Morale et éthique : quelle différence ?

« Morale » et « éthique » sont étymologiquement des synonymes. En effet, le latin moralis, « qui est relatif aux mœurs » (en latin mos, moris), correspond au grec de même sens ethikos, ηθικος (de ethos, ἦθος, entre autres « coutume, usage, manière d’être, mœurs »). Ces termes sont mis en correspondance par exemple dans De Fato de Cicéron. Les deux termes ont été employés en philosophie moderne à propos des spéculations qui portaient sur « la philosophie morale » ou « l’éthique », c’est-à-dire le domaine de la détermination des fins de la vie humaine, des conditions nécessaires pour atteindre la vie heureuse ou des principes que doit suivre l’Homme pour mener une vie juste ou conforme à ses devoirs, dictés par la sa société ou par la raison. Chacun de ces termes peut recevoir une définition spécifique chez des philosophes différentes. L’Éthique (1677) de Spinoza (1632 – 1677) traite de la conduite de la vie humaine. La Généalogie de la morale (1887) de Nietzsche (1844 – 1900) enquête sur l’origine des valeurs chrétiennes (qui constituent notre morale). Autre exemple plus contemporain :

Bien que les concepts d’éthique et de morale ne reçoivent pas, chez Dewey, une acceptation bien stricte, quand il précise son vocabulaire, la morale a trait à la délibération dans des situations de conflits de valeurs tandis que l’éthique concerne le désir de grandir, ce qui renvoie au conatus spinoziste et à la Bildung.

Michel Fabre, Minimalisme moral et maximalisme éthique chez John Dewey

Aujourd’hui, dans l’usage ordinaire, en dehors du domaine de la philosophie, « morale » et « éthique » ont des connotations différentes.

Le terme « morale », devenu relativement rare, désigne l’attitude humaine face au bien et mal : ce qui est moral est bien, ce qui est immoral est mal, et ce qui amoral n’est pas concerné par les notions de bien et de mal. Sa connotation est parfois négative : « faire la morale », c’est donner des leçons (indûment) à quelqu’un, un « moralisateur » est une personne qui se complaît à prêcher la bonne morale, la « moraline » (terme d’origine nietzschéenne) désigne aujourd’hui la bien-pensance. Au reste, ce terme a aussi une forte connotation religieuse : de ce point de vue, « ce qui n’est pas moral » serait ce qui est réprouvé par les préceptes religieux, la bonne « moralité publique » serait le respect de ces préceptes. On parle de la « morale chrétienne » par exemple, mais ce terme est aussi employé en français dans le vocabulaire islamique. Toutefois, « morale » n’est pas restreint au vocabulaire religieux : on parle en France de « moralisation de la vie publique » à propos des mesures prises par les pouvoirs publics pour rendre, supposément, plus acceptables la conduite des élus. Enfin, plus prosaïquement, on parle aussi de la « morale » d’une histoire, à propos de la leçon qu’il faut tirer d’un événement.

Le terme « éthique » est quant à lui surtout lié au monde du travail : on parle de l’éthique professionnelle, c’est-à-dire les règles selon lesquelles un individu travaille afin de ne pas se comporter injustement. On peut entendre, parfois, à l’oral, la tournure « j’ai une éthique », au sens, « je respecte des règles d’honnêteté, je n’abuse personne ». L’éthique renvoie aussi aux réflexions produites à propos de l’usage fait des nouvelles techniques scientifiques en biologie. On parle alors de « bioéthique » et de « questions éthiques », qui peuvent être par exemple : « peut-on cloner des êtres humains ? ». En France, un organisme a été créé en 1983 pour conduire ces réflexions et émettre des avis : le Comité consultatif national d’éthique. « Éthique » a en définitive une connotation plus administrative et professionnelle, plus « froide » que « morale ».

Adrian

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