Amérique : quelle est l’origine de ce nom ?

Le nom Amérique (America en anglais et espagnol, América en portugais) vient du nom du navigateur florentin Amerigo Vespucci (1454 – 1512). Amerigo est une version de Enrico.

 

L’origine du nom Amérique


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La carte de 1507 est conservée par la Library of Congress à Washington

La consécration de ce nom pour désigner le continent américain a été progressive. Son point de départ est cependant fixé, en général, à une carte produite en 1507 à Saint-Dié-des-Vosges par l’imprimeur Martin Waldseemüller (1470 – 1520) et l’humaniste Mathias Ringmann (1482 – 1511) sur laquelle était représentée non seulement le portrait d’Amerigo Vespucci à côté de celui du géographe antique Ptolémée (IIe siècle ap. J.-C.), mais aussi ce qui est identifié pour la première fois à un nouveau continent, une « quatrième partie du monde » (en plus de l’Europe, de l’Afrique et de l’Asie), nommée l’Amérique (America, au féminin, comme les autres parties du monde en latin), qui représentait en réalité l’Amérique du Sud.

 

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Ptolémée à gauche et Amerigo Vespucci à droite | Library of Congress

 

Ces deux hommes, et peut-être d’autres érudits du Gymnase vosgien de Saint-Dié, avaient en effet pour projet de produire une géographie universelle (cosmographie) dans laquelle ils voulaient enrichir les connaissances géographiques héritées de l’Antiquité des connaissances nouvelles tirées des voyages récents faits par les navigateurs européens à l’ouest de l’Atlantique. La carte accompagnait une introduction à leur géographie (Cosmographiæ Introductio…). Elle eut assez de succès pour que le nom Amérique s’installe.

Leur source principale sur les explorations nouvelles semble avoir été un texte attribué à Vespucci, mais en réalité retravaillé après lui, la Lettera ou Carta a Soderini (Lettre à Soderini). Ils ont eu en outre probablement connaissance d’un texte un peu plus ancien attribué Vespucci, un ouvrage traduit en latin sous le nom de Mundus Novus (Nouveau monde), composé aux alentours de 1503.

Le Mundus Novus est un compte rendu de voyage à la lecture plaisante, si bien qu’il connut un grand succès. C’est un récit pseudo-ethnographique, dans lequel l’auteur rapporte avoir vu tout d’éléments propres à impressionner le lecteur : femmes lascives, habitude de vivre nu, mœurs incestueuses, cannibalisme, etc.

Surtout, Vespucci énonce avoir parcouru la « quatrième partie du monde » sans pour autant dire avec netteté que ce qu’il a exploré est un nouveau continent. Cette petite brèche a suffit à travailler les esprits du temps. De là le crédit qu’il lui a été fait par la géographie de Waldseemüller et Ringmann. La consécration de la renommée de Vespucci s’est faite au détriment de celle Christophe Colomb (1451 – 1506), qui est considéré aujourd’hui, par la mémoire collective, comme le véritable pionnier, et 1492 comme la véritable « date pivot », bien qu’il ne pensait pas être arrivé dans un nouveau monde. Paradoxalement, Vespucci a aujourd’hui une place de second ordre dans la mémoire collective, ou est même oublié (en France par exemple), malgré sa renommée du moment.

Les voyages de Vespucci n’ont d’ailleurs rien de remarquables pour la mémoire collective. Il a surtout su bien raconter. Il a su faire la publicité de ce qu’il a vu. Il a participé à une première expédition (1499 – 1500) sous la direction du conquistador Alonso de Ojeda, qui a fait l’exploration de la côte du Vénézuéla actuel. Le navire sur lequel il se trouvait semble avoir navigué jusque sous l’équateur, au sud du débouché de l’Amazone. Il a ensuite participé à une deuxième expédition avec des Portugais, en 1501 – 1502. La véracité de ses deux autres voyages est discutée. 

Bien sûr, la naissance de l’idée d’« Amérique » n’est pas née avec Vespucci et la géographie de 1507. Cette dernière conserve d’ailleurs une vision médiévale du monde en trois parties, qu’elle prolonge en lui ajoutant une quatrième partie. La continentalité de l’Amérique s’est installée progressivement dans les esprits. Elle a fait l’objet d’une lente germination, qui part des voyages de Colomb, et à laquelle le succès des ouvrages de Vespucci ont donné une impulsion déterminante. D’autres ouvrages, recencés par Lucile et Bartolomé Bennassar, ont participé à la diffusion de cette « idée nouvelle », comme un Orbis nova description de Marco Beneventano, publié à Rome en 1508, qui ajoute aux descriptions de Ptolémée une allusion à un « nouveau monde ».

Comme le note Eric Schnakenbourg, « Amérique » ou « les Amériques » s’impose dès le XVIe siècle en France, mais il faut attendre le XVIIIe siècle en Espagne où, jusque là, on préférait « Las Indias ».

 

À lire


Bartolomé et Lucile Bennassar, 1492, Un monde nouveau ?

The Routledge History of Italian American

Éric Schnakenbourg, Le monde atlantique: Un espace en mouvement

Adrian

https://www.laculturegenerale.com

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