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« On s’est eu » ou « eus » au téléphone ? Règle d’accord ✍️
on s'est eu au téléphone

Publié le 24/01/2026
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⏳ Temps de lecture : 6 minutes

La confusion grammaticale qui piège des milliers de francophones

Vous entendez cette phrase partout. Dans les couloirs de bureaux. Au détour d’une conversation professionnelle. L’expression “on s’est eu au téléphone” s’est infiltrée dans le langage quotidien. Pourtant, elle constitue une erreur grammaticale majeure que l’Académie française condamne fermement depuis plusieurs années. Cette formulation mélange deux constructions distinctes qui ne peuvent coexister dans une même phrase.

La bonne nouvelle ? Comprendre cette règle devient simple lorsque vous décomposez les mécanismes linguistiques en jeu. Vous possédez déjà les outils nécessaires. Il suffit de distinguer les deux formes correctes disponibles et de choisir celle qui correspond à votre intention communicative. Si vous avez un doute sur d’autres questions d’orthographe, n’hésitez pas à consulter notre correcteur d’orthographe en ligne pour vérifier vos textes.

Le problème fondamental n’est pas une question d’accord du participe passé, mais l’impossibilité grammaticale de la construction elle-même. Que vous écriviez “on s’est eu”, “on s’est eus”, “on s’est eue” ou “on s’est eues”, toutes ces formes demeurent incorrectes car le verbe “se avoir” n’existe pas en français.

Lorsque vous écrivez “on s’est eu au téléphone”, vous tentez de créer une forme pronominale du verbe “avoir”, alors que ce verbe ne se conjugue jamais sous forme pronominale.

C’est exactement comme si vous disiez “je me suis avoir” ou “nous nous sommes eu” : ces phrases n’ont aucun sens grammatical, indépendamment de tout accord. Vous disposez uniquement de deux constructions valides : soit le verbe pronominal “se téléphoner” qui donne “on s’est téléphoné” (sans le verbe “avoir”), soit l’expression “avoir au téléphone” qui donne “je l’ai eu au téléphone” (sans le pronom réfléchi “se”).

Vous ne pouvez jamais combiner “se” et “avoir” ensemble dans cette construction, quelle que soit la terminaison du participe passé, car la structure grammaticale elle-même demeure impossible dans la langue française.

Ce qu’il faut retenir

  1. « On s’est eu au téléphone » est toujours une erreur grammaticale majeure.
    Exemple : jamais d’accord « eus » ou « eues »

  2. Utilisez « on s’est téléphoné » avec un participe passé invariable.
    Exemple : « Marie et Paul se sont téléphoné »

  3. Ou bien « je l’ai eu » avec accord si COD antéposé.
    Exemple : « Je les ai eus » (masculin pluriel)

  4. Ne mélangez jamais les deux constructions dans une phrase unique.
    Exemple : pronominal OU avoir, pas les deux

  5. Alternatives : « joindre », « contacter », « échanger par téléphone », « parler à ».
    Exemple : « J’ai joint mon collègue hier »

Les deux constructions correctes à votre disposition

Le verbe pronominal “se téléphoner”

Le verbe pronominal “se téléphoner” fonctionne comme “se parler” ou “se voir”. Vous téléphonez à quelqu’un. Cette personne vous téléphone en retour. Vous vous téléphonez mutuellement. La construction reste indirecte car le complément d’objet indirect nécessite la préposition “à”. Le participe passé demeure donc invariable au passé composé.

✅ On s’est téléphoné hier soir (forme correcte)
✅ Marie et Sophie se sont téléphoné pendant trois heures (forme correcte)
✅ Nous nous sommes téléphoné ce matin pour organiser la réunion (forme correcte)

Le pronom réfléchi “se” représente ici un complément d’objet indirect. Vous téléphonez à qui ? À vous-même (mutuellement). Cette règle d’accord rejoint celle des verbes comme “se succéder” ou “se ressembler” qui conservent un participe passé invariable.

