Définition de la figure de style : procédé qui consiste à s’écarter de l’usage ordinaire de la langue pour donner un caractère « littéraire » à ce que l’on énonce. On fait une utilisation originale de la langue, on joue avec les codes, on exprime de façon singulière ce que l’on souhaite écrire. Les figures de style peuvent agir sur le sens des mots, la construction des phrases ou sur leur sonorité. On peut aussi parler de figure de rhétorique ou de figure du discours.

Comment faire des progrès et maîtriser les figures de style ?  Il existe des ouvrages de référence sur les figures de style, notamment le Gradus de Bernard Dupriez, le Lexique des figures de style de Nicole Ricalens-Pourchot ou le manuel de Patrick Bacry.

 

Listes des figures de style + exemples

 

L’accumulation

L’accumulation est un procédé qui consiste à aligner, à accumuler un grand nombre de termes pour multiplier les informations dans le but d’insister sur une idée, lui donner plus de force, la rendre plus saillante, plus frappante. L’accumulation est une figure d’amplification. Les mots accumulés sont en général de même nature, de même fonction grammaticale ou de même sonorité afin de rendre l’expression plus cohérente. La gradation et l’énumération sont des types d’accumulation. L’anaphore et l’hyperbole s’appuient sur ce procédé. Exemple : 

Au ciel, aux vents, aux rocs, à la nuit, à la brume,
Le sinistre océan jette son noir sanglot.

Victor Hugo, La Légende des siècles, Les Pauvres gens

Victor Hugo accumule le nom des éléments auxquels « l’océan jette son noir sanglot ». En savoir plus en cliquant ici

 

L’acrostiche

Un acrostiche est un jeu littéraire qui consiste à écrire un poème dont on peut lire un mot formé par les initiales des vers. Ce mot est souvent le nom de l’auteur, le nom de celui à qui on dédie le poème ou un mot en rapport avec le titre du poème. Exemple : 

Voulez-vous que verté vous die ?
Il n’est jouer qu’en maladie
Lettre vraye que tragedie
Lasche homme que chevalereux,
Orrible son que melodie,
Ne bien conseillé qu’amoureux

Villon, Ballade des contre-vérités

On peut lire verticalement le nom de l’auteur du poème : VILLON. En savoir plus

 

L’adynaton

L’adynaton (adynata au pluriel) est une hyperbole très appuyée, à tel point que l’information en devient inconcevable, invraisemblable, impossible. L’effet visé est souvent humoristique.  Exemple :

C’est un roc ! c’est un pic ! c’est un cap !
Que dis-je, c’est un cap ? … c’est une péninsule !

Rostand, Cyrano de Bergerac, I, 4

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L’allégorie (figure de style)

L’allégorie est une figure de style par laquelle on exprime, on représente une idée, une notion ou un thème par une métaphore, une personnification, une image ou, plus généralement, une forme concrète. En d’autres mots, l’allégorie est une représentation concrète d’une notion abstraite. Elle utilise un symbole (un texte, une image, etc.) qui véhicule une notion. À l’écrit, on la repère souvent par l’utilisation de la majuscule. L’allégorie a donc deux sens : un sens littéral (la forme qui représente l’idée) et un sens figuré (l’idée, la notion qui est représentée). Exemple :

Le Temps mange la vie,
Et l’obscur Ennemi qui nous ronge le coeur
Du sang que nous perdons croît et se fortifie

Baudelaire, Fleurs du mal, L’Ennemi

Baudelaire représente une notion abstraite, le temps qui fuit, de manière concrète, comme un monstre qui dévore la vie de l’homme. Il y a donc, en outre, une personnification du temps. Personnification et allégorie vont souvent de pair. L’allégorie du temps qui fuit (tempus fugit) est un lieu commun de la littérature. En savoir plus en cliquant ici

 

L’allitération

Une allitération est une figure de style qui consiste à répéter de manière exacte ou approximative, une même consonne (un même « son », de type consonne). Cette répétition trouve son sens dans le texte dans laquelle on la trouve. On voit le plus souvent les allitérations dans la poésie ou le théâtre. Jean-Marie Viprey définit l’allitération ainsi :

Une saillance significative dans la récurrence d’une consonne, à l’échelle d’une configuration textuelle donnée.

