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La moraline : définition simple et étymologie (Nietzsche)La moraline : définition simple et étymologie (Nietzsche)

Publié le 15/09/2023 (m.à.j* le 30/10/2024)
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Définition de moraline

La moraline désigne, de manière polémique et péjorative, le discours moralisateur facile, la bien-pensance, les idées moralisatrices toutes faites. Il semble que dans la majorité des cas, le terme moraline soit utilisé par des individus de droite pour discréditer un discours moralisateur d’individus de gauche sur des sujets d’affrontements usuels, comme l’immigration, la fiscalité, la protection de l’environnement, etc. La moraline ainsi dénigrée se confondrait alors avec l’angélisme que la droite attribue à la gauche, qui se soucierait de soutenir ses combats par des « engagements moraux ». Celui qui dénonce la moraline tiendrait un discours paradoxal et courageux, mais qui serait plus proche de la dure réalité. En d’autres termes, la moraline serait le discours lénifiant et facile à tenir, mais sans prise sur la réalité.

L’usage du terme est rare en dehors des polémiques politiques.

 

Étymologie de moraline

Moraline est un néologisme du philosophe allemand Friedrich Nietzsche (1844 – 1900). L’usage qu’il en a fait diffère beaucoup de la définition donnée ci-dessus. C’est un terme qu’il a forgé avec une terminaison en -ine sur le modèle d’un produit chimique toxique. La moraline désigne la morale chrétienne, honnie par le philosophe, qui la conçoit comme un poison. Selon lui, la morale chrétienne prend le parti de ce qui est faible, elle est hostile à la vie, à l’esprit, aux sens et à la joie qu’ils procurent, elle valorise la maladie et la faiblesse par la pitié. Le christianisme élèverait, par le le poison de la moraline, le bas, le raté, le faible. Nietzsche veut que cette dépréciation du monde sensible au profit de la divinité prenne fin, et que des hommes de belle humeur (Heiterkeit) puissent s’épanouir, c’est-à-dire déployer leur puissance, déployer l’énergie de leur sentiment vital, en faisant preuve de courage, en aimant le savoir, l’art, en cherchant la perfection, en méprisant les autorités, en surmontant les obstacles, en ayant des sentiments élevés, etc. Nietzsche admire les hommes valeureux, au sens doués, rudes, fiers, qui ont de l’étoffe. Il valorise la grâce, l’ensoleillement, l’insouciance des gens du Midi, italien et français, contre la balourdise qu’il attribue aux Allemands.

Ainsi, Nietzsche associe-t-il dans L’Antéchrist (1895) la virtù de la Renaissance à la « vertu exempte de moraline ». Ce terme, employé par Machiavel (mais plus probablement repris à Stendhal, selon Patrick Wotling) désigne la qualité, possédée par certains hommes d’État, qui permet d’accomplir de grandes choses. La vertu (chrétienne) est en revanche corruption (Antéchrist §6) qui mène à la décadence.

À lire

  • L’Antéchrist et les notes du traducteur Patrick Wotling chez GF
  • Dorian Astor, Dictionnaire Nietzsche (Bouquins)