Mouton de panurge : origine et signification de l’expression

Mouton de Panurge : origine et signification de l’expression


Un mouton de Panurge est une personne qui imite sans réfléchir, qui obéit sans poser de questions, qui est servile, qui a une « âme moutonnière » (Rabelais).

Il existe le dérivé panurgisme.

Voir ici : qu’est-ce le psittacisme ? Une forme de panurgisme.

 

Origine du mouton de Panurge

Cette expression vient du Quart-Livre (1552) de François Rabelais (mort en 1553). Panurge, compagnon roublard de Pantagruel (du grec pan, tout, et ergo, faire, Panurge est le bon à tout, le rusé), se trouve sur un bateau avec, notamment, le marchand Dindenault. Les deux hommes commencent par se quereller avant de se tranquilliser.

Panurge propose alors à Dindenault de lui acheter un mouton, mais le marchand se moque de Panurge en relançant ses boniments à chaque fois qu’il lui propose l’achat (Dindenault présente par exemple ses moutons comme ceux de la race dont a été faite la toison d’or, comme une viande de rois et de princes, etc.).

Dindenault finit par lui vendre pour trois livres tournois, prix qui scandalise Panurge mais auquel il cède. Ce n’est cependant que ruse de la part de Panurge, qui se sert de l’instinct grégaire du mouton pour se venger. Il jette le mouton à la mer. Tout le troupeau suit ce mouton et se jette à la mer, emportant et noyant Dindenault qui essayait de les retenir, ainsi que les autres bergers et marchands.

Soubdain, je ne sçay comment, le cas fut subit, je n’eus loisir le considerer, Panurge, sans aultre chose dire, jette en pleine mer son mouton criant et bellant. Tous les aultres moutons, crians et bellans en pareille intonation, commencerent soy jetter et saulte en mer, après à la file. La foule estoit à qui premier y saulteroit après leur compaignon. Possible n’estoit les engarder, comme vous sçavez estre du mouton le naturel, tousjours suivre le premier, quelque part qu’il aille. Aussi le dit Aristoteles (594), lib. IX, de Histor. anim., estre le plus sot et inepte animant du monde.

Le marchant, tout effrayé de ce que devant ses yelx perir voyoit et noyer ses moutons, s’efforçoit les empescher et retenir de tout son pouvoir. Mais c’estoit en vaiin. Tous à la file saultoient dedans la mer, et perissoient. Finalement, il en print un grand et fort par la toison sus le tillac de la nauf, cuidant ainsi le retenir, et saulver le reste aussi consequemment. Le mouton fut si puissant qu’il emporta en mer avec soy le marchant, et fut noyé, en pareille forme que les moutons de Polyphemus le borgne cyclope emporterent hors la caverne Ulyxes et ses compaignons. Autant en firent les aultres bergiers et moutonniers, les prenant uns par les cornes, aultres par les jambes, aultres par la toison. Lequelz tous furent pareillement en mer portés et noyés misérablement. 

Quart-Livre, VIII, Comment Panurge fit en mer noyer le marchand et les moutons

 

Voir ici : que veut dire l’expression « jeter sa gourme » ?

 

Exemples : 

Au lieu de mener cette vie de mouton de Panurge et de jurer sur la parole du premier livre qui tombe sous la main…

Le Figaro, 16 juin 1828

 

Qu’est-ce donc, en effet, que le snobisme ? C’est l’alliance d’une docilité d’esprit presque touchante et de la plus risible vanité. Le snob ne s’aperçoit pas que, d’être aveuglément pour l’art et la littérature de demain, cela est à la portée même des sots ; qu’il est aussi peu original de suivre de parti pris toute nouveauté que de s’attacher de parti pris à toute tradition, et que l’un ne demande pas plus d’effort que l’autre ; car, comme le dit La Bruyère, « deux choses contraires nous préviennent également, l’habitude et la nouveauté. » C’est par ce contraste entre sa banalité réelle et sa prétention à l’originalité que le snob prête à sourire. Le snob est un mouton de Panurge prétentieux, un mouton qui saute à la file, mais d’un air suffisant.

Jules Lemaître, Les Contemporains

 

Car Swann avait beaucoup d’amis et même d’amies, et sans trop m’avancer, ni vouloir commettre d’indiscrétion, je crois pouvoir dire que non pas toutes, ni même le plus grand nombre, mais l’une au moins et qui est une fort grande dame, ne se serait peut-être pas montrée entièrement réfractaire à l’idée d’entrer en relations avec Mme Swann, auquel cas, vraisemblablement, plus d’un mouton de Panurge aurait suivi. 

Proust, À la recherche du temps perdu

 

Panurgisme et paresse intellectuelle, par exemple, ne sont pas rares et expliquent bien des bêtises colportées. Le président de la République relève notamment le fait que sur certains plateaux télévisés, les propos du premier venu vêtu d’un gilet jaune ont été mis sur le même plan que ceux d’un expert ou spécialiste, sans contradiction ou si peu. Ce n’est pas faux. En tout cas, la question mérite d’être débattue.

Brassens en a fait une chanson.

Adrian

https://www.laculturegenerale.com

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1 réponse

  1. Courtois jean Paul dit :

    Le dernier commentaire concernant les gilets jaunes m ‘ intéresse . J ‘ ai l ‘ impression que le monde perd ses repères ..avec cette facilité de communiquer n ‘ importé quoi à n ‘ importé qui , une minorité peut déstabiliser un pays . Ex. Les gilets jaunes . Ces mouvements sont certainement encouragés en sous marins par des partis qui ont intérêt à fragiliser les gens ..j ‘ai 65 ans et je suis choqué parfois des certaines basses expressions ..

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