L’expression familière “avoir quelqu’un au téléphone”

Cette tournure relève d’un registre plus familier mais reste grammaticalement valide. Vous avez quelqu’un au bout du fil. Vous obtenez la communication avec cette personne. Le verbe “avoir” se conjugue ici avec un complément d’objet direct, ce qui change radicalement les règles d’accord du participe passé.

✅ Je l’ai eu au téléphone ce matin (forme correcte)
✅ Tu as eu ton frère au téléphone ? (forme correcte)
✅ Elle les a eus au téléphone vers midi (forme correcte)

Lorsque le complément d’objet direct précède le verbe avec l’auxiliaire avoir, l’accord s’effectue en genre et en nombre. Dans “je l’ai eue” (si “l'” représente une femme), le participe passé s’accorde avec le pronom féminin antéposé.

Pourquoi “on s’est eu” constitue une faute grammaticale

Le mélange des deux constructions crée une impossibilité syntaxique. Vous ne pouvez pas combiner la forme pronominale “se téléphoner” avec l’expression “avoir au téléphone”. Votre cerveau tente de fusionner deux chemins grammaticaux incompatibles. Le résultat ? Une phrase bancale qui heurte les règles fondamentales du français.

⛔ On s’est eu au téléphone (forme incorrecte)
⛔ Nous nous sommes eu hier soir (forme incorrecte)
⛔ Elles se sont eues ce matin (forme incorrecte)
⛔ Je me suis eu avec mon collègue (forme incorrecte)

Cette erreur provient d’une contamination linguistique. Vous connaissez intuitivement les deux formes correctes. Mais dans la rapidité de l’oral, votre esprit choisit la structure pronominale “on se…” tout en y greffant le verbe “avoir” de l’autre expression. Cette faute se répand d’autant plus facilement qu’elle passe inaperçue à l’oral où les liaisons masquent les incohérences.

Tableau comparatif des formes correctes et incorrectes

Forme incorrecte Forme correcte (option 1) Forme correcte (option 2)
On s’est eu au téléphone On s’est téléphoné Je l’ai eu au téléphone
Nous nous sommes eu Nous nous sommes téléphoné Nous nous sommes parlé au téléphone
Elles se sont eues ce matin Elles se sont téléphoné ce matin Je les ai eues au téléphone ce matin
Je me suis eu avec lui Je lui ai téléphoné Je l’ai eu au téléphone

Alternatives élégantes et synonymes recommandés

Vous souhaitez diversifier votre expression ? Plusieurs tournures permettent d’éviter cette difficulté grammaticale tout en enrichissant votre vocabulaire. Ces alternatives s’adaptent à différents registres de langue selon le contexte professionnel ou personnel.

On s’est parlé au téléphone hier soir pour finaliser les détails du projet.

J’ai réussi à joindre mon collègue dans l’après-midi.

Nous avons échangé par téléphone ce matin au sujet de votre demande.

Le verbe “joindre” apporte une nuance d’effort ou de recherche. Vous tentez de contacter quelqu’un. Vous finissez par l’atteindre. Cette formulation convient particulièrement aux situations professionnelles où vous devez rendre compte de vos démarches. L’expression “échanger par téléphone” maintient une distance neutre tout en restant précise.

D’autres formulations incluent “contacter par téléphone”, “appeler”, “passer un coup de fil”, “être en ligne avec”, ou simplement “parler à”. Chacune porte des connotations légèrement différentes. La forme “passer un coup de fil” relève d’un registre familier. L’expression “être en communication avec” sonne davantage administratif ou technique.

Comment mémoriser la règle définitivement

Votre mémoire fonctionne mieux avec des associations simples. Retenez cette astuce : si vous utilisez le pronom “se”, vous employez forcément le verbe “téléphoner”. Si vous choisissez le verbe “avoir”, vous devez nommer explicitement la personne ou utiliser un pronom personnel comme “le” ou “la”. Les deux systèmes ne se mélangent jamais.

