de l’Amérique centrale aux vallées andines du Pérou.

Le terme tomate vient de la langue nahuatl (aztèque) tomatl. Elle pouvait être consommée dans une sauce avec du piment et des courges.

Les Européens la transplantent au milieu du XVIe siècle. Elle prend un temps, en France, le nom de « pomme d’or« , les grains ayant pu donner des fruits jaunes, ou « pomme d’amour« . L’italien dit toujours pomodoro.

Sa consommation reste limitée jusqu’au XXe siècle, bien qu’elle figure dans certaines recettes (comme le poulet Marengo, dont l’invention est attribuée au cuisinier de l’armée d’Italie, Dunan, après la bataille du même nom en 1800).

Aujourd’hui, sa consommation est des plus ordinaires (elle est la plante la plus consommée aux États-Unis avec la pomme de terre) et est associée à plats « typiques » de plusieurs gastronomies nationales, le gaspacho en Espagne, la pizza en Italie, la ratatouille en France, le ketchup, lancé par Heinz aux États-Unis en 1876, etc.

La tomate, fruit ou légume ?

 

À lire

Martine Pedron, Tomate, avocat, piment. Ces plantes venues d’Amérique, L’Histoire magazine, 2005

Emory Dean Keoke, Kay Marie Porterfield, Encyclopedia of American Indian Contributions to the World

 

15. Le topinambour 

Le topinambour (Helianthus tuberosus) est une plante tubéreuse originaire de la région centre-est de l’Amérique du Nord, qui donne notamment une fleur jaune. Elle est transplantée en Europe au début du XVIIe siècle.

Son nom français révèle une confusion sur son origine. En effet, la plante était cultivée en Amérique du Nord, par les Hurons et Cris notamment, avant l’arrivée des Européens. Cependant, son nom est tiré de celui d’une tribu du Brésil, les Tupinambas, nommé au XVIe siècle les Toupinambaux. Le terme, dans ses différentes formes (aussi Toupinamboult, Topinambou) a aussi été employé pour désigner un « sauvage » du Brésil, ou une personne grossière, inculte.

L’anglais dit Jerusalem artichoke, peut-être du fait d’un glissement de l’italien girasole (tournesol), et de son goût similaire à celui de l’artichaut.

Sa culture, facile, a été toutefois rudement concurrencée en Europe par celle de la pomme de terre. En France, la plante garde une mauvaise réputation auprès des générations ayant connu la Deuxième Guerre parce qu’elle a fait office de nourriture de substitution.

 

À lire

Dictionnaire historique de la langue française

The Merriam-Webster New Book of Word Histories

Genome skimming reveals the origin of the Jerusalem Artichoke tuber crop species: neither from Jerusalem nor an artichoke

16. Le tournesol

Le tournesol (Helianthus annuus) est une plante produisant une grande fleur à pétales jaunes, domestiquée en Amérique du Nord et au Mexique, pour ses graines nutritives, et pour l’huile que l’on en tire. La fleur était liée à des cérémonies religieuses au Mexique, notamment au culte du soleil. Chez les Aztèques, la symbolique du tournesol était associée au dieu Huitzilopochtli, personnifiant la guerre et le soleil.

Sa transplantation en Europe a d’abord eu un but ornemental.

Tournesol est un emprunt à l’italien tornasole, de tornare (tourner) et sole (soleil).

 

À lire

Emory Dean Keoke, Kay Marie Porterfield, Encyclopedia of American Indian Contributions to the World

Sunflower (Helianthus annuus L.) as a pre-Columbian domesticate in Mexico

 

17. Le quinoa

quinoa perou andes

Pierre Bamin

Le quinoa (Chenopodium quinoa) est une plante feuillue de la famille des Chénopodiacées (comme la betterave ou l’épinard) dont les grains sont consommés. Il est parfois qualifié de pseudo-céréale, car ce n’est pas une graminée. Il est originaire de la région des Andes, peut-être des alentours du lac Titicaca (entre le Pérou et la Bolivie), et présent tout le long de la chaîne de montagnes. Le terme quinoa vient du quechua, langue pratiquée par les Incas.

Il est consommé par les populations indigènes jusqu’à l’arrivée des Espagnols, qui le concurrencent avec des céréales, notamment le riz.

Longtemps dédaignée hors de son foyer, la consommation de quinoa connaît un succès grandissant depuis la fin du XXe siècle dans les pays occidentaux, à tel point qu’il est aujourd’hui produit en Anjou, en France. Le quinoa a l’avantage d’être très riche en protéines, et de pouvoir être cultivé à haute altitude, dans des zones semi-arides.

La croissance de la consommation du quinoa, qui permet le développement économique de zones andines, est encouragée par la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture), qui a fait de 2013 « année internationale du quinoa ».

Le kaniwa est apparenté.

 

À lire

Quinoa, Inca d’espèce

Alternative field crops manual

 

18. La vanille

La vanille, fruit d’orchidées de genre Vanilla, pour la principale Vanilla planifolia (ou Vanilla fragrans), est originaire du golfe du Mexique, et cultivée notamment au Totonacapan, où vit toujours le peuple Totonaques, sur une partie de l’état actuel de Veracruz (Mexique).

Les Totonaques maîtrisaient le processus de pollinisation de cette plante, ainsi que celui de la génération, complexe, de l’arôme de vanille de la gousse. Les Totonaques fournissaient la vanille en tribut à leurs conquérants Aztèques, qui la consommaient dans leurs boissons au cacao.

Paradoxalement, le terme vanille n’est pas d’origine aztèque, mais espagnole, de vainilla, du latin classique vagina, gaine, vagin. Le nahutal (aztèque) disait tlilxochitl.

La vanille transposée en Europe, ou hors de son habitat d’origine, ne donnait pas de fruit, car elle devait être pollinisée par une abeille endémique (Euglossini). Edmond Albius (1829 – 1880), né esclave à La Réunion, découvre en 1841 la pollinisation artificielle de la vanille, ce qui permet le lancement de la production de masse de vanille hors du Mexique (sans qu’il en bénéficie), notamment à Madagascar, en Indonésie, en Papouasie-Nouvelle-Guinée et en Inde. La France domine la production jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, grâce à Madagascar.

 

À lire 

Emory Dean Keoke, Kay Marie Porterfield, Encyclopedia of American Indian Contributions to the World

Martine Pedron, Tomate, avocat, piment. Ces plantes venues d’Amérique, L’Histoire magazine, 2005

Handbook of Vanilla Science and Technology

Adrian

https://www.laculturegenerale.com

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