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Antanaclase (diaphore) : définition simple et exemples | Figure de style

Publié le 09/11/2017 (m.à.j* le 21/08/2022)
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L’antanaclase (ou la diaphore, synonyme) est une figure de style par laquelle on utilise deux fois le même mot dans une phrase en lui donnant deux sens différents. Cette figure joue sur la polysémie d’un mot, c’est-à-dire sur le fait qu’un mot dispose de plusieurs sensC’est une figure voisine de la syllepse et de la paronomase. Exemple :

Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas. (Pascal, Pensées, IV, 277)

La première occurrence de « raison » renvoie aux motivations, alors que la seconde renvoie plutôt à la raison comme faculté de l’esprit humain. 

Autre exemple Or Sartre l’avait largement mérité [le prix Nobel] par son oeuvre et ses pompes à côté desquelles il lui arrive de marcher de temps en temps, ce qui n’enlève rien à son génie. (Robert Beauvais, Nous serons tous des protestants, p.84, cité par le Lexique des figures de style)

L’antanaclase porte sur « pompes », qui est répété par « desquelles ». Ici, l’antanaclase a une visée humoristique : « pompes » est d’abord compris comme « emphase », puis utilisé dans l’expression « marcher à côté de ses pompes », qui signifie « raisonner de travers ». 

Vous trouverez en cliquant ici la liste de toutes les figures de style essentielles de la langue française

 

Diaphore et antanaclase

Une autre définition d’antanaclase est proposée par le Gradus de Bernard Dupriez. Ce dernier considère que l’antanaclase est un type de diaphore (une figure par laquelle on utilise deux fois le même mot dans une phrase en lui donnant deux sens différents) particulier par lequel un locuteur reprend les mots d’un interlocuteur en leur donnant une autre signification, dont on peut tirer avantage, dans le cadre d’un dialogue ou d’une plaidoirie. Exemple

Proculeius reprochait à son fils d’attendre sa mort et celui-ci répondait qu’il ne l’attendait pas. Eh bien, reprit-il, en tout cas, je te prie d’attendre. (Quintilien, cité par le Gradus)

Proculeius qui réplique entend par « attendre », verbe qu’il reprend,  que son fils n’essaie pas de le tuer 

Autre exemple

– Claire : Écartez-vous, frôleuse !
– Solange : Voleuse, moi ?  (Genêt, Les Bonnes, L.131)

Dans cet exemple, la diaphore (ou antanaclase) se rapproche de la paronomase. « Frôleuse » est répété, mais avec une erreur !

 

Autres définitions

Selon le Lexique des figures de style, la diaphore est une antanaclase particulière, par laquelle on donne un sens plus soutenu à la deuxième occurrence d’un motPour Fontanier, l’antanaclase est une paronomase où la forme et les sons se trouvent exactement les mêmes dans les mots de significations différentes rapprochés l’un de l’autre.

 

Jeux de mots

À l’image de la syllepse, l’antanaclase est une figure courante pour construire des jeux de mots. Exemple

Il est notoire que les sujets sérieux exigent d’être traités par des sujets sérieux (Vian, Approche discrète de l’Objet)

Autre exemple

Protée
Ah, je voudrais la voir [a belle Hélène]

Brindosier
Vous voudriez l’avoir ? (Claudel, Protée, I, 4)

Claudel joue ici sur l’homophonie, c’est-à-dire sur des termes ayant la même prononciation. 

 

Syllepse et antanaclase

L’antanaclase emploie deux fois le même mot et dans deux sens différents. La syllepse, quant à elle, n’emploie qu’une seule fois le même mot, mais dans deux sens différents :

Sais-tu pourquoi les sauvages sont tout nus ?
C’est parce que Christophe Colomb les a découverts. (Attribué à Hugo par le Lexique des figures de style)

 

Antanaclase elliptique

L’antanaclase elliptique, c’est-à-dire l’antanaclase qui omet de répéter deux fois le même terme. Dans l’exemple suivant, le terme « affaires » est employé dans la locution « homme d’affaires » et dans l’expression « faire l’affaire de quelqu’un » (répété par celles) , c’est-à-dire être utile à quelqu’un : 

Adieumonsieur l’homme d’affairesqui n’avez fait celles de personne. (Marivaux, Madame Argante I, X, La Mère confidente)

Autre exemple : Les gardiens de la paix, au lieu de la garder, ils feraient mieux de nous la foutre. (Coluche)

 

Quel effet ?

Comme la syllepse dont elle est une figure voisine, l’antanaclase joue sur la polysémie ; elle cherche le jeu de mot, l’humour ou à surprendre le lecteur, comme dans la célèbre citation de Pascal.

 

Étymologie d’antanaclase et de diaphore

Antanaclase vient du grec anti, « contre », et anaklasis, ἀνάκλασις, « action de se briser en se courbant » et, plus particulièrement, « réfraction », « répercussion du son ». Diaphore vient du grec diaphora, διαφορά, « différence ». 

 

Exemples d’antanaclases et de diaphores

  • Après quelques propos sans propos et sans suite (Mathurin Régnier, Satires, X)
  • Ouais ! Vous le prenez haut. Écoute, mon cher comte,
    Si tu fais tant le fier, ce n’est pas là mon compte. (Destouches, Le Glorieux , II, 14, Lisimon)
  • Un homme de caractère n’a pas toujours bon caractère. (Attribué à Jules Renard)
  • Je suis contre les femmes…Tout contre ! (Attribué à Sacha Guitry)
  • Ils faisaient souffrir tranquillement ceux qui ne pouvaient les souffrir. (Jacques Prévert, Choses et autres)
  • Le roi est mort. Vive le roi !
    • Il y a dans ce dernier exemple une antanaclase par actualisation (mise à jour) : le roi dont on parle dans la deuxième phrase n’est pas le même que dans la première.