Exemple : un vers de Racine dans Andromaque est l’exemple le plus célèbre d’allitération dans la langue française :

Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ?

Racine, Andromaque, V, 5

Ici, le son « s » (par la consonne s, ou la consonne c) est répété 5 fois et suggère le sifflement du serpent. Bref, il faut se demander : est-ce que la répétition d’une consonne permet de remarquer quelque chose ? En savoir plus en cliquant ici

 

L’anacoluthe

Une anacoluthe est une figure de style qui consiste à opérer volontairement une rupture dans la syntaxe. La construction grammaticale de la phrase est transformée pour lui donner un effet rhétorique. C’est une faute maîtrisée. La phrase se dirige vers le point vers lequel on l’attend, avant de prendre brusquement une autre direction. Elle est comme interrompue dans son cheminement. Exemple 

Le nez de Cléopâtre, s’il eût été plus court, la face du monde en eût été changée.

Pascal, Pensées, 392

Ici, le verbe aurait dû avoir « le nez » pour sujet. Le sujet « La face du monde » apparaît sans qu’on l’attende. Pascal veut surprendre en exprimant un saut intellectuel par cette étrange syntaxe : l’histoire a été comme modifiée par le nez de Cléopâtre ! Pascal, mathématicien de génie, établit un parallèle implicite entre deux longueurs : la taille du nez de Cléopâtre et la face du monde. On le comprend : l’anacoluthe est fréquente dans le langage parlé. En savoir plus en cliquant ici

 

L’anadiplose

Une anadiplose est une figure de style qui consiste à répéter le dernier mot d’une proposition (un même ensemble de termes) au début de la proposition suivante. Exemple :

Je vis ce beau Lyon, Lyon que tant je prise.

Du Bellay, Les Regrets, Lyon

Il y a anadiplose car le mot Lyon est répété dans deux propositions différentes, séparées par une virgule. En savoir plus en cliquant ici

 

L’anagramme

Une anagramme est un jeu littéraire qui consiste à former un ou plusieurs mots en transposant les lettres d’un autre ou de plusieurs autres mots. Exemple :

  • Ange / Nage
  • Arts / Rats / Star / Tsar

Autre exemple : les mots « Gare maman » ou « Maman rage » peuvent être formés à partir d’anagramme.

 

L’anaphore

L’anaphore est une figure de style qui consiste à répéter un même mot ou un même groupe de mots en tête de phrases, de vers, de paragraphes qui se suivent. C’est une figure de style qui donne une impression d’insistance, de symétrie et renforce un propos. Ce procédé est particulièrement populaire en poésie. Attention cependant, il faut essayer de comprendre l’intention de l’auteur. En effet, l’anaphore n’est pas le résultat d’une négligence. Elle est voulue par l’auteur qui peut vouloir souligner une juxtaposition, créer un effet d’accumulation, un effet musical, suggérer une obsession, l’urgence ou donner l’effet d’une incantation, etc. Exemple : 

Paris, Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé ! mais Paris libéré !…

Charles de Gaulle, Discours à l’Hôtel de ville de Paris le 25 août 1944

En grammaire, l’anaphore est un procédé par lequel un mot ou un groupe de mots rappelle un autre mot ou groupe de mots précédemment énoncé (l’antécédent). L’anaphore peut aussi être elliptique (voir plus bas). Exemple : Michel n’a pas son manuel ; je lui ai prêté le mien.« Le mien » se substitue ici au mot « manuel« , qui est l’antécédent. Par « le mien« , on fait référence à « manuel ».  En savoir plus en cliquant ici

 

L’antithèse

Une antithèse (ou alliance d’idées) est une figure de style qui consiste à opposer très fortement deux termes ou deux ensembles de termes contraires. Cette figure de style oppose des idées. L’antithèse est aussi, selon le Gradus, un moyen de mettre en relief une idée principale en présentant une idée inverse que l’on écarte ou que l’on nie. Exemple :

Être ou ne pas être

Shakespeare, Hamlet, III, 1

Ce vers célébrissime de Hamlet est l’exemple le plus simple d’antithèse : la proposition « Être » s’oppose à la proposition « ne pas être ». La symétrie entre les deux propositions contraires (Être / ne pas être) renforce l’effet de contraste. En savoir plus en cliquant ici

 

L’antiphrase

L’antiphrase est une figure de style par laquelle on laisse entendre le contraire de ce que l’on veut vraiment dire ou écrire. On emploie un mot ou une proposition dans un sens contraire à son véritable sens. Exemple :

Nous nous étions réunis pour choisir le cadeau d’anniversaire que nous allions offrir à Sylvie. Tous étaient prêts à donner 30€, sauf Jean, qui ne voulait pas céder plus de 5€.

