Le 30 janvier 1933, Adolf Hitler (1889 – 1945), le chef du parti national-socialiste des travailleurs allemands (connu sous le sigle NSDAP en allemand), le parti nazi (abréviation du nom allemand), est nommé chancelier du Reich (Reich étant un équivalent d’État), par le président du Reich, Paul von Hindenburg (1925 – 1934). Cela signifie que Hitler devient le chef du gouvernement allemand, dont le régime est alors la république de Weimar (depuis 1918).

30 janvier 1933 Hitler chancelier
Hitler et Hindenburg, 21 mars 1933 | Wikimedia Commons

Le NSDAP : un parti de masse

C’est une avancée pour Hitler et le NSDAP. Hitler avait, après l’échec du putsch de Munich (un coup d’État raté de Hitler et des nazis le 8-9 novembre 1923), adopté une stratégie légaliste (l’arrivée au pouvoir par des moyens légaux) qui a porté ses fruits. Depuis le déclenchement de la crise économique mondiale après le krach de 1929, qui touchèrent durement l’Allemagne (6 millions de chômeurs en 1932), le parti de Hitler est sorti de la marginalité pour devenir un parti de masse. Il comptait 200 000 adhérents en 1930 et touchait, par son discours démagogique, les catégories frappées par la crise (paysans, bourgeois menacés de prolétarisation, chômeurs, jeunes, etc.). Après ses 2,8% aux élections de mai 1928, soit 12 sièges au Reichstag, l’Assemblée nationale allemande, celui-ci obtint 18,3% en septembre 1930 (107 sièges), puis 37,4% aux élections de juillet 1932 (230 sièges). Il devint le premier parti d’Allemagne. Cependant, Adolf Hitler échoua aux élections présidentielles d’avril 1932 (deuxième contre Hindenburg) et son parti redescendit à 33,1% des voix (196 sièges), à son grand désespoir, aux élections de novembre 1932.

 

La fin de la république de Weimar

L’accès au pouvoir d’Adolf Hitler a profité de l’agonie de la République de Weimar, le régime politique de l’Allemagne après la Première Guerre mondiale.« Régime des vainqueurs », « né de la défaite », et déjà peu légitime à son instauration, elle est discréditée par l’hyperinflation dont souffre l’Allemagne en 1923. Une forte partie de l’élite de l’Empire allemand déchu lui est hostile. La situation empire après que les effets de la crise mondiale de 1929 commencent à se faire sentir, qui laissent les gouvernements successifs désemparés. Depuis le 27 mars 1930 et la démission du chancelier Hermann Müller, le pays est gouverné par décrets présidentiels et le Reichstag joue un rôle secondaire. Les extrêmes, hostiles à la République, firent entendre leur voix. Les SA et les SS, les milices du parti nazi, multiplièrent les violences et s’affrontèrent dans des combats de rue avec les communistes (100 morts pendant la campagne de juillet 1932). Le parti communiste allemand (KPD) obtint d’ailleurs 100 députés à la suite des élections de novembre 1932. Après ces élections, les trois plus grands partis hostiles à la République de Weimar, le NSDAP, le KPD et le DNVP (un parti de droite, voire d’extrême-droite) totalisent 58,5% des voix, soit 348 députes sur 584.

 

Le soutien de la droite et du patronat à Hitler

La droite conservatrice et nationaliste, notamment Franz von Papen (1879 – 1969), ancien membre du Zentrum (le grand parti catholique), va jouer un rôle déterminant dans l’accession de Hitler à la chancellerie. Von Papen, dont le « cabinet des barons » (juin à novembre 1932) n’a pas réussi à trouver une légitimité à gouverner le pays, veut se servir de Hitler comme d’un instrument pour établir en Allemagne un régime autoritaire qui ferait rempart au communisme. La victoire du NSDAP aux élections du land de Lippe le 15 janvier 1933 (39,5% des voix) joua en la faveur de cette solution.

Les intrigues de Von Papen permirent à Hitler d’accéder à la chancellerie. Le 4 janvier 1933, Von Papen rencontra le chef du nazisme à Cologne. Il lui proposa un gouvernement dans lequel il serait chancelier et lui-même vice-chancelier. Von Papen obtint dans les jours suivants du soutien du DNVP et de la Reichswehr, l’armée. Il proposa cette solution à Hindenburg, lui-même proche de la droite conservatrice mais réticent face au parti de Hitler, pour « domestiquer les nazis ». Le président du Reich accepta cette solution.

L’accession de Hitler à la chancellerie a aussi été permise par le soutien d’une partie des milieux économiques allemands. Dans un discours au club de l’Industrie à Düsseldorf le 27 janvier 1932, Hitler avait rassuré les grands patrons en leur assurant l’orientation capitaliste de son parti et sa volonté de relancer l’économie et les exportations, par le réarmement notamment. L’influent financier allemand Hjalmar Schacht (1877 – 1970), avec le soutien d’une partie du patronat, avait adressé à Hindenburg une demande pour que Hitler soit nommé chancelier.

Enfin, il faut noter que la politique du KPD, qui ciblait avant tout le SPD, le parti socialiste allemand, les « sociaux-traitres » (qui avaient mené la répression contre les insurrections de 1919), n’a pas aidé à lutter contre les intrigues de la droite.

 

30 janvier 1933 : les débuts de l’Allemagne hitlérienne

Hitler et les nazis n’obtinrent pas tous les pouvoirs au 30 janvier 1933. Le chef du parti nazi était à la tête d’un gouvernement de « concentration nationale » qui ne comptait que trois ministres nazis : lui-même, Hermann Göring (1893 – 1946), sans portefeuille, et Wilhelm Frick (1877 – 1946), à l’Intérieur. L’essentiel du gouvernement était tenu par la droite, sous l’égide de Von Papen.

Le 30 janvier 1933 peut néanmoins être considéré comme le commencement de l’Allemagne hitlérienne. Le processus d’installation de la dictature est lancé. Göring a hérité du poste de ministre de l’Intérieur de Prusse, État fédéré de l’Allemagne qui couvre les trois cinquièmes du territoire, où il disposait du véritable pouvoir de renseignement et de police. Le 1er février, Hitler demanda une dissolution du Reichstag pour y obtenir la majorité absolue. Malgré le pouvoir de Göring, et la terreur légalisée par le recrutement, par un décret du 22 février, de 50 000 « policiers auxiliaires », tirés des rangs de la SS et de la SA, le NSDAP n’obtint « que » 43,9% des voix aux élections de mars 1933. Le SPD conserva 120 sièges et le KPD, 81. Cela n’empêcha pas Hitler d’entamer la « mise au pas » (Gleichschaltung) la société allemande : dès le 28 février, après l’incendie du Reichstag, le décret pour la protection de l’État et du peuple suspendit les libertés civiles ; le 23 mars 1933, Hitler obtint les pleins pouvoirs législatifs pour quatre ans (avec le soutien des catholiques du Zentrum qui espéraient l’établissement d’un concordat) ; les partis politiques furent interdits et le NSDAP devint parti unique le 14 juillet 1933 ; les syndicats furent dissous ; la persécution des Juifs commença.

 

À lire

  • Serge Bernstein, L’Allemagne de 1870 à nos jours
  • Johann Chapoutot, Fascisme, nazisme et régimes autoritaires en Europe – 1918-1945
  • Ibid, Histoire de l’Allemagne (1806 à nos jours)
  • Pierre Milza, Serge Bernstein, Histoire du XXe siècle, Tome 1, La Fin du monde européen