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Violon d’Ingres : définition et origine de l’expression

Publié le 27/02/2020
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Avoir un violon d’Ingres signifie : avoir un passe-temps, un hobby, une activité, notamment artistique, à laquelle on se consacre pour se divertir. 

Avoir un violon d’Ingres : origine de l’expression

Jean-Auguste-Dominique Ingres (1780 – 1867) jouait du violon, bien qu’il soit surtout connu aujourd’hui comme un grand peintre de style néo-classique. 

On a souvent raconté qu’Ingres avait la manie de jouer du violon, et qu’il préférait un compliment sur son talent de musicien à tout éloge sur son œuvre de peintre. Est-ce vrai ? est-ce faux ? Je l’ignore. Tout ce que je puis vous dire, c’est que l’on a pas exposé le violon d’Ingres au Palais des Beaux-Arts. D’ailleurs, nous n’avons pas à nous préoccuper de ce détail biographique ; la manie de jouer du violon était la moins dangereuse de l’artiste ; […]

Albert Wolff, Le Figaro, 16 avril 1867

Cette expression a d’abord été péjorative. Avoir un violon d’Ingres, c’était se consacrer à un art sans rapport avec sa spécialité et ses dons innés, et à s’enorgueillir de ses talents dans ce domaine secondaire : 

Dans les dernières années de la vie du maître, la petite presse, celle qui aime à rire et à conter sur les hommes illustres des confidences de valet de chambre, s’est beaucoup amusée de son violon et de ses ardeurs de virtuose. Le violon d’Ingres était passé en proverbe, pour exprimer la manie qui pousse chaque homme à afficher surtout ses prétentions les moins en rapport avec ses aptitudes

Victor Fournel, Les Artistes français contemporains (1885)

La femme d’Ingres s’est d’ailleurs plainte de la réputation de son mari après sa disparition : 

Depuis longtemps je désire rectifier une assertion qui se propage dans les journaux et dans les mémoires artistiques à propos des prétentions que M. Ingres montrait pour son violon, beaucoup plus, dit-on, que pour son pinceau. 

Il est sûr qu’il était très bon musicien et qu’il adorait Mozart, Gluck, Beethoven. Mais jamais il n’a eu la prétention de se poser en virtuose, interprétant simplement la deuxième partie de violon dans les admirables quatuors de ces maîtres. 

Cette rectification me paraît nécessaire pour ne laisser passer à la postérité un dit-on qui a tout l’air d’un ridicule. 

[…]

Lettre publiée dans le Figaro, reproduite par Le Matin

L’écrivain Émile Bergerat (1845 – 1923) a revendiqué la paternité de cette expression dans ses Souvenirs d’un enfant de Paris (1911) à propos de Théophile Gautier (1811 – 1872), qui ne s’était jamais consolé, selon lui, de ne pas avoir été peintre : 

Sur cette déviation des dons innés, à laquelle j’ai, le premier, appliqué la synecdoque de : « violon d’Ingres », je n’étais pas d’accord avec mon maître, au moins pour ce qui le concernait.

Source

Le photographe Man Ray (1890 – 1976) a baptisé une photo érotique Le Violon d’Ingres. Elle représente Kiki de Montparnasse (1901 – 1953) avec les ouïes d’un violon sur le dos. La voir ici.

Exemples 

  • La peinture a toujours été le violon d’Ingres de ce grand cinéaste, et l’activité dans laquelle il puise de l’inspiration pour penser les plans les plus novateurs.
  • Mon violon d’Ingres est la couture, mais je dois avouer que je n’ai jamais été très doué parce que mon travail en tant que dentiste est ma véritable passion.

Pas entièrement de sa faute, d’ailleurs, mais d’une nouvelle infirmière qu’est gousse comme un champ d’ails et qui lui fait un rentre dedans fantastique. Le gigot, c’est pas sa spécialité à Angèle, mais plutôt son violon d’Ingres.

Dard, Concerto pour porte-jarretelles

À lire

  • Sylvie Claval, Claude Duneton, Bouquet des expressions imagées
  • Robert, Dictionnaire des expressions et locutions