« Quelle générosité ! », lui dit Nicolas.

Nicolas ne pense pas que Jean soit généreux. Au contraire ! Il ironise sur son avarice. L’antiphrase est la figure par excellence de l’ironie. Elle permet de mettre facilement en évidence le ridicule d’une situation. Ainsi, on peut dire « Ne vous gênez pas ! » à quelqu’un qui fait quelque chose de dérangeant, ou « Délicieux ! » pour se moquer d’un repas visiblement dégoûtant. Certains ne comprennent pas la différence entre antiphrase et ironie. L’antiphrase est une figure de style, une tournure de phrase qui produit un effet littéraire. L’ironie est un concept qui ne s’applique pas uniquement à une phrase, elle peut être une caractéristique des choses de la vie (on peut dire qu’une chose est ironique, comme dire qu’une chose est triste, ou bleue, ou compliquée, etc.). En savoir plus en cliquant ici

 

L’assonance

En général, on parle d’allitération pour la répétition d’une consonne, et d’assonance pour la répétition d’une voyelle. Exemple :

Tout m’afflige et me nuit et conspire à me nuire.

Racine, Phèdre, I, 3

 

L’asyndète

L’asyndète est une figure de style par laquelle on juxtapose des éléments tout en supprimant volontairement les mots de liaison entre ces éléments. On omet d’inscrire la coordination entre plusieurs propositions d’une même phrase ou entre plusieurs phrases. Elle se traduit souvent par l’emploi de la virguleL’asyndète  s’oppose à la polysyndète. Elle est une forme de parataxe. Exemple : 

Ménalque se jette hors de la portière, traverse la cour, monte l’escalier, parcourt l’antichambre, la chambre, le cabinet, tout lui est familier, rien ne lui est nouveau, il s’assit, il se repose, il est chez soi ; le maître arrive, celui-ci se lève pour le recevoir, il le traite fort civilement, le prie de s’asseoir, et croit faire les honneurs de sa chambre ; il parle, il rêve, il reprend la parole ; le maître de la maison s’ennuie, et demeure étonné ;

La Bruyère, Les Caractères, De l’Homme

Dans cet extrait, La Bruyère multiplie les propositions (« se jette hors de la portière », « traverse la cour », « monte l’escalier »), en les liant que par des virgules. Il n’emploie aucun terme de liaison. Il aurait en effet pu écrire : 

Ménalque se jette hors de la portière. Il traverse ensuite la cour pour monter l’escalier et parcourt l’antichambre…

L’asyndète est une ellipse, c’est-à-dire un procédé par lequel on retranche des mots d’une phrase sans que le sens de cette phrase en soit affecté. En savoir plus en cliquant ici

 

L’aposiopèse

L’aposiopèse est une figure de style qui consiste à interrompre brusquement une phrase ou un vers qui reste inachevé, traduisant une hésitation, une émotion, une menace. Elle produit un silence, matérialisé par des points de suspension. L’énoncé continue ensuite en digression. Exemple :

Lisette
Ah ! Tirez-moi d’inquiétude. En un mot, qui êtes-vous ?

Arlequin
Je suis…N’avez-vous jamais vu de fausse monnaie ? savez-vous ce que c’est qu’un louis d’or faux ? Eh bien, je ressemble assez à cela.

Marivaux, Le Jeu de l’amour et du hasard, III, 6

Arlequin, déguisé en son maître dans la pièce de Marivaux, hésite à avouer directement sa véritable identité. En savoir plus en cliquant ici

 

L’antanaclase

L’antanaclase (ou la diaphore, synonyme) est une figure de style qui consiste à utiliser deux fois le même mot dans une phrase en lui donnant deux sens différents. Cette figure joue sur la polysémie d’un mot, c’est-à-dire sur le fait qu’un mot dispose de plusieurs sens. C’est une figure de style voisine de la syllepse et de la paronomase. Exemple :

Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas.

