Se payer de mots : définition & origine

Se payer de mots signifie : se contenter de mots creux, de vaines paroles, manipuler des termes et des concepts que l’on ne comprend pas, se bercer d’illusions avec des discours vides.

 

Se payer de mots : origine de l’expression


L’expression apparaît au XVIIe siècle :

La seconde raison qui rend l’étude des Catégories dangereuse, est qu’elle accoûtume les hommes à se payer de mots, & à s’imaginer qu’ils sçavent toutes choses, lors qu’ils n’en connaissent que des noms arbitraires, qui n’en forment dans l’esprit aucune idée claire & distincte […]

Antoine Arnauld, La Logique ou l’Art de penser, 1662, édition de 1667

 

Car de cette coûtume vient celle de se payer de mots, comme si c’estaient des raisons, & la sotte vanité de croire sçavoir plus que le commun, quand on sçait des mots que le commun ne sait pas, & qui ne signifient rien de particulier.

Jacques Rohault, Traité de Physique, 1676

[…] que tout se qui existe se réduisant à l’être ou aux maniéres d’être, tout terme qui ne signifie aucune de ces choses, ne signifie rien, & que tout terme qui ne signifie aucune de ces choses distinctement & en particulier, ne signifie rien de distinct. Cela me paraît très évident, mais ce qui est évident en soi, n’est pas tel pour tout le monde. L’on est accoûtumé à se payer de mots, & à en payer les autres. Tous les termes qui ne blessent point l’oreille ont cours parmi les hommes ; & la vérité entre si peu dans le commerce du monde, que ceux qui parlent ou qui écoutent, n’y ont ordinairement aucun égard.

Malebranche, De la recherche de la vérité, 1674 (édition de 1679)

La similarité des réflexions de ces trois auteurs contemporains est remarquable, ainsi que l’association de l’expression à la « coutume » ou au verbe « accoutumer », et l’on peut supposer que l’un a été lu par les deux autres, ou qu’un autre passage d’un autre texte a marqué leurs esprits à un tel point qu’ils en ont repris les tournures.

Le synonyme « se payer de paroles » est plus rare.

« Mot » peut être compris dans cette expression selon le Dictionnaire historique de la langue française comme un synonyme de « prix que l’on offre ». La métaphore « se payer de mots » revient donc à se « contenter de la promesse du prix, sans toucher forcément l’argent ensuite ». Ce sens de « mot » se retrouve dans « au bas mot », ou dans « c’est votre dernier mot ».

 

Exemples


L’admirable aussi, c’est la facilité à se payer de mots. Une école métaphysique du nord, un peu imprégnée de brouillard, a cru faire une révolution dans l’entendement humain en remplaçant le mot Force par le mot Volonté.

Hugo, Les Misérables

 

M. Philippe Seguin. Monsieur le président, madame, mes­sieurs les ministres, mes chers collègues, je voudrais croire que nous sommes tous d’accord au moins sur un point : l’ex­ceptionnelle importance, l’importance fondamentale du choix auquel nous sommes confrontés, et, ce disant, je n’ai pas l’impression de me payer de mots !

Discours de Philippe Séguin à l’Assemblée nationale, 5 mai 1992. On peut comprendre l’expression ici comme « ne pas avoir l’impression d’exagérer, de dramatiser »

Adrian

https://www.laculturegenerale.com

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