Boston Tea Party : 16 décembre 1773

16 décembre 1773 : Boston Tea Party


Le soir du 16 décembre 1773, un groupe organisé de 60 à 200 patriotes (c’est-à-dire de défenseurs des droits des colons vivants sur les territoires de l’actuelle côte Est des États-Unis, les « Treize colonies », alors sous domination du royaume de Grande-Bretagne, prédécesseur du Royaume-Uni) déguisés en Indiens Mohawks, s’introduisent sur trois bateaux stationnés dans le port de Boston (Massachusetts), le Dartmouth, l’Eleanor, et le Beaver, et jettent à la mer 342 coffres de thé de l’East India Company (EIC, Compagnie des Indes orientales) britannique.

 

La Boston Tea Party après le Tea Act

La Boston Tea Party fait suite à l’adoption du Tea Act (loi du thé) par le royaume de Grande-Bretagne le 10 mai 1773. Cette loi, destinée à sauver l’EIC, menacée par la banqueroute, réduisait les taxes sur le thé, produit très consommé par les colons nord-américains (1 million de pounds chaque année, soit 453 tonnes environ) importé par la compagnie en Amérique du Nord, pour baisser son prix de vente aux consommateurs afin d’écouler ses surplus (17 millions de pounds, 7711 tonnes environ). Elle permettait en outre à l’EIC de vendre directement son thé, au lieu de passer par des grossistes. Les importations de thé de l’EIC subissaient alors la concurrence illégale du thé de contrebande, vendus notamment par les Provinces-Unies (les Pays-Bas actuels).

Les colons n’acceptent pas cette nouvelle imposition décidée par la Grande-Bretagne sans leur consentement, qui donne un traitement de faveur à l’EIC au détriment des marchands locaux. Des manifestations ont lieu dans les ports nord-américains contre cette politique. La Boston Tea Party est d’ailleurs précédée le 16 décembre 1773 d’une réunion de plusieurs milliers de colons organisée par le patriote Samuel Adams (1722 – 1803), lié à l’organisation patriote Sons of Liberty (Les Fils de la liberté), dans la Old South Meeting House de Boston pour leur annoncer l’arrivée de ces cargaisons de thé sur lesquelles s’appliquent la nouvelle loi :

Amis ! Frères ! Compatriotes ! La pire des pestes, le thé honni…vient d’arriver dans ce port.

Friends! Brethren! Countrymen! That worst of plagues, the detested tea…is now arrived in this harbor.

Samuel Adams, qui avait tenté de convaincre le gouverneur du Massachusetts, Thomas Hutchinson (entre 1771 et 1774) de renvoyer les bateaux sans décharger leur cargaison, termine son discours comme une annonce implicite de l’opération contre le thé de l’EIC :

Ce rassemblement ne peut rien faire de plus pour sauver ce pays !

This meeting can do nothing more to save our country! 

 

L’antagonisme entre la Grande-Bretagne et ses colonies

La Boston Tea Party est l’épisode le plus spectaculaire de l’antagonisme croissant entre la Grande-Bretagne et ses colons d’Amérique du Nord, avant le début de la guerre d’Indépendance (ou Révolution américaine, 1765 – 1783). L’éloignement de la menace française après la guerre de Sept Ans (1756 – 1763), qui perd ses possessions canadiennes et celles à l’est du Mississippi, rend la protection britannique moins nécessaire à ses colonies nord-américaines, dont l’économie est déjà développée, alors que la Grande-Bretagne cherche à y affirmer sa souveraineté en y exerçant son pouvoir fiscal, pour rembourser ses emprunts de guerre et y financer le maintien de troupes. Les premiers feux de la discorde s’allument lorsque par la proclamation royale du 7 octobre 1763, la couronne britannique se donne le monopole de la vente des terres indiennes sur les territoires nouvellement conquis, empêchant par là les colons d’acheter de nouvelles terres.

C’est sur les questions commerciales et fiscales que se cristallisent cet affrontement. La Grande-Bretagne cherche à imposer des taxes sur ses colonies nord-américaines, peuplées de sujets britanniques sur lesquels elle est souveraine, et dont les bénéfices de leur activité commerciale prospère risquent d’échapper à son contrôle. Mais les colons refusent l’impôt sans y consentir. Or, ils ne sont pas représentés au Parlement britannique. Ce problème est matérialisé dans un célèbre mot d’ordre :

No taxation without representation !