Pascal, Pensées, IV, 277

La première occurrence de « raison » renvoie aux motivations, alors que la seconde renvoie plutôt à la raison comme faculté de l’esprit humain.

 

L’antonomase

Une antonomase est figure qui consiste à faire d’un nom commun ou d’une périphrase un nom propre ou, à l’inverse, on fait d’un nom propre un nom commun. L’antonomase est donc un type de métonymie. Exemple :

  • On parle souvent d’un apollon pour parler d’un bel homme, ou d’un homme qui prend soin de son apparence.
    • D’un nom propre, on est passé ici à un nom commun.
  • En France, il est courant d’utiliser la locution « le général » pour parler du général de Gaulle.
    • D’un nom commun, on est passé à un nom propre.
  • Le Hun Attila fut surnommé « le fléau de Dieu ».

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Le calembour

Un calembour est un jeu de mot qui repose sur l’équivoque que provoque l’emploi de mots à double sens, ou de termes dont la prononciation est semblable ou identique mais dont le sens diffère. L’effet comique vient de la double interprétation que l’on peut faire de ces phrases. Exemple :

Chassez le naturiste, il revient au bungalow

Jean-Paul Gousset

Ce célèbre calembour du journaliste du Canard enchaîné détourne le proverbe « Chassez le naturel, il revient au galop » à l’aide de paronymes (naturiste pour naturel ; bungalow pour galop). En savoir plus en cliquant ici

 

Le chiasme

Le chiasme (se prononce kiasme) est une figure de style qui consiste à disposer au moins 2 éléments, par exemple l’adjectif + le nom rude journéeen miroir avec au moins deux autres éléments correspondants, par exemple le nom + l’adjectif travail fructueux. On obtient ainsi une phrase formée sur le modèle AB/BA : à rude journée, travail fructueux. Les deux parties d’un chiasme sont souvent séparées par un conjonction (mais, ou, et…) ou par un point virgule ou une virgule. Exemple :

Un roi chantait en bas, en haut mourait un Dieu.

Hugo, La légende des siècles, Booz endormi

Ce vers de Hugo est un chiasme formé comme suit :

  • ABC = nom (roi) + verbe (chantait) + adverbe (en bas) /
  • CBA = adverbe (en haut) + verbe (mourait) + nom (Dieu).

C’est donc un chiasme multiple sous forme ABC / CBA. Le chiasme donne ici de l’harmonie à l’expression : la sonorité de la phrase devient agréable. Il donne du rythme dans une structure du texte resserrée. En outre, le chiasme permet de mettre en relief une ressemblance ou une opposition. Attention : une phrase formée sur le modèle AB/AB n’est pas un chiasme mais un parallélisme. Par exemple : « Je meurs si (A) je vous perds (B) mais je meurs si (A) j’attends (B). » (Racine, Andromaque). En savoir plus en cliquant ici

 

La comparaison

La comparaison est un procédé par lequel on rapproche un terme ou un ensemble de termes, par exemple « la terre », d’un terme ou d’un ensemble de termes différent, par exemple « le feu ». Deux entités sont mises sur un même plan : « la terre est rouge comme le feu ». Le premier terme ou ensemble de termes est appelé le comparé (ou thème) : dans l’exemple, c’est « la terre ». Le deuxième terme ou ensemble de termes est appelé le comparant (ou phore) : dans l’exemple, c’est « le feu ». La comparaison opère à l’aide d’un outil de comparaison. Dans l’exemple précédent, l’outil de comparaison est « comme ». L’outil de comparaison peut être :

  • une conjonction ou un adverbe : comme, ainsi que, de même que, plus que, moins que etc. ;
  • un adjectif comparatif : tel, semblable, pareil à, etc. ;
  • un verbe : paraître, avoir l’air de, sembler, ressembler, etc.

