Passer sous les Fourches caudines : définition & origine

Passer sous les Fourches caudines signifie : subir une humiliation cuisante, se voir imposer des conditions très dures, passer une épreuve très difficile. 

 

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Passer sous les Fourches caudines : origine de l’expression


Cette expression fait allusion à une sévère défaite des Romains durant leur deuxième guerre contre les Samnites, un peuple voisin, vivant lui aussi dans la péninsule italique, mais quant à lui dans les Apennins.

En 321 av. J.-C., des troupes romaines, peut-être mal renseignées par leurs éclaireurs, s’engagent dans un défilé (un passage montagneux très étroit) nommé les « Fourches caudines » (Furculae caudinae, aujourd’hui Montesarchio ?), où des Samnites les attendent à la sortie et sur les hauteurs. Devant le piège, les Romains finissent par se rendre.

Parmi les conditions de paix, les Samnites exigent la cessation des hostilités (la dite pax caudina), le retrait des Romains de certains territoires conquis, 600 otages et, en guise de rite symbolique de capitulation, une humiliation : le passage des soldats romains sous le joug, la pièce qui sert à atteler les bœufs.

Les Romains finirent vainqueurs à l’issue d’une d’une troisième guerre (298 à 280) et conquirent le pays samnite, mais le traumatisme de la bataille des Fourches caudines dû être assez fort pour que le souvenir se maintint. 

Selon l’historien romain Tite-Live (64 ou 54 av. J.-C. – 17 ap. J.-C.) : 

Les consuls, presque à moitié nus, furent envoyés les premiers sous le joug; puis chacun, suivant son grade, subit à son tour cette ignominie ; ensuite chaque légion successivement. L’ennemi, sous les armes, entourait les Romains; en les accablant d’insultes et de railleries ; il levait même l’épée contre la plupart, et plusieurs furent blessés, quelques-uns tués, pour avoir offensé le vainqueur en laissant trop vivement paraître sur leur visage l’indignation qu’ils ressentaient de ces outrages.

Tous courbèrent donc ainsi la tête sous le joug, et, ce qui était en quelque sorte plus accablant, passèrent sous les yeux des ennemis. Lorsqu’ils furent sortis du défilé, quoique, pareils à des hommes arrachés des enfers, il leur semblât voir la lumière pour la première fois, cette lumière même, leur découvrant à quel point était humiliant l’état de l’armée, leur fut plus insupportable que tous les genres de mort. Aussi, bien qu’ils pussent arriver à Capoue avant la nuit, incertains sur la fidélité des alliés et retenus par la honte, ils s’arrêtèrent sur les bords du chemin, à quelque distance de la ville, manquant de tout, et n’ayant pour lit que la terre.

Bibliotheca Classica Selecta

On en trouve un emploi métaphorique au début du XVIIe siècle, mais cet usage est probablement antérieur.

 

Exemples


A la première Restauration j’étais d’avis que l’on gardât la cocarde tricolore : elle brillait de toute sa gloire ; la cocarde blanche était oubliée ; en conservant des couleurs qu’avaient légitimées tant de triomphes, on ne préparait point à une révolution prévoyable un signe de ralliement. Ne pas prendre la cocarde blanche eut été sage ; l’abandonner après qu’elle avait été portée par les grenadiers mêmes de Bonaparte était une lâcheté : on ne passe point impunément sous les fourches caudines ; ce qui déshonore est funeste : un soufflet ne vous fait physiquement aucun mal, et cependant il vous tue.

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe

 

Le rapprochement entre ces deux poids lourds des médias devra néanmoins passer sous les fourches caudines des autorités de régulation. Ce processus risque d’être long et périlleux et explique pourquoi la finalisation de l’opération est attendue d’ici à la fin de l’année 2022, soit environ un an et demi après l’annonce de ce mariage.

Agefi.fr

 

À lire

Yann Le Bohec, Histoire des guerres romaines

Adrian

https://www.laculturegenerale.com

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