(pas de taxation sans représentation).

En 1733 déjà, les Molasses Act (lois de la mélasses) avaient taxé la mélasse, le sucre et le rhum importés de colonies non-britanniques, pour faire face, notamment, à la concurrence des Antilles françaises, entraînant le développement de la fraude et du commerce de contrebande. En 1764, après la guerre de Sept Ans, la Grande-Bretagne cherche à lutter contre l’inefficacité de son Molasses Act en renforçant les contrôles par le dit « Sugar Act » (« loi du sucre ») et tente de reprendre le contrôle sur la monnaie par le Currency Act (loi sur la monnaie). La contestation prend cependant son essor avec l’adoption du Stamp Act (loi du timbre) en mars 1765, premier impôt direct levé dans les colonies, appliqué sur tous les actes officiels. Le Stamp Act provoque des émeutes, et des appels au boycott des marchandises britanniques par certains leaders patriotes (James Otis au Massachusetts, Patrick Henry en Virginie), si bien qu’il est retiré par la couronne en mars 1766. Elle n’en démord cependant pas : le chancelier de l’Échiquier Charles Townshend (1766 – 1777) est à l’origine d’une série de lois qui taxent une série de produis importés dans les colonies, détaxent le thé anglais, renforcent les mesures contre la contrebande, cherche à rendre effective l’obligation de loger les troupes chez l’habitant, etc. Vues par les colonies comme une tentative de soumission par le Grande-Bretagne, elles suscitent une forte résistance, exaltée notamment dans le Massachusetts par John Hancock (1737 – 1793) ou Samuel Adams, qui est durement réprimée : le 5 mars 1770, le « massacre de Boston » fait 5 morts. La tutelle britannique paraît alors tyrannique. Elle recule de nouveau en 1770 en retirant certaines mesures de Townshend, ce qui ne met pas fin aux troubles.

 

Un acte final ? 

La Boston Tea Party fait figure d’ « acte final » de cette série de conflits. La Grande-Bretagne réagit en choisissant la répression. Le milieu marchand britannique, jusqu’alors partisan de l’apaisement, supporte mal cette atteinte à une propriété privée. Le Premier ministre britannique, Lord North (de 1770 à 1782), fait adopter les Coercive Acts (lois coercitives), surnommées les « Intolerable Acts » (lois intolérables) par les colons, au printemps 1774 : le port de Boston est fermé jusqu’au remboursement de la cargaison de thé, la charte du Massachusetts est annulée, les fonctionnaires britanniques ne pourront plus être jugés par des cours coloniales, les gouverneurs coloniaux pourront décider du logement de troupes chez l’habitant, et les frontières du Québec sont agrandies pour renforcer la majorité catholique française. Face à ce qui passe un exercice de l’arbitraire, les colons se réunissent pour le Premier Congrès continental à Philadelphie (Pennsylvanie) du 5 septembre au 26 octobre 1774, qui rassemble les délégués de toutes les provinces sauf la Géorgie, pour défendre leurs droits et réclamer l’égalité avec la métropole. 

Cet affrontement donne naissance à un conflit armé entre le royaume de Grande-Bretagne et ses « Treize Colonies », dont les premières batailles ont lieu dans le Massachusetts le 19 avril 1775 (les batailles de Lexington et Concorde). La sécession est décidée par la Déclaration d’indépendance des États-Unis le 4 juillet 1776. La Révolution américaine se conclut par la défaite britannique et le traité de Paris de 1783, qui reconnaît l’indépendance des États-Unis.

Aujourd’hui, cet évènement fait figure de mythe national. La Boston Tea Party trouve son nom au XIXe siècle. La vie politique américaine continue à y puiser, comme en témoigne la constitution d’un Tea Party, mouvement de sensibilité libertarienne, contre la présidence de Barack Obama (2009 – 2017).

 

À lire

Edward G. Gray, Jane Kamensky, The Oxford Handbook of the American Revolution

Eric Nellis, An Empire of Regions: A Brief History of Colonial British America

Jean-Michel Lacroix, Histoire des États-Unis

Bernard Vincent (Direction), Histoire des États-Unis

James M. Volo, The Boston Tea Party

Stamp-act-history.com

Adrian

https://www.laculturegenerale.com

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