La comparaison est une figure de style lorsqu’on rapproche des éléments au départ dissemblables, pour créer un effet littéraire. On parle alors de comparaison figurative. Exemple :

Un petit baiser, comme une folle araignée,
Te courra par le cou…

Rimbaud, Rêvé pour l’hiver

Rimbaud compare dans ces vers « un petit baiser » dans le cou à un élément qui lui semble au départ complètement différent et étranger : une « folle araignée« . Le poète rapproche deux réalités dissemblables qui, après effort du lecteur, semblent effectivement se rapprocher : les petits baisers multipliés dans le cou courent et chatouillent comme le ferait une petite araignée. En savoir plus en cliquant ici

 

L’euphémisme

Un euphémisme est une figure de style par laquelle on atténue l’expression d’une idée pour en masquer le caractère déplaisant, brutal, triste, vulgaire, douloureux, etc. On énonce indirectement une idée odieuse (par exemple, l’idée de la mort) pour atténuer son effet (la peur et la tristesse pour la mort). Exemple :

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

Rimbaud, Le dormeur du val

Ces célèbres vers qui concluent Le Dormeur du Val sont euphémiques : Rimbaud ne dit pas explicitement que le soldat est mort. Il utilise pour cela une métonymie en énonçant l’effet à la place de la cause : les « deux trous rouges au côté droit » disent bien sûr qu’un soldat ennemi lui a tiré dessus et l’a tué. Évoquer directement la mort aurait juré avec le ton du poème, dans lequel le lecteur est plongé dans une atmosphère de quiétude et de sérénité. En général, l’euphémisme est employé pour parler de la maladie, de la mort ou de la sexualité. En savoir plus en cliquant ici

 

La gradation

Une gradation est une figure de style qui consiste à ordonner les termes d’une phrase qui évoquent une idée similaire selon une progression ascendante ou descendante. En d’autres mots, une même idée peut être exprimée avec plus ou moins de force grâce à une énumération de termes qui peuvent gagner ou perdre en intensité, en nombre, en taille, etc. Les termes qui se suivent dans une gradation progressent par le sens. Exemple :

C’est un roc ! c’est un pic ! c’est un cap !
Que dis-je, c’est un cap ? … c’est une péninsule !

Rostand, Cyrano de Bergerac, I, 4

Cyrano de Bergerac parle de son gros nez par des métaphores désignant un élément toujours plus important en dimension. On parlera souvent de gradation ascendante pour désigner une gradation qui gagne en intensité. En savoir plus en cliquant ici

 

L’hypallage

Un hypallage est une figure de style par laquelle on associe un terme d’une phrase (par exemple : « endeuillé ») à un terme différent de celui qui aurait convenu selon le sens (« endeuillée » associé à « maison » à la place de « famille » dans l’exemple : « La famille se trouvait dans la maison endeuillée »). On associe des termes qui paraissent a priori hétérogènes mais dont le lien est finalement logique. L’hypallage concerne surtout les adjectifs.

Exemple :

Et maintenant il revoyait la chambre veuve.

Villiers de L’Isle-Adam, Contes cruels, Vera

Le héros du conte de Villiers de L’Isle-Adam associe chaque objet de son intimité au souvenir de la mort de sa femme. Comprendre une hypallage exige souvent d’en connaître le contexte. En savoir plus en cliquant ici

 

L’hyperbole

Une hyperbole est une figure de style qui utilise l’exagération pour mettre un élément en relief, pour frapper les esprits ou pour ironiser. Le Littré dit que dans l’hyperbole, on augmente ou on diminue excessivement la vérité des choses pour qu’elles produisent une impression plus grande. En d’autres termes, dans la clarté du français de La Bruyère :

L’hyperbole exprime au-delà de la vérité pour ramener l’esprit à la mieux connaître.

La Bruyère, Les CaractèresDes ouvrages de l’esprit

Exemple :

Elle me confia son sac. Il pesait au moins une tonne !

On comprend aisément ce que l’on souhaite exprimer ici : le sac était très lourd. L’évaluation du poids du sac est très exagérée. L’hyperbole permet d’exprimer une idée qui n’aurait pas été aussi frappante ni aussi claire si l’on avait simplement dit : « Elle me confia son sac. Il était lourd et pesait au moins 10 kg ! ». L’hyperbole peut en outre ajouter un effet humoristique : on imagine la personne se ployer sous le poids du sac ! En savoir plus en cliquant ici

 

La litote

Une litote est une figure de style qui consiste à dire moins pour faire entendre beaucoup plus. En d’autres termes, on dit moins pour suggérer davantage. Par métonymie, on désigne par litote une expression utilisant ce procédé. La litote utilise souvent la négation. Exemple :

Nous étions perdus dans la forêt. L’un de nos compagnons nous suggéra de choisir une direction, de la suivre et de ne pas en changer. Ce n’était pas idiot. En à peine une heure, nous étions sortis de la forêt.

