Jeter sa gourme : origine et signification de l’expression

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Le Poète à la mandoline, Carolus-Duran, 1893

Jeter sa gourme : origine et signification de l’expression


Jeter sa gourme signifie faire des folies de jeunesse, se livrer à des plaisirs excessifs en entrant dans le monde adulte.

On dit figurément des jeunes gens qui entrent dans le monde, & qui ne sçavent pas encore vivre, qu’ils n’ont pas encore jetté leur gourme.

Furetière (Dictionnaire du XVIIe siècle)

 

Origine de jeter sa gourme

La gourme est, d’abord, une maladie qui affecte les jeunes chevaux. L’inflammation des fosses nasales qu’elle provoque peut entraîner des rejets de morves.

Elle a désigné par extension les croutes de lait qui se forment sur la peau des très jeunes enfants. On disait alors que les enfants doivent « jeter » leur gourme. Ce phénomène est si courant qu’il est peut-être devenu une métaphore du passage obligé et passager, comme les folies de la jeunesse.

La gourme, ou gourmette, est aussi la chaînette qui fixe les mors dans la bouche du cheval. « Gourmer un cheval », c’est le brider en fixant la gourmette. « Être gourmé », c’est affecter un maintien raide et grave. Mais il est moins probable que ce soit l’origine de l’expression dont il est question ici (qui emploie le verbe « jeter » ici bien spécifique).

Voir ici : d’où vient l’expression « violon d’Ingres » ? 

 

Exemples

— Mon Dieu ! il faut bien goûter à tout, finit par confesser Mouret, en affectant de s’égayer également. L’argent est bête, si on ne le dépense pas.

— Ça, je vous approuve, reprit le baron. Amusez-vous, mon cher. Ce n’est pas moi qui vous ferai de la morale, ni qui tremblerai pour les gros intérêts que nous vous avons confiés. On doit jeter sa gourme, on a la tête plus libre ensuite… Et puis, il n’est pas désagréable de se ruiner, quand on est homme à rebâtir sa fortune… Mais si l’argent n’est rien, il y a des souffrances…

Zola, Au Bonheur des dames

 

Un fils prodigue qui n’a pas gardé les cochons, mais qui aurait eu un fier besoin qu’on le gardât lui-même, est revenu chez ses parents après avoir étudié trois ans à Paris. Il y a lieu de croire que ses études ont été poussées assez loin, car il a une belle couronne autour du front, une lèvre de moins, des yeux qu’on prendrait pour des chrysanthèmes et quatre champignons bleus sur la face.

Je ne sais si on a tué un veau gras, mais il se dit couramment que ce jeune homme a « jeté sa gourme », etc. Le journal de l’endroit annonçait hier le riche mariage de cet héritier avec la fille aînée du vétérinaire. On se représente sans peine l’envie que la timide et pure fiancée doit exciter parmi les vierges.

Bloy, Exégèse des lieux communs, XCVII

Adrian

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