Violon d’Ingres : signification et origine de l’expression

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L’Atelier d’Ingres à Rome, Jean Alaux, 1818 (détail) | Wikimedia Commons

Avoir un violon d’Ingres : signification et origine de l’expression


Avoir un violon d’Ingres signifie avoir un passe-temps, un hobby, une activité, notamment artistique, à laquelle on se consacre pour se divertir. 

Jean-Auguste-Dominique Ingres (1780 – 1867) pratiquait le violon, mais il bien sûr connu comme un grand peintre de style néo-classique. 

On a souvent raconté qu’Ingres avait la manie de jouer du violon, et qu’il préférait un compliment sur son talent de musicien à tout éloge sur son œuvre de peintre. Est-ce vrai ? est-ce faux ? Je l’ignore. Tout ce que je puis vous dire, c’est que l’on a pas exposé le violon d’Ingres au Palais des Beaux-Arts. D’ailleurs, nous n’avons pas à nous préoccuper de ce détail biographique ; la manie de jouer du violon était la moins dangereuse de l’artiste ; […]

Albert Wolff, Le Figaro, 16 avril 1867

Cette expression a d’abord été péjorative. Avoir un violon d’Ingres, c’était se consacrer à un art sans rapport avec sa spécialité et ses dons innés, et à s’enorgueillir de ses talents dans ce domaine secondaire : 

Dans les dernières années de la vie du maître, la petite presse, celle qui aime à rire et à conter sur les hommes illustres des confidences de valet de chambre, s’est beaucoup amusée de son violon et de ses ardeurs de virtuose. Le violon d’Ingres était passé en proverbe, pour exprimer la manie qui pousse chaque homme à afficher surtout ses prétentions les moins en rapport avec ses aptitudes

Victor Fournel, Les Artistes français contemporains (1885)

Sa femme s’est d’ailleurs plainte de la réputation de feu son mari : 

Depuis longtemps je désire rectifier une assertion qui se propage dans les journaux et dans les mémoires artistiques à propos des prétentions que M. Ingres montrait pour son violon, beaucoup plus, dit-on, que pour son pinceau. 

Il est sûr qu’il était très bon musicien et qu’il adorait Mozart, Gluck, Beethoven. Mais jamais il n’a eu la prétention de se poser en virtuose, interprétant simplement la deuxième partie de violon dans les admirables quatuors de ces maîtres. 

Cette rectification me paraît nécessaire pour ne laisser passer à la postérité un dit-on qui a tout l’air d’un ridicule. 

[…]

Lettre publiée dans le Figaro, reproduite par Le Matin

L’écrivain Émile Bergerat (1845 – 1923) a revendiqué la paternité de l’expression dans ses Souvenirs d’un enfant de Paris (1911) à propos de Théophile Gautier (1811 – 1872), qui ne s’était jamais consolé, selon lui, de ne pas avoir été peintre : 

Sur cette déviation des dons innés, à laquelle j’ai, le premier, appliqué la synecdoque de : « violon d’Ingres », je n’étais pas d’accord avec mon maître, au moins pour ce qui le concernait.

Source

Le photographe Man Ray (1890 – 1976) a baptisé une photo érotique Le Violon d’Ingres. Elle représente Kiki de Montparnasse (1901 – 1953) avec les ouïes d’un violon sur le dos. La voir ici.

 

Exemples

Pas entièrement de sa faute, d’ailleurs, mais d’une nouvelle infirmière qu’est gousse comme un champ d’ails et qui lui fait un rentre dedans fantastique. Le gigot, c’est pas sa spécialité à Angèle, mais plutôt son violon d’Ingres.

Dard, Concerto pour porte-jarretelles

 

Pour le dernier volet de cette trilogie introspective, le cinéaste japonais s’inspire de son activité de peintre – qu’il a toujours considéré comme son violon d’Ingres, bien qu’elle fasse aujourd’hui l’objet d’une exposition à la Fondation Cartier.

Lemonde.fr

 

À lire

Sylvie Claval, Claude Duneton, Bouquet des expressions imagées

Robert, Dictionnaire des expressions et locutions

Adrian

https://www.laculturegenerale.com

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