La litote se trouve ici à Ce n’était pas idiot. La suggestion du compagnon était en fait intelligente. Plus encore, on devine que cette suggestion qui pouvait être accueillie avec scepticisme de prime abord était en fait intelligente. Bref, la litote atténue l’expression d’un sentiment ou d’un jugement, mais cette atténuation est fausse ou simulée. Par un effet de balancier, la phrase est comme soulignée, elle devient plus forte, elle a plus de poids. La phrase implicite met mieux les sentiments en évidence que la phrase explicite. La litote est une figure du contraste entre les idées. En savoir plus en cliquant ici

 

La métaphore

La métaphore est une figure de style qui consiste à désigner un terme, un ensemble de termes ou une idée, par exemple le soleil couchant, par un autre terme ou un autre ensemble de termes qui signifie normalement autre chose, comme « l’or du soir ». Ainsi, comme dans le célèbre poème de Victor Hugo, on parle du soleil couchant comme de « l’or du soir ».

Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

Victor Hugo, Demain, dès l’aube…, 1856

 

La métonymie

Une métonymie est une figure de style par laquelle on remplace un mot, par exemple l’épée, par un autre mot avec lequel il a un lien logique, comme « le fer ». Ainsi, on peut dire : ces guerriers ont croisé le fer ! On désigne quelque chose :

  1. par un autre élément ;
  2. du même ensemble ;
  3. qui a une relation logique avec cette chose.

Exemple :

J’ai dégusté hier soir un onctueux bordeaux  !

On comprend dans cet exemple que l’on a pas bu la ville de Bordeaux, mais un vin produit dans la région de Bordeaux. Il y a un lien logique entre ces deux éléments : on parle du lieu à la place de la chose. La métonymie sert ici de raccourci pour la pensée. Il serait fastidieux, voire maladroit, pour un Français ou quiconque s’y connaît en vin de dire : « J’ai dégusté hier soir un onctueux vin de Bordeaux ! ». Lorsque l’on utilise un nom propre pour le substituer à un nom commun, on parle alors d’antonomase (un « tartuffe » pour un hypocrite, un « roquefort » pour un fromage de Roquefort, etc.). En savoir plus en cliquant ici

 

L’oxymore

Un oxymore (synonyme : alliance de mots) est une figure de style qui consister à allier deux termes qui semblent se contredire. On rapproche de manière paradoxale des termes qui peuvent paraître contraires. En d’autres termes, dans l’oxymoreun même objet a des qualités contradictoires. Mais attention : cette alliance de mots contraires n’est pas incompatible, elle crée un sens. Dernière chose à savoir : les termes contradictoires d’un oxymore doivent toujours appartenir à la même entité de mots (au même syntagme, cela ne peut pas être deux phrases séparées l’une de l’autre). Exemple : le dramaturge Corneille nous a donné le plus célèbre exemple d’oxymore :

Cette obscure clarté qui tombe des étoiles
Enfin avec le flux nous fait voir trente voiles ;

Le Cid, IV, 3

 

Le paradoxe

Un paradoxe est un procédé par lequel on énonce une idée contraire à l’opinion commune. En effet, ce terme vient du grec :

  • para : « contre »
  • doxa : « opinion »

Exemple :

L’homme n’est ni ange, ni bête, et le malheur veut que qui veut faire l’ange fait la bête.