Imaginez deux rails de chemin de fer parallèles. L’un conduit vers “se téléphoner”. L’autre mène vers “avoir au téléphone”. Votre train grammatical doit rester sur une seule voie du début à la fin. Dès que vous tentez de changer de rail en pleine phrase, le déraillement survient. Cette image mentale aide de nombreux francophones à éviter automatiquement cette erreur courante.

Traductions dans les principales langues étrangères

Les langues étrangères résolvent cette question de manière variée. Certaines utilisent une construction réflexive similaire au français. D’autres préfèrent des tournures directes qui simplifient l’expression de cette action communicative.

Langue Traduction Traduction littérale
Anglais We talked on the phone / We spoke by phone Nous avons parlé au téléphone
Espagnol Hablamos por teléfono / Nos llamamos Nous avons parlé par téléphone / Nous nous sommes appelés
Allemand Wir haben telefoniert / Wir haben miteinander telefoniert Nous avons téléphoné / Nous avons téléphoné ensemble
Italien Ci siamo sentiti al telefono / Abbiamo parlato al telefono Nous nous sommes entendus au téléphone / Nous avons parlé au téléphone
Portugais Falamos ao telefone / Nos falamos por telefone Nous avons parlé au téléphone
Arabe تحدثنا عبر الهاتف (tahadathna ‘abr al-hatif) Nous avons conversé via le téléphone

L’anglais contourne totalement la difficulté avec des verbes directs comme “talk” ou “speak”. L’espagnol offre deux options comparables au français : la forme réflexive “llamarse” (s’appeler) ou la forme simple “hablar” (parler). L’allemand utilise le verbe “telefonieren” qui évite toute ambiguïté structurelle.

Questions fréquemment posées

Peut-on dire “on s’est eu” dans un contexte informel ?

Non. Même dans une conversation décontractée, cette formulation demeure grammaticalement incorrecte. La familiarité du registre ne justifie pas l’abandon des règles syntaxiques fondamentales. Privilégiez plutôt “on s’est téléphoné” ou l’alternative familière “je t’ai eu au téléphone” qui reste valide.

Pourquoi entend-on si souvent cette erreur ?

L’oral masque les fautes que l’écrit révèle immédiatement. Les liaisons et la rapidité d’élocution rendent la phrase auditivement acceptable. De plus, cette expression subit l’influence de l’anglais “we had each other on the phone” que certains francophones traduisent maladroitement de manière littérale.

Comment accorder “avoir au téléphone” avec plusieurs personnes ?

L’accord suit la règle standard du participe passé avec l’auxiliaire avoir. Si le complément d’objet direct précède le verbe, vous accordez en genre et en nombre. Exemples : “Je les ai eus au téléphone” (masculin pluriel), “Je les ai eues” (féminin pluriel).

Existe-t-il des exceptions régionales à cette règle ?

Aucune. L’Académie française ne reconnaît aucune variante régionale qui autoriserait “on s’est eu au téléphone”. Cette norme s’applique uniformément dans tous les pays francophones, qu’il s’agisse de la France, de la Belgique, de la Suisse, du Canada ou des territoires d’Afrique francophone.

“Se téléphoner” peut-il s’accorder dans certains cas ?

Non. Le verbe “se téléphoner” conserve toujours un participe passé invariable car le pronom réfléchi fonctionne comme un complément d’objet indirect. Vous téléphonez à quelqu’un, pas quelqu’un directement. Cette construction indirecte empêche tout accord du participe passé.

Quelle est l’origine historique de cette confusion ?

Cette erreur s’est répandue massivement avec la démocratisation des téléphones portables dans les années 2000. L’intensification des communications téléphoniques a multiplié les occasions d’employer ces expressions. Parallèlement, l’influence croissante de l’anglais dans le monde professionnel a favorisé des calques linguistiques approximatifs qui perturbent les structures grammaticales françaises traditionnelles.