Avoir un poil dans la main signifie : être paresseux. Exemples : 

  • La tempête ne le dérangeait en rien : lui qui avait un poil dans la main y voyait une intervention divine qui lui permettait de ne pas travailler.
  • Gervaise s’amusa à suivre trois ouvriers, un grand et deux petits, qui se retournaient tous les dix pas ; ils finirent par descendre la rue, ils vinrent droit à l’Assommoir du père Colombe.
    — Ah bien ! murmura-t-elle, en voilà trois qui ont un fameux poil dans la main ! (Zola, L’Assommoir)
  • À l’œuvre ! À la peine ! Au travail !
    Pas de relâche ! Pas de somme !
    Sue en gros et sue en détail !
    Fonds comme une boule de gomme !
    Le travail est la loi de l’homme,
    La dignité du genre humain !…
    Mais on est plus heureux, en somme,
    Quand on a du poil dans la main.

    Jean Richepin, Ballade paresseuse

 

Avoir un poil dans la main : origine de l’expression


Pour les auteurs du Dictionnaire d’expressions et locutions (Sophie Chantreau, Alain Rey), l’origine de l’expression « avoir un poil dans la main » reste obscure. En effet, si la main préservée du paresseux qui ne travaille pas est une friche où peuvent pousser des poils, pourquoi l’expression ne parle-t-elle que d’un seul et unique poil ? Cette expression joue peut-être sur l’image risible de celui qui n’a qu’un tout petit poil dans sa main au lieu d’un gros outil de travail. Le poil a une forme allongé, comme de nombreux outils des ouvriers. L’évocation de la main suggère bien sûr le monde du travail manuel. Le Dictionnaire Littré (1863) note d’ailleurs les formes aujourd’hui disparues :

  • « avoir du poil dans la main  : être fainéant » ;
  • « avoir du poil au milieu de la main  : se dit d’un ouvrier paresseux qui ne fait rien ».

Cette expression est donc liée par Littré au monde ouvrierLa forme aujourd’hui en usage est relevée pour la première fois par Charles-Louis D’Hautel dans son Dictionnaire du bas-langage (1808) :

Poil. Avoir un poil dans la main. Être disposé à ne rien faire, se laisser gagner par l’oisiveté.

Cependant, la deuxième variante relevée par Littré est attestée dans un livre de 1656, L’Étymologie ou explication des proverbes françois, par un certain Fleury de Bellingen, auteur sur lequel les informations sont faibles. Fleury de Belligen lui donne un sens différent : on use selon lui de ces termes pour dire qu’une chose n’arrivera point.  Cette expression est peut-être née, finalement, de l’idée que du poil croîtra dans la main du paresseux avant qu’il ne fasse quelque chose, signifiant par là qu’il ne fera jamais rien parce que du poil n’y poussera jamais (elle rejoindrait là l’expression « quand les poules auront des dents »).