Pascal, Pensées, 572

Ce célèbre aphorisme, qui associe dans une antithèse les termes « ange » et « bête », est un paradoxe : on pense spontanément que celui qui fait l’ange, c’est-à-dire celui qui fait l’effort de bien se comporter, est une personne bonne. Cependant, Pascal nous dit que lorsque l’on fait l’ange, on finit toujours par développer des comportements mauvais. En réalité, seul Dieu est parfait : l’homme n’est qu’un pécheur moyen, ni complètement bon, ni complètement mauvais. Un paradoxe est une figure de style dans la mesure où des idées ou des mots ordinairement opposés sont rassemblés d’une manière originale. Ces associations surprenantes frappent l’esprit. En savoir plus en cliquant

 

La parataxe

Une parataxe est une figure de style par laquelle on juxtapose des propositions sans marquer le rapport de dépendance qui les unit. Aucun mot de liaison (comme les conjonctions de subordination : lorsque, que, quand, si, etc., les prépositions, les verbes êtres, paraître, etc.) ne vient signaler le rapport entre les phrases : ce sont des textes sans « que ». L’asyndète est une forme de parataxe, par laquelle on omet plus spécifiquement les mots de coordination. Exemple :

L’orage éclatait. La pluie tombait en rayons blancs. Les carreaux pleuraient comme des yeux. De petites gouttes jaillissaient par les fentes des croisées. Dehors le cheval courbait la tête sous l’averse.

Jules Renard, Crime de village

Dans cet extrait, il y un enchaînement logique des différentes phrases. La deuxième est une conséquence logique de la première, etc. Mais il n’est composé que de propositions principales car il est dépourvu de coordonnants et de subordonnants. En savoir plus en cliquant ici

 

La paronomase

Une paronomase est une figure de style par laquelle on rapproche deux mots dont le son ou l’orthographe sont semblables, mais dont le sens est différent. Cette figure s’appuie donc sur l’homophonie. La paronomase fait donc naître des allitérations ou des assonances. Exemple :

En vivant et en voyant les hommes, il faut que le cœur se brise ou se bronze.

Chamfort, Maximes, pensées, caractères et anecdotes

Chamfort rapproche les termes « brise » et « bronze » dont la sonorité est semblable. La mélodie que crée cette paronomase permet de faire de cette phrase une maxime, c’est-à-dire une formule qui résume un principe moral et facile à mémoriser. La paronomase souligne en outre la contradiction entre les termes « brise » et « bronze » : elle met en exergue ce terrible dilemme pour certains hommes supérieurs qui doivent s’affermir ou se suicider devant une société impitoyable. La paronomase se construit avec des paronymes, mots dont la prononciation et la forme sont proches, mais dont le sens diffère (comme éruption et irruption). En savoir plus en cliquant ici

 

La périphrase

Une périphrase est une figure de style qui consiste à exprimer une notion en plusieurs mots qui la décrivent au lieu de n’en utiliser qu’un seul. On utilise plusieurs mots alors qu’un seul suffirait. Exemple :

La Venise du Nord pour parler de Bruges. En effet, à l’image de Venise, Bruges est une ville où l’on trouve de nombreux canaux.

 

La personnification

Une personnification est une figure de style par laquelle on prête des qualités humaines à une chose, une idée ou un animal. La personnification est le produit d’une comparaison ou d’une métaphoreLa possibilité de pouvoir faire des personnifications par métonymie est contestée. Exemple :

La mer perfide hululait doucement : ses molles lèvres vertes baisaient sans relâche à féroces baisers, la dure mâchoire des roches. Il essaya de se dresser : ses jambes, des algues ! Ses bras, des fumées d’embruns ! Il ne commandait plus qu’à ses paupières et, elles étaient ouvertes sur la désolation du ciel ! Il ferma les yeux. Le désespoir se mit à lui manger le foie.

Giono, Naissance de l’Odyssée

Cet exemple contient trois personnifications : 

  • celle de la mer, à qui Giono attribut un défaut humain (« perfide »), le comportement d’un être humain par des verbes (« hululait » peut être aussi une animalisation, car on l’emploie surtout pour les rapaces nocturnes, et « baisaient »), ainsi que des « molles lèvres vertes » ;
  • celle des roches, qui ont une « dure mâchoire » ;
  • celle du désespoir, qui mange le foie d’Ulysse. 

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La polysyndète

Une polysyndète est une figure de style par laquelle on multiplie volontairement les mots de liaison, notamment les conjonctions (et, ni, mais, ou, enfin…) ou les adverbes de liaison (ainsi, alors, certes, en effet…) alors que la grammaire ne l’exige pas. La polysyndète s’oppose à l’asyndète. Exemple :

Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
D’une femme inconnue, et que j’aime, et qui m’aime,
Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre, et m’aime et me comprend.

Verlaine, Poèmes saturniens, Mon rêve familier

Verlaine multiplie la conjonction « et », ce qui donne une impression de bercement.

 

La prétérition

Une prétérition est une figure de style par laquelle on feint de ne pas vouloir parler d’un sujet, pour en parler quand même. Le locuteur dit ce qu’il prétend passer sous silence. Exemple :

Je ne dirai pas qu’il a écrit douze livres ni qu’il a été professeur dans les plus grandes universités, Stanford et Oxford pour ne pas les nommer…

Exemple cité par le Gradus

Dans cet exemple, la prétérition a valeur de résumé : le locuteur ne s’étendra pas sur cet élément, même si l’on comprend qu’il est important. En savoir plus en cliquant ici

 

La prosopopée

Une prosopopée est un procédé qui consiste à invoquer et faire discourir un être qui est absent, mort, imaginaire, symbolique, inanimé ou une abstraction. Cet être agit, parle, répond ; il joue le rôle de confident, témoin, vengeur, juge, garant, etc. Cette figure recourt souvent à la personnification lorsqu’elle prête des qualités humaines (la parole, les émotions, etc.) à des choses inanimées. En outre, la prosopopée a une fonction allégorique : l’être inanimé invoqué représente une idée abstraite. Exemple :

Je suis belle, ô mortels ! comme un rêve de pierre,
Et mon sein, où chacun s’est meurtri tour à tour,
Est fait pour inspirer au poète un amour
Eternel et muet ainsi que la matière.

Je trône dans l’azur comme un sphinx incompris;
J’unis un coeur de neige à la blancheur des cygnes;
Je hais le mouvement qui déplace les lignes,
Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris.

Les poètes, devant mes grandes attitudes,
Que j’ai l’air d’emprunter aux plus fiers monuments,
Consumeront leurs jours en d’austères études;

Car j’ai, pour fasciner ces dociles amants,
De purs miroirs qui font toutes choses plus belles :
Mes yeux, mes larges yeux aux clartés éternelles!

Baudelaire, Fleurs du Mal, La Beauté

Baudelaire fait ici parler une abstraction, la beauté (ce qui fait aussi du poème une allégorie).

 

La syllepse

Une syllepse est une figure de style qui consiste à employer un même mot à la fois au sens propre et au sens figuré. La syllepse joue donc sur la polysémie d’un mot, c’est-à-dire sur le fait qu’un mot dispose de plusieurs sens. Exemple :

Sais-tu pourquoi les sauvages sont tout nus ?
C’est parce que Christophe Colomb les a découverts.

Attribué à Hugo par le Lexique des figures de style

Cette devinette joue sur la polysémie du verbe « découvrir » : ôter les vêtements de quelqu’un, et découvrir de nouvelles terres. Cet exemple est évidemment empreint d’humour : la syllepse permet de créer des jeux de mots.  En savoir plus en cliquant ici



La synecdoque

La synecdoque est une métonymie dans laquelle une partie d’un élément sert à désigner le tout (ou le tout pour désigner une partie). Exemple :

Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur 

Hugo, Les Contemplations, Demain dès l’aube

 

Le tautogramme

Un tautogramme est une phrase dans laquelle les mots commencent tous par la même lettre. Exemple : Le loup lacère les lâches lézards. En savoir plus en cliquant ici

 

Le zeugme

Un zeugme (ou zeugma, ou attelage) est une figure de style qui consiste à adjoindre à un terme (un verbe, une préposition) deux compléments de nature différente, par la syntaxe ou par le sens. Ces deux compléments sont coordonnées ou juxtaposés. Il y a comme un élément central (par exemple le verbe « meubler »), auquel se rattachent plusieurs autres éléments dissemblables (« une chambre » et « la conversation »).

[…] ces cadeaux qui meublent une chambre et la conversation mais auxquels la réalité actuelle ne correspond pas.

Proust, À l’ombre des jeunes filles en fleurs

Proust associe à « qui meublent » deux compléments de nature différente :

  • un complément direct concret : « meubler une chambre »
  • une expression idiomatique abstraite : « meubler une conversation ».

Le verbe meubler est employé dans deux sens différents. On le voit, le zeugme permet d’éviter une répétition (celle du verbe « meubler »). Le zeugme est donc une forme d’ellipse. En savoir plus